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HENRI CORDIER

MBMBRB DE L'INSTITUT

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

ET DE SES RELATIONS AVEC LES PAYS ÉTRANGERS

DEPUIS LES TEMPS LES PLUS ANCIENS JUSQU'A LA CHUTE DE LA DYNASTIE MANDCHOUE

II

DEPUIS LES CINQ DYNASTIES (907) jusqu'à LA CHUTE DES MONGOLS (l368).

LIBRAIRIE PAUL GEUTHNER

13. RUE JACOB. PARIS (VI«). 1920

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DU MÊME AUTEUR :

Cordier (H.) Bibliotheca Sinica : Dictionnaire biblio- graphique des ouvrages relatifs à l'Empire chinois, éd., considérablement augmentée, 8 fasc, gr. in-8, 1904-8.

Bibliotheca Indosinica : Dictionnaire bibliographique des ouvrages relatifs à la Péninsule indochinoise, 4 vol., (3030 colonnes} gr. in-8, Befeo, 1912-15.

Tome I : Birmanie, Assara, Siam, Laos. II : Péninsule malaise. III-IV : Indo-Chine française.

BibUotheca Japonica : Dictionnaire bibUographique des ouvrages relatifs à l'Empire japonais, rangés par ordre chronologique jusqu'à 1870, suivis d'un appendice renfer- mant la Hste alphabétique des principaux ouvrages parus de 1870 à 1912, XII pp. et 762 colonnes, gr. in-8. Publ. de l'Éc. des Langues or. viv., 19 13.

Histoire des relations de la Chine avec les Puissances occidentales, 1860-1900, 3 vol. in-8, avec cartes, BHC, 1913.

L'Expédition de Chine de 1857-58, in-8, BHC, 1905.

L'Expédition de Chine de 1860, in-8, BHC, 1906.

HISTOIRE GÉNÉRALE

DE LA CHINE

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t. 2-

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

CHAPITRE PREMIER

Les Cinq Dynasties : Woii Tai.

CETTE période d'anarchie de cinquante-trois ans, qui succéda à la longue administration des T'ang, est désignée dans l'histoire de la Chine, sous le nom de Wou Tai, les « Cinq Familles », ou « Cinq Dynasties », ou de Heou Wou Tai, les « Cinq Familles postérieures- », pour les distinguer des Ts'iex Wou Tai, les « Cinq Familles antérieures » qui régnèrent entre les Tsin et les T'ang. Ces Cinq Familles qui n'ont d'ailleurs exercé l'autorité que sur une petite partie de la Chine, sont par ordre de succes- sion, les Heou Leang, les Heou T'ang, les Heou Tsix, les Heou Han et les Heou Tcheou.

Il faut avouer que cette période de l'histoire de Chine n'offre qu'un médiocre intérêt; ces chefs qui convoitent le titre d'empereur, qui n'ont pour objectif que la conquête des terres de leurs voisins, guidés seulement par l'ambition, le lucre et leur ardeur combative, sans idées générales, hommes grossiers, sans éducation, superstitieux, ne redou- dant que les sorciers et leur magie, rappellent certains barons de notre féodalité, véritables animaux de proie, guettant la victime sur laquelle ils se jetaient au moment favorable, pillant villes et campagnes pour recueillir le butin qu'ils accumulaient dans leurs repaires fortifiés. Pas une idée politique, pas une idée morale, pas une idée noble, la force brutale leur seul mo3'en d'action, le vol, le meurtre les seuls buts de leur conduite; à peine retenus, non par un véritable sentiment religieux, mais par une terreur superstitieuse de forces impondérables qu'ils ne comprennent pas, mais dont ils connaissent et redoutent les effets. La faiblesse des empereurs, la puissance des gouverneurs causent une anarchie dont souffre tout le pays.

6 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

XIV^ Dynastie : les Heou Leang ou Leang Postérieurs.

TcHOU Wen, jadis Tchou San, perfide et débauché, qui ne se distinguait ni par une intelligence supérieure, ni par des talents d'administrateur, ni par une grande bravoure sur les champs de bataille, avait été servi par les circons- tances, la faiblesse et l'incapacité des derniers T'ang, la rivalité des gouverneurs de province, l'anarchie dans la direction des affaires, surtout par son absence de tout scrupule jointe à une cruauté sans égale. Simple particu- lier à Tang Chan (Kiang Nan), rebelle avec Houang Tch'ao, ayant reçu de l'empereur un emploi dans son armée, il réussit à se substituer au Fils du Ciel. Quand il monta sur ' le trône, le grand ancêtre. T'ai Tsou, d'une nouvelle dynastie, les Heou Leang (Leang Postérieurs), il y appor- ta les germes de la ruine rapide de sa famille et il ne tarda pas à s'apercevoir que le titre d'empereur ne suffisait pas à conférer la toute puissance et que le cadre exigu dans lequel il exerçait le pouvoir était pressé de toutes parts par des chefs qui s'étaient rendus plus ou moins indépendants et ne redoutaient nullement un usurpateur qu'ils savaient possible de renverser quand ils le voudraient. Le Fils du Ciel se trouvait dans une position analogue à celle du roi de France en présence de ses grands feudataires et à tout moment pouvait surgir une Ligue du Bien Public pour faire chanceler ou renverser un souverain qui avait les appa- rences plus que la réahté du pouvoir.

Sans les faire entrer dans ses intérêts, Tchou Wen, renon- çant à gagner les grands gouverneurs, combla de ses faveurs Ma Yin, Ts'ien Lieou, Lieou Yin, Wang Chen-tche et Kao Ki-tchang. Un seul homme repoussa ses avances : son propre frère aîné, Tchou Ts'iouen, qui déclina le titre de prince, abandonna même la cour, et se retira dans son pays au Tang Chan, montrant ainsi qu'il était étranger aux crimes de Tchou Wen, mais il ne put empêcher celui-ci de créer princes du premier ordre, ses trois fils à lui Tchou Ts'iouen.

Ma Yin possédait 23 villes dans le Hou Kouang qui con-

HEOU LEANG y

stituaient son royaume de Tchou sur lequel il régna 34 ans, depuis 896; il eut pour successeurs ses fils Hi Ching, 3 ans; Hi Fan, 15 ans; Hi Kouang, 3 ans; Hi Wou, un an; Hi Tsoung, 9 mois; ce royaume disparut en 951, après avoir duré 56 ans, sous six princes.

Wang Chen-tche était maître du royaume de Yin ou de Min depuis 892 ; il régna 34 ans à Fou Tcheou et mourut à la 12^ lune de 925; il eut cinq successeurs; ses fils Wang Yen-han, un an, tué à la 12^ lune de 926, et Wang Yen- Kiun (Houei Tsoung), 9 ans, tué à la lo^ lune de 935 ; Wang Ki-ping (Wang Tch'ang, K'ang Tsoung), fils de ce dernier, 3 ans, tué à la 7^ lune de 939; Wang Hi (King Tsoung), fils de Chen-tche, 6 ans, tué à la 6^ lune de 944; Wang Yen-tch'eng, également fils de Chen-tche, 4 ans, qui s'était proclamé roi à Kien Tcheou en 942 et avait pris Ta Ying-Kouo pour son titre dynastique; lorsque son frère eut été tué, il transféra sa capitale à Fou Tcheou et changea son titre d^-nastique en celui de Ta Min-Kouo. Ce royaume, qui comprenait cinq villes du Fou Kien, cessa d'exister en 946; Wang Yen-tch'eng s'était soumis au Nan T'ang en 944, à la lune et mourut en 951.

Les K'i Tan qui avaient déjà causé tant de soucis à la Chine, allaient avec un chef entreprenant, prendre part à la curée et créer une dynastie, celle des Leao, qui après avoir régné sur le nord de la Chine, ayant été repoussée par les KiN en 1125, devait régner sur l'Asie Centrale jusqu'à la fin du xii^ siècle. Sous l'empereur Hi Tsoung, des T'ang, les K'i Tan étaient répartis en huit hordes campées sur le Kara Mouren, le Sira Mouren, et autres fleuves de Mongo- lie, pouvant mettre chacune sur pied un effectif de 10,000 hommes; tous les trois ans, ils choisissaient un chef dont les pouvoirs n'étaient pas renouvelables ^ Il arrivaque l'un de ces chefs, Ye-liu A-pao-ki, qui s'était illustré par ses conquêtes, en particulier par celles du pays des Ta Tche, dans le Yin Chan, et des Hi au sud des K'i Tan, près de la Grande Muraille, dans le Tche Li, au nord-est de Kou pe k'eou, voulut garder le pouvoir à l'expiration de ses

r. Mailla, VII, p. iiS .

8 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE .

fonctions; en conséquence, il se retira avec sa horde, et alla s'établir au pays de Han Tcheng, <( près d'un lac dont les eaux lui donnèrent du sel en abondance : il en fit labourer les terres, il sema cinq sortes de grains qui donnèrent une abondante récolte, et par ce moyen il se procura la facilité de subsister sans le secours de personne. » ^ Puis, a3'ant exercé ses sujets au maniement des armes, il attaqua les sept hordes qui avaient refusé de le laisser au pouvoir et les soumit ; marchant ensuite au nord il conquit les royaumes de Che Wei et de Niu Tche; ensuite, à l'ouest, il conquit tout l'ancien domaine des Tou Kiue; devenu puis- sant, il compara sa force à celle des gouverneurs de la Chine, à celle même du Fils du Ciel, et il songea à la con- quête de l'Empire. Il fallait toutefois agir avec prudence.

Li K'o-YOUXG lui parut le plus redoutable de tous ces chefs, aussi voulut-il gagner son amitié. A pao-ki se rendit de Parin, son campement, sur le Kara mouren, chez Li K'o-young, aux environs de Ta T'oung fou (905) et les deux chefs se jurèrent fidélité ; au banquet qui suivit, A-pao- ki s'étant enivré, on conseilla à son hôte de l'arrêter, mais Li était trop honnête pour manquer à la foi jurée; en revanche, A-pao-ki ne fut pas longtemps avant d'oublier ses serments, et dès que Tchou Wen fut monté sur le trône, le Barbare lui offrit son alliance que l'empereur s'abstint prudemment d'accepter, tout en donnant de bonnes paroles et en offrant des présents aux envoyés du chef K'iTan qui, resté sans appui, fut obligé de renoncer momentanément à ses projets ambitieux (907).

Tchou Wen voyant en Li K'o-young le principal obstacle à l'extension de sa puissance envoya son général Kang HouAi-TCHEN avec une armée considérable mettre le siège devant Lou Tcheou (Lou Nan fou, au Chan Si) qui appar- tenait à son ennemi. Mais Li K'o-young envoya au secours de Li Se-tchao, gouverneur de la ville, Tcheou Te-wei; Kang Houai-tchen défait est remplacé par Li Se-ngan qui ne réussit pas mieux; malheureusement le prince de Tsin meurt à T'aï Youen, à la première lune de 908 (23 février), âgé

I. Maiila, VII, p. 119.

HEOU LEANG 9

de cinquante-trois ans; il avait refusé le titre d'empereur et fut remplacé par son fils Li Ts'ouen-hiu qui allait se montrer digne de son père ; il devait détruire les Heou Leang et fut le premier empereur des Heou T'ang; il « avait toutes les qualités propres pour faire un très grand souverain; mais il n'eut pas assez d'attention pour se corriger de ses défauts, et l'amour des femmes le perdit entièrement ^ ». Aucun trouble ne signala son avènement, en sorte que les craintes de Tcheou Te-wei qui avait abandonné Lou Tcheou dans cette éventualité ne furent pas justifiées. T'ai Tsou, irrité de voir que Li Se-ngan ne faisait aucun progrès, se rend à son camp près de Lou Tcheou, le casse, et n'obte- nant pas lui-même la reddition de la place, il retourne à Pien Tcheou (K'ai Foung), ne laissant pas d'instructions à ses troupes qui sont surprises et écrasées par Li Ts'ouen- hiu, Tcheou Te-wei et Li Se-youen; le siège de Lou Tcheou est levé, et Li Ts'ouen-hiu, non moins sage que brave, retourne à Tsin Yang il s'applique à gouverner ses états.

A la cinquième lune de 908, le prince de Houai Nan, Yang Wou, fils et héritier de Yang Hing-mi, fut assassiné par ses généraux Tchang Hao et Siu Wen; le premier aurait bien voulu s'erçiparer du pouvoir, mais les soldats, par l'influence de Yen Ko-kieou, lui préférèrent Yang Loung-yen, le frère cadet de Yang Wou. Peu après, Tchang Hao fut tué par ordre de Yen Ko-kieou, de complicité avec Siu Wen; celui-ci devint le ministre de Yang Loung- yen, tandis que Yen était mis à la tête des troupes.

Yen Ko-kieou attaqua le prince de Wou Yue, Ts'ien Lieou, et envoya Tcheou Pen faire le siège de Sou Tcheou au Kiang Nan, mais celui-ci fut battu et obligé de fuir.

A la septième lune de 909, Wei Ts'iouex-foung, gou- verneur de Fou Tcheou, sachant que Houng Tcheou (Nan Tch'ang), dépefïdant du prince de Houai Nan, n'avait qu'une faible garnison commandée par Lieou Wei, réunit les troupes de Sin Tcheou, de Youen Tcheou et de Ki Tcheou et mit le siège devant la ville. Lieou Wei demanda aussitôt du secours à Kouang Ling et Wei Ts'iouen-foung craignant

I. Gaubil, T'an^;, p. 362.

10 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

une surprise se retira à Siang va tan, au sud de Nan- Tch'ang; d'autre part, le prince de Tchou, Ma Yin, envoyait des secours à ce dernier tout en se préparant lui-même à faire le siège de Kao Ngan. Sur ces entrefaites, le général Tcheou Pen est envoyé avec 7,000 hommes de Kouang Ling et fait Wei Ts'iouen-foung prisonnier, puis il s'empare de Youen Tcheou et de Sin Tcheou, et en peu de temps il place tout le Kiang Si sous la domination du prince de Houai Nan.

L'empereur, furieux de voir s'agrandir la puissance de ses vassaux, passa sa mauvaise humeur sur Wang Tchoung- SE, gouverneur de Tch'ang-Ngan, qu'il força à se suicider, à la grande irritation des Grands, en particulier de Lieou TcHE-HiuN que T'ai Tsou, pour le calmer, éleva à une haute dignité, en lui donnant l'ordre de venir en prendre posses- sion 1. Mais prévenu par Lieou Tche-houan, son frère, du danger que sa vie courrait s'il se rendait aux ordres de l'empereur, Lieou Tche-hiun, avec la ville de T'oung Tcheou dont il était gouverneur, se soumit à Li Meou-tchen, prince de Ki, força Houa Tcheou, fit occuper T'oung Kouan, passe importante, et, ayant gagné la garnison, il se fit remettre la ville de Tchang Ngan, dont le gouverneur Lieou Han, successeur de l'infortuné Wang Tchoung-se, fut expédié à Li Meou-tchen qui le fit mettre à mort. Lieou Tche-hiun, privé de ses titres et de ses emplois par l'empe- reur, en compensation eut la faveur de Li Meou-tchen qui lui ordonna de s'emparer de Ling Tcheou (qio) il veut l'établir; le gouverneur de SouFang (Ning Hia Wei), Han Sun, appelle au secours de la place le général impérial Kang Houai-tchen qui fait lever le siège, mais il est surpris dans une embuscade par Lieou Tche-hiun qui, avant de se représenter devant Ling Tcheou l'année suivante, s'allie au prince de Tsin pour prendre Hiao Tcheou ils sont rejoints par Li Meou-tchen, toutefois les confédérés sont obligés de se retirer devant les troupes impériales.

T'ai Tsou, toujours ombrageux, voulait déposséder le prince de Tchao, Wang Joung, qu'il soupçonnait d'entre-

I. Mailla, VII. p. 135.

HEOU LEANG II

tenir des intelligences avec son voisin le prince de Tsin, et le transférer à Ye, dont le piince Lo Chao-wei venait de mourir à propos. Wang Joiing, loin d'obéir, entra avec Wang Tchou-tche, gouverneur de Yi Wou, dans une ligue dont le chef fut le prince de Tsin; Lieou Cheou- KOUANG, prince de Yen, refusa d'entrer dans la ligue. L'em- pereur attaqua Wang Joung qui appela à son secours le prince de Tsin qui accourut avec le prince Tcheou Tou-wei. Après des engagements divers, les Impériaux sont battus et Tcheou Tou-wei poursuit ses conquêtes.

Lieoii Cheou-kouang essaie alors vainement d'entrer dans la ligue et se fait reconnaître empereur le jour même les K'i Tan lui enlèvent Pien Tcheou (K'ai Foung) ; il voudrait arracher Yi Tcheou et Ting Tcheou (Tche Li) au prince de Tchao, mais il est chassé par le prince de Tsin qui le fait attaquer près de Ki K'eou, par Wang Te-ming, fils de Wang Joung, et Tchexg Yen, général de Yi Wou ; ceux-ci s'emparent de Ki K'eou et de Tcho Tcheou, tandis que l'armée principale de Tsin, commandée par Tcheou Te-wei, s'avance vers Yeou Tcheou. Lieou Cheou-kouang, affolé, s'adresse à la Cour Impériale pour obtenir des secours ; T'ai Tsou se place lui-même à la tête de ses aimées, mais il est mis en fuite par Li Ts'ouen-chen, Se Kien-tang et Li Se-koung, et obligé de se retirer à Lo Yang, il ne sur- vécut que peu de temps à son désastre (912).

Tombé gravement malade, il choisit pour lui succéder- son fils aîné, TcHOU Yeou-yin étant mort son second fils, TcHOU Yeou-wen, dont il avait fait le gouverneur de Pien Tcheou; pour donner satisfaction à l'ambition de son troisième fils, Tchou Yeou-kouei, ennemi de Tchou Yeou-wen, et aussi pour l'éloigner de la cour, T'ai Tsou le nomma gouverneur de Lai Tcheou. Tchou Yeou-kouei réso- lut de se venger; dans la nuit du 17 au 18 juillet 912, ayant gagné le commandant de la garde Han K'ixg, il pénétra avec des complices dans le palais de son père à Lo Yang. Quand T'ai Tsou le vit entrer dans la chambre pour l'assas- siner, il lui dit : « Fils dénaturé, je me repens bien de ne t'avoir pas fait mourir. » Le fils dit à son père : « Misérable

12 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

vieux voleur, tu dois être mis en pièces ». Après ces paroles, il le fit poignarder. Ainsi mourut T'ai Tsou, âgé de 6i ans. >; ^ (6^ lune de 912.)

Supposant un ordre de son père, Tchou Yeou-kouei, sous prétexte d'éviter des troubles, fait mettre à mort Tchou Yeou-wen par son frère cadet Tchou Yeou-tcheng, mais ce dernier apprenant qu'il a été l'instrument d'un crime, prend la résolution de châtier le coupable. Tchou Yeou-kouei et sa femme, cernés dans le palais de Lo Yang avec l'esclave assassin de T'ai Tsou, -sont tués par ce dernier qui se sui- cide ensuite.

Tchou Yeou-tcheng est alors acclamé empereur et il prend possession du pouvoir à Pien Tcheou.

Pendant ce temps, le prince de Tsin poursuivait la guerre contre Lieou Cheou-kouang, prince de Yen, qui, réduit aux abois, envoie Youen Hing-kin au nord pour essayer de lever des recrues, tandis que lui-même rejoint les K'i Tan et charge Kao Hing-kouei de commander à Wou Tcheou (Siouen Houa fou, dans le Tche Li). Mais l'un des généraux de Tsin, Li Se-youen, enlève huit groupes de ces recrues et entreprend le siège de Wou Tcheou ; Kao Hing- kouei, peu satisfait du prince de Yen, lui remet la ville, en même temps qu'il faisait sa soumission au prince de Tsin. Youen Hing-kin s'étant hasardé à attaquer Kao Hing- kouei, le frère de celui-ci, Kao Htng-tcheou appelle Li Se-youen, qui oblige le général de Yen à mettre bas les armes et à se rendre au prince de Tsin.

Lieou Cheou-kouang tente vainement de faire la paix avec Tsin alors que Tcheou Te-wei attaquait la ville de Yeou Tcheou, mais ce dernier refuse d'entamer des pour- parlers* avec lui et envoie l'un de ses généraux, Lieou Kouang, occuper P'ing Tcheou (Young P'ing fou) et Ying Tcheou (Tchang Lié hien, Tche Li). Le prince de Yen est abandonné de tous; les K'i Tan qui n'ont pas en lui la moindre confiance, lui refusent tout secours, et le malheureux Lieou Cheou-kouang, fait prisonnier ainsi que Lieou Jen- koung par le prince de Tsin après la capture de Yeou

I. Gaubil, T'ano, pp. 364-5.

HEOU LEANG I3

Tcheou, a la tête tranchée; Lieou Jen-koung conduit au tombeau de Li K'o-young à T'ai Tcheou, subit le même sort (914). ^

Après la prise de Yeou Tcheou, le prince de Tsin desirait faire la guerre à l'empereur et il ordonna à Wang Joung, prince de Tchao, de se joindre à Tclieou Te-wei pour faire le siège de Hing Tcheou, mais l'un des généraux de Mou Ti, Yang Se-heou, réussit à parer le coup; l'empereur, tra- vaillé par les envieux, enleva au vainqueur son gouverne- ment de Tien Hioung qui s'étendait sur six départements et nomma Ho Te-louex, gouverneur de Wei Tcheou (Taï Ming fou, Tche Li) et Tchang Yun, gouverneur de Siang Tcheou (Tchang Te Fou, Ho Nan) ; on commit en outre la maladresse de vouloir retirer de Wei Tcheou une partie des troupes pour les envoyer à Siang Tcheou, ce qui amena une révolte des soldats dont l'emploi était hérédi- taire — qui se saisirent de Ho Te-louen ; ce dernier fut forcé par Tchang Yen, un de ses officiers, à demander du secours au prince de Tsin contre les troupe? impériales commandées par Lieou Siun et envo^-ées contre les rebelles. Le prince de Tsin expédie avec Li Tsoun-chen des troupes qu'il rejoint peu de temps après; averti par Ho Te-louen de l'am- bition de Tchang Yen, le prince de Tsin fait exécuter ce dernier avec sept de ses complices et calme la sédition; reçu à Wei Tcheou par Ho Te-louen qui lui remet le sceau du gouvernement, il nomme celui-ci gouverneur de T'ai Toung. Poursuivant sa campagne, le prince de Tsin s'empare de Te Tcheou et de Tchen Tcheou (K'ai Tcheou, Tche Li), mais cette dernière ville est reprise par Lieou Siun après Lin Ts'ing. Lieou Siun, obligé malgré lui par l'empereur, à Uvrer une bataille rangée aux troupes de Tsin, fut battu par Lin Tsoun-chen (916). Cette défaite produisit la plus fâcheuse impression sur les gouverneurs des provinces de l'Empire, en particulier sur Lieou Yen gouverneur de Nan- Hai, auquel l'empereur avait refusé le titre de gouverneur de Nan Yue ^, qui refusa de payer le tribut et se déclara in-

1. Mailla, VII, p. 160.

2. Ibid., p. 167.

14 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

dépendant. Lieou Siun subit une terrible et nouvelle défaite (916) et s'enfuit à Houa Tcheou, tandis que Siang Tcheou, Wei Tcheou, Hing Tcheou et tout le nord du Houang Ho tombent entre les mains du vainqueur qui est arrêté devant Pei Tcheou par la bravoure de la garnison; celle-ci, réduite par la famine, est obligée de se rendre ; elle est entièrement massacrée. Le prince de Tsin était complète- ment maître du Ho Pe 1.

A cette époque, le chef des K'i Tan, A-pao-ki, se procla- mait Houang Ti, donnait à la princesse Chou Liu, sa femme, le titre d'impératrice, et choisissait la désignation de Leao pour sa dynastie (916). Limitrophes des Tsin, les K'i Tan profitant de la négligence de Tcheou Te-wei s'em- parèrent de la passe Yu (Yu kouan) qui les rendit maîtres des territoires de Ying Tcheou (Tchang Li hien) et de P'ing Tcheou (Young P'ing fou). A-pao-ki s'empare de Sin Tcheou et inflige une grande défaite à Tcheou Te-wei venu au secours de cette place, puis il met devant Yeou Tcheou le siège que les troupes de Tsin l'obligent à lever (917)- Les circonstances favorisent le prince de Tsin qui, grâce à un hiver rigoureux, peut franchir le Houang Ho sur la glace et s'empare de Yang Lieou d'où l'empereur, venu de Leang Tcheou pour se rendre à Lo Yang pour sacrifier au T'ien, était obligé de fuir à la nouvelle de l'avance de l'ennemi. Mou Ti envoya Sie Yen-tchang pour reprendre Yang Lieou pendant l'absence du prince de Tsin retourné à Tsin Yang, mais celui-ci retraversa le Houang Ho et écrasa son adver- saire (918).

Cependant le prince de Tsin, désireux de porter un coup décisif à l'empereur, réunit à Ma kia tou il les passa en revue, 30,000 cavaliers et fantassins amenés de Yeou Tcheou par Tcheou Te-wei, 10,000 hommes conduits par Li Tsoun-chen, autant par Li Se-youen, le même nombre par Wang Tchou-tche, sans compter les bandes de Hi, de K'i Tan, de Che wei, de T'ou You Houen et les garnisons de Wei Tcheou et de Po Tcheou .

D'autre part, l'empereur envo^'ait au nord de Pou Tcheou

I. Mailla, VIT, p. 170.

HEOU LEANG 15

non loin des Tsin, une puissante armée commandée pour l'infanterie par Ho Kouei, pour la cavalerie par Sie Yen- TCHANG qui pendant trois mois se contentèrent d'observer l'ennemi, ne se livrant qu'à des escarmouches; malheu- reusement la jalousie régnait entre les deux chefs, et Ho Kouei fît tuer son rival. Le prince de Tsin attire les Impé- riaux en marchant sur Ta Leang; Ho Kouei le suit et livre bataille à Hou-leou-pi : les débuts de l'action lui sont favo- rables, Tcheou Te-wei et son fils aîné sont tués, mais le prince de Tsin entre en action, les Impériaux subissent une grande défaite et les débris de leurs troupes fuient à Ta Leang qui serait tombé entre les mains du vainqueur si celui-ci ne s'était arrêté à fortifier le lieu de son passage du Houang Ho; ce délai permit à l'empereur de reconstituer une armée avec Ho Kouei qui, de nouveau battu, tomba malade, mourut et fut remplacé par Wang Tsan, tandis que Lieou Siun emportait Yen Tcheou d'assaut. Vains efforts ! Wang Tsan, au lieu de défendre Pou Yang qui tombe entre les mains du prince de Tsin, se fait tuer par celui-ci; il est remplacé par Tai Se-youen.

L'empereur trouve des ennemis dans sa propre famille : son frère Tchou Yeou-kien, gouverneur du Ho Tchoung, s'empare de Toung Tcheou (Chen Si), y installe comme gou- verneur son fils Tchou Ling-te, et passe aux Tsin (920) ; Mou Ti envoie Lieou Siun pour reprendre Toung Tcheou, mais le général impérial est battu par le prince de Tsin qui s'empare de Houa Tcheou et reste maître du Ho Tchoung et de Tch'ang Ngan que lui cède Tchou Yeou-kien (921). Le malheureux Lieou Siun est mis à mort par ordre de l'empereur.

A la même époque, le prince de Tchao, Wang Joung est tué par un de ses officiers, Tchang Wen-li, qui s'empare de Tch'eng Tch'eou, de T'ing Tcheou et de toutes ses pos- sessions, tandis que Wang Yeou se rendait près des K'i Tan pour les engager à soutenir l'usurpateur. A-pao-ki suit ce conseil, mais, attaqué par le prince de Tsin, il est complètement battu et obligé de regagner ses États en toute hâte. Pendant que le prince de Tsin guerroyait contre

l6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

les K'i Tan, l'empereur fait attaquer le Ho Pe et prendre Wei Tcheou (Wei Houei fou, du Ho Nan) par Touan Ying qui, avec Tai Se-youen, s'empare de plusieurs villes de Tsin. Mais le prince de Tsin revenu de la guerre à Wei Tcheou se proclame empereur à la 4^ lune (923) , annonçant qu'il est le continuateur des T'ang; sa dynastie est connue comme celle des Heou T'ang ou T'ang postérieurs.

CHAPITRE II

Xye Dynastie : Les Heou T'ang ou T'ang Postérieurs.

LE nouvel empereur appartenait à cette tribu jadis fa- Tchouang meuse des Turks occidentaux, les Cha T'o, réputés pour Tsoung leur bravoure, qui vivaient au nord de Ha Mi, entre les Tibétains du Nan Chan et les Ouighours de l'Orkhon; nous avons vu que Tchouang Tsoung était petit-fils de Li Kouei-tchang, sumom qu'avait reçu le chef turk TcHU YE TCHE siN en récompense des services qu'il avait rendus à l'Empire et que son père Li K'o-young, surnommé le Dragon à un œil, To yen Loung, après avoir vaincu Houang Tch'ao (888) avait été créé par l'empereur Hi Tsoung, prince de Loung Si, puis roi de Tsin. Li Ts'ouen- Hiu avait pour première tâche d'achever la ruine des Leang qui avaient pour principaux points d'appui les villes de Lou Tcheou et de Tche Tcheou. Li Se-youen, auquel Tchouang Tsoung confia le commandement de ses troupes, s'emparait de Yun Tcheou, mais MouTi, l'empereur Leang, organise la résistance à Ta Leang et met à la tête de son armée, Wang Yen-tchang, gouverneur militaire de Tan Tcheou, qui inflige une défaite à Tchou Cheou-yin et, avec 100,000 hommes, investit Yang Lieou défendu par Li Tcheou; à deux reprises Wang est obligé de lever le siège de cette ville ; rappelé par Mou Ti, il est remplacé par l'incapable et orgueilleux Touan Ying.

Mais les T'ang ne restent pas inactifs; leurs aimées tra- versent le Houang Ho qui les sépare de leurs ennemis. Li Se-youen fait prisonnier Wang Yen-tchang qui commandait une nouvelle armée; celui-ci, blessé, refuse fièrement les offres des T'ang qui lui demandent de passer à leur service; entre l'honneur et la mort, il choisit cette dernière; en 936, il reçut le titre posthume de « Grand Précepteur ». Les

l8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHIXE

T'ang marchent sur Ta Leang : l'infortuné Mou Ti, réduit au désespoir, donne l'ordre à l'un de ses officiers, Houang Fou-lin, de le tuer; le malheureux obéit mais se suicide après son maître. Le dernier empereur des Leang eut le grand tort de donner sa confiance à des ambitieux sans talent qui amenèrent la ruine de l'empire en ne s'occupant que de leurs intérêts particuliers. «Mou Ti, nous dit leT'oung kien kang mou i, était un excellent prince, d'un naturel doux et affable; réglé dans sa conduite, il fuyait les plai- sirs et était ennemi de la débauche : timide, soupçonneux, trop crédule, d'un esprit borné et facile à tromper, ces défauts causèrent sa perte et celle de sa famille ».

Li Se-youen mit cinq jours pour arriver à Ta Leang : Wang Tsan lui ouvrit les portes de la ville, l'empereur entrait quelques heures après son lieutenant : des deux conseillers de Mou Ti, l'un, King Siang se pendit, l'autre Li TcHEN fit sa soumission; le général Touan Ying suivit l'exemple du second. Tchouang Tsoung donna l'ordre de détruire la salle des ancêtres des Leang ainsi que la sépul- ture de Tchou Wen dont il fit, toutefois, respectei le cer- cueil.

Tchouang Tsoung avant de quitter Wei Tcheou (Taï Ming), il était monté sur le trône, changea son nom en Hing Tang fou, et il en fit sa Cour Orientale, puis il partit pour Tsin Yang rendre hommage à ses ancêtres ; il restitua à cette ville, dont il fit sa Cour Occidentale, son ancien nom de T'ai Youen fou, et établit sa Cour Septentrionale à Tch'eng Tcheou qui devint Tcheng Ting fou ^. Les prin- cipaux chefs rendent hommage au nouveau Fils du Ciel. YouAN SiANG-siEN, gouvcmeur de Soung Tcheou (Kouei Te fou, Ho Nan), le premier, fait sa soumission; son exem- ple est suivi par Ma Yin, créé prince de Tchou par Tchou Wen; d'ailleurs pour stimuler les retardataires, l'avène- ment de la nouvelle dynastie est notifié aux autres gou- verneurs, et un pardon général est accordé aux adversaires.

Cependant Tchouang Tsoung s'étonne de n'entendre

1. Mailla, VIT, p. 206.

2. Mailla, VII, pp. 193-4.

HEOU T'ANG 19

parler ni du prince de Wou, ni du prince de Chou; le gou- verneur du Kiang Nan, Kao Ki-hing, étant venu à la Cour pour lui rendre hommage, il le consulte pour savoir lequel de ces deux chefs, il doit soumettre le premier. Kao Ki-hing qui désire éloigner un danger de son gouvernement, con- seille Chou. Sur ces entrefaites, l'empereur se rend à Lo Yang (923) sur les instances pressantes de Tchang Youen, gouverneur de cette ville; Kao Ki-hing l'accompagne et est retenu, mais sur les observations du ministre Ko Tch'oung- t'ao qui fait ressortir ce qu'il y a d'injuste dans cet ordre, on laisse le gouverneur du Kiang Nan retourner dans son pays. A son tour, l'année suivante (924), le prince de Ki, Li Meou-tchen, médiocrement rassuré sur sa propre situa- tion, envoya son iîls Li Ki-yen présenter ses hommages à l'empereur; démarche opportune, car Li Meou-tchen étant tombé gravement malade, put, avant de mourir, demander à Tchouang Tsoung sa protection pour son fîls.

L'empereur, désireux de s'éclairer sur la situation de Chou, dont le prince, Wang Yen, semblait vouloir ignorer son avènement, envoya à sa cour comme ambassadeur, Li Yen, un de ses officiers, qui devait lui faire un rapport sur ce qu'il aurait vu. Li Yen froissa par son arrogance le prince de Chou et ses fonctionnaires qui firent des prépa- ratifs de guerre; à son retour, il signalait ce souverain comme adonné au plaisir et entouré de flatteurs. Le père de Wang Yen, Wang Kien, dont la capitale était Tch'eng Tou, avait été nommé en 891 gouverneur du Si Tch'ouan et il s'était déclaré en 907 prince ou roi de Chou, titre auquel avait succédé son fils en 901. Tchouang Tsoung eut une légère compensation du côté de Wou Yue. Ts'ien LiEOU s'était décidé à faire sa soumission à la condition « que le sceau qu'on lui donnerait serait d'or et ses patentes gravées sur une pierre précieuse 1 ». Naturellement les Grands, même ceux du premier ordre, même les princes, qui n'avaient que des tablettes de bambou, firent opposi- tion à cette demande si insolite que l'empereur accorda néanmoins au roi de Wou Yue.

I. Mailla, VII, p. 218.

20 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

MaUieureusement Tchouang Tsoung, grand amateur de théâtre et de musique, subissait l'ascendant des comé- diens à un tel point, que malgré les remontrances du pre- mier ministre. Ko Tch'oung-t'ao, il dopna l'un des princi- paux gouvernements à l'acteur Tcheou Tseu. D'autre part, les K'i Tan étaient un grand sujet d'inquiétude à cause de leurs fréquentes incursions dans le territoire de l'Empire : Tchouang Tsoung aurait voulu transférer du gouvernement de Tcheng Ting qu'il réservait à Li Se-^^ouen à celui de Ta Leang, Ko Tch'oung-t'ao, qui déclina l'offre impériale ; l'influence du premier ministre diminuait de jour en jour parce que, pour des raisons d'économie, il s'était opposé à la construction d'une tour épaisse que voulait élever l'em- pereur pour s'y réfugier pendant les grandes chaleurs; un protégé de Ko Tch'oung-t'ao, Lo Kouan, administrateur du Ho Nan, desservi par les eunuques et les comédiens, fut mis à mort.

Cependant le prince de Chou, Wang Yen, ayant pris le titre d'empereur, la guerre fut décidée; on espérait qu'elle servirait de dérivatif à la profonde incurie de l'empereur. Après avoir écarté Touan Ying, on confia le commandement des troupes impériales à l'héritier, Li Ki-ki, prince de Wei, mais à cause de sa jeunesse on lui adjoignit l'expéri- menté Ko Tch'oung-t'ao. Malgré l'avis de ses conseillers, le prince de Chou entreprit un voyage à travers ses États, au moment même s'avançaient contre lui les troupes de T'ang, divisées en plusieurs groupes : le prince de Chou s'avisa trop tard d'organiser la résistance et ses troupes furent battues. Li Yen lit ouvrir les portes de Tch'eng Tou, et le prince de Chou ayant fait sa soumission fut conduit avec ses fonctionnaires à Li Ki-ki et à Ko Tch'oung-t'ao (925). (( Le prince était vêtu de blanc, ayant la corde au col et les mains liées derrière le dos; les mandarins vêtus de même, avaient de plus les pieds enchaînés : ils accompa- gnaient en ordre une bière préparée pour le prince, si on ne lui faisait pas grâce, et dans cette posture humihante, ils attendirent Li Ki-ki et Ko Tch'oung-t'ao, qui descendirent de cheval, aussitôt qu'ils les aperçurent, pour ôter au

HEOU T ANG 21

prince ses fers ; ils en firent autant à tous les mandarins, et brûlèrent la bière qu'ils avaient apportée avec eux, en leur signifiant une amnistie générale de la part de l'empereur, qu'ils remercièrent de cette grâce, en battant neuf fois de la tête la face tournée vers le nord-est; après quoi, Li Ki-ki et Ko Tch'oung-t'ao entrèrent en triomphe dans la ville, et logèrent au palais, ils voulurent que le prince Wang Yen [avec qui se termina la dvnastie de Ts'ien Chou], logeât aussi. L'armée ne tarda pas à arriver; elle entra dans la ville sans causer le moindre désordre, et par les soins que se donna Ko Tch'oung-t'ao, les habitants continuèrent leur commerce comme à l'ordinaire ^ » (925.)

Il n'avait pas fallu plus de 70 jours pour faire la con- quête des États de Chou qui consistaient « en dix grands gouvernements, composés de 64 tcheou et de 249 hien, qui pouvaient entretenir facilement 30,000 hommes de bonnes troupes, d'autant plus que le pays était très riche et abon- dant en toutes choses nécessaires à la vie » ^. Ces succès ne désarmèrent pas les ennemis de Ko Tch'oung-t'ao; les eunuques, si néfastes sous d'autres règnes, réussirent à exciter sans raison la méfiance de l'empereur à l'égard de son fidèle ministre dont il ordonna la mise à mort. Pour exécuter cet arrêt, il envoya à Tch'eng Tou l'eunuque Ma Yen-kouei qui se heurta d'abord à l'opposition de Li Ki-ki, mais ce prince, circonvenu par les menées et les calom- nieuses insinuations des ennemis de Ko, laissa accomplir le crime; craignant même que les deux fils de la victime ne voulussent venger leur père, il les fit mettre à mort. En- gagé dans cette voie il avait été poussé par les eunuques et les comédiens, Tchouang Tsoung continue la série des exécutions, dans la crainte des soulèvements qu'aurait pu causer le mécontentement universel. Le gendre de Ko Tch'oung-t'ao. Li Tsoux-yi, prince de Mou et gouverneur de Pao Ta, Kixg Tsin et Li Lixg-te sont à leur tour vic- tinies de cette fureur sanguinaire. Nul doute que le brave Li Se-youen venu à la Cour n'eut partagé leur sort, sans

1. Mailla, VII, p. 231.

2. Mailla, VII, pp. 231-2.

22 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

l'opportune révolte occasionnée dans le pays de Chou par la mort de Ko Tch'oung-t'ao. Li Chao-tchen était à la tête des mécontents contre lesquels on envoya Li Chao-joung qui mit le siège devant Ye Tou et fut repoussé, puis fut envo^^é une seconde fois pour reprendre cette opération. D'ailleurs l'irritation était générale ; d'autres troubles éclatèrent, en particulier à Tsang Tcheou avec Wang King-tan et à Hing Tcheou, avec Tchao Ta. Malgré sa répugnance, l'empereur fit appel à Li Se-youen et l'envoya à Ye Tou (926), mais l'un de ses officiers, Tchang Pou-wei, l'empê- cha d'attaquer cette ville. D'un autre côté, Li Ki-ki dépêche Toung Tchang qui défait Li Chao-tchen ; celui-ci fuit à Han Tcheou il est investi; mais cette ville, sans fossés, aux murs en ruines, ne pouvait offrir aucune défense sérieuse ; Li tenta une sortie, mais, poursuivi, il fut fait prisonnier. Li Se-youen avait appelé à son secours Li Chao-joung qui, non seulement l'accusa d'être de connivence avec les rebelles, mais encore intercepta les placets qu'il adressait à Tchouang Tsoung pour justifier sa conduite. Craignant pour sa vie, Li Se-youen lève une grosse armée pour se défendre contre ses ennemis; l'empereur, mal renseigné, envoie Pe Tsoung-houei contre lui. Après avoir fait mettre à mort l'ancien prince de Chou, Wang Yen, et sa famille, l'empereur se rend à Lo Yang d'où il s'avance sur les bords du Fan Chouei; il envoie Li Ki-ki à Li Yang pour in\dter Li Se-youen à venir le trouver, mais Li Chao- joung craignant que l'on ne découvre ses intrigues, fait assassiner le messager. Pendant ce temps, le commandant de Ta Leang, Koung Siun, fait sa soumission à Li Se-youen qui se rend dans cette ville il est rejoint par une partie des troupes impériales qui font défection. L'empereur est obligé de retourner à Lo Yang. A son tour, Li Se-youen prend la route du Fan Chouei. Mais des événements graves se passaient dans la capitale : Un des comédiens de l'em- pereur, Ko Tch'oung-k'ien, qui commandait un corps de troupes se révolte; Tchouang Tsoung en se défendant est blessé grièvement; il meurt à la quatrième lune, âgé de trente-cin'q ans suivant les uns, de 43 ans suivant les

HEOU T ANG 23

autres, après avoir bu une coupe de lait aigre que lui envoya l'impératrice Lieou Che qui s'empressa de fuir avec tout ce que le palais contenait de précieux ; le corps du malheu- reux empereur fut brûlé alors que le misérable Ko Tch'oung- k'ien pénétrait dans la ville que ses soldats mirent au pil- lage. (4e lune, 926.)

Li Se-youen arrivé à Ying Tseu Kou y apprit avec regret la mort de Tchouang Tsoung ; il se. rendit immédiatement à Lo Yang pour faire cesser le pillage; là, il recueillit les restes du malheureux empereur, en attendant l'arrivée du prince de Wei. Les principaux fonctionnaires, Teou Lou-ke en tête pressèrent vainement Li Se-youen de monter sur le trône. En apprenant ces nouvelles, le fourbe Li Chao- joung avait pris la fuite, mais arrêté et conduit, chargé de fers, à Lo Yang, il y fut mis à mort. Le prince de Wei, fils de l'empereur, qui avait fait conduire, juger et exécuter Li Chao-tchen à Foung Siang, se met en route pour Lo Yang; en l'attendant, Li Se-youen accepte le titre de Pro- tecteur de l'Empire.

Toute la famille de l'empereur avait pris la fuite ; dans la crainte qu'ils ne fussent la cause de troubles, Ngan TcHOUNG-WEi fit assassiner deux des fils de l'infortuné sou- verain : Li Ts'ouen-kio, prince de Toung, et Li Ts'ouen Kl, prince de Fa; par ordre de Li Se-youen, l'infâme Lieou Che fut punie de son crime par la mort ; le Protecteur ren- voya dans leurs familles les plus jeunes femmes du palais et fit arrêter les eunuques et les comédiens.

Le prince de Wei, Li Ki-ki, quoiqu'il eut été appelé par Li Se-youen, s'imagina follement que tout était perdu pour lui et se fit étrangler par Li Houan, un de ses officiers. La famille de Tchouang Tsoung étant éteinte, Li Se-youen accepta sa succession, mais il conserva à la dynastie le nom de T'ang, faisant remarquer que depuis l'âge de treize ans il avait été élevé comme son fils par Li K'o-young, père du défunt empereur; il prit le deuil et accompagna le cercueil de Tchouang Tsoung en sa qualité de successeur (926).

Le nouvel empereur était un Tartare illettré nommé Ming Tsoung.

24 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

MiAO-Ki-LiÉ élevé, comme nous l'avons dit, par Li K'o- yoimg qui, satisfait de sa bravoure, l'avait adopté en chan- geant son nom en celui de Li Se-youen qui devint Ming TsouNG sur le trône. Il débuta par une amnistie générale et une grande réduction dans le personnel du palais : femmes, eunuques, cuisiniers, etc. Ming Tsoung avait envoyé Ya Kouen à A-pao-ki pour lui annoncer la mort de Tchouang Tsoung que le chef K'i Tan semble avoir apprise avec un véritable chagrin, ce qui ne l'empêcha pas de deman- der qu'on lui abandonnât tout le pays au nord du Houang Ho; il se contenta ensuite de réclamer Tcheng Ting et Yeou Tcheou, et garda Ya Kouen prisonnier. Pour soutenir ses revendications, le chef K'i Tan, à la 7^ lune de 926, pénétrait dans le Pou Haï, royaume fondé sur le Leao par les Niu Tchen, prenait la ville de Pou Yu tch'eng, y éta- blissait son fils aîné Tou Yu qu'il créait prince de Jen Houang, et installait comme général de ses troupes à S i Leou son second fils Te Kouang. Ce fut la dernière cam- pagne d'A-pao-ki qui mourut à la 9^ lune (926) à Pou Yu tch'eng.

Grâce à l'adresse de la princesse Chou liu, mère des deux fils d'A-pao-ki, ce fut le second, son préféré, qui fut choisi comme empereur des Leao au détriment de Tou Yu qui fut envoyé sous bonne escorte à Pou Yu tch'eng. Te Kouang s'empressa de remettre Ya Kouen en Hberté et fit enterrer son père « avec une pompe extraordinaire, à la montagne Fou ye chan » 30 li à l'est de Kouang Ning du Leao Toung] 1. Suivant le P. Wieger ^, A-pao-ki fut enseveli dans les Monts Mou Ye (région de Moukden) ; Gaubil ^ nous dit que sa sépulture fut retrouvée sous l'empereur K'ang Hi, dans les montagnes au nord de Parin. Sur le tombeau d'A-pao-ki, sa veuve fit exécuter tous les fonctionnaires qui lui avaient donné de mauvais conseils. Un officier chinois distingué, Lou Wen-tsin, entré au service d'A-pao-ki commandant pour les K'i Tan à Ping Tcheou, à la suite de

1. Mailla, VII, p. 258.

2. Textes historiques, p. 1797.

3. T'ang, p. 364.

HEOU T ANG 25

promesses de Minj^ Tsoiiiig, repassa en Chine avec 100,000 hommes de troupes chinoises qu'il avait entraînées avec hii.

L'eunuque Li Yen, qui avait échappé au massacre de ses congénères, fut envoyé comme inspecteur dans le pays de Chou dont le gouverneur Moung Tche-siang lui rappela le rôle qu'il avait joué à l'égard de l'ancien prince Wang Yen, lui dit que sa présence occasionnerait certainement des troubles dans le pays et finalement lui fit couper la tête (927). Kao Ki-hing, auquel l'empereur Tchouang Tsoung avait refusé le gouvernement des villes du Se Tch'ouan, Kouei Tcheou, Tchoung Tcheou et Houan Tcheou, s'était saisi de la première; en outre il avait fait assassiner Han KouAN pour le dépouiller des objets précieux qu'il avait été chargé de porter à la Cour par Li Ki-Ki, prince de Wei. La mort de Li Yen dérangea les plans de Kao Ki-hing qui avait compté sur les difficultés que causerait cet agent pour pêcher en eau trouble au Se Tch'ouan. Ming Tsoung lui réclama les objets volés à Han Kouan, et ayant reçu une réponse insolente, envo^^a contre le brigand trois armées dont l'insuccès ne pouvait qu'enhardir Kao Ki-hing. Celui-ci essaya vainement de faire entrer dans son parti Yang Pou, prince de Wou, auquel son ministre Siu Wen conseilla sagement de garder la neutralité, mais cet homme prudent étant mort (927), son maître se fit proclamer empereur par ses sujets et il envoya à Lo Yang une ambas- sade chargée d'offrir au prince de T'ang de le reconnaître avec ce titre dans les provinces septentrionales, à la condi- tion que dans les provinces méridionales il fut accepté avec le même rang. Le ministre de Ming Tsoung, Ngan Tch'oung-houei, fut tellement choqué de cette proposition inattendue, qu'il renvoya l'ambassade et ses présents : « ce refus rompit, depuis ce temps-là, tout commerce entre l'empereur et le prince de Wou » (928) 1.

Ma Yin, prince de Tchou, qui avait pris une part malheureuse à la guerre contre Kao Ki-hing, résolut de prendre sa revanche de son insuccès et dans ce but équipa

I. Maill.^, VII, p. 264.

26 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

une flotte, qu'il confia à Wang Houan qui remporta la victoire après une bataille de trois jours et força l'adver- saire à demander une paix qui lui fut accordée; Wang Houan faisant remarquer à Ma Yin qu'il était bon de ména- ger Kao Ki-hing qui, par la situation de ses possessions, pouvait servir d'état tampon entre Tchou d'une part, Wou, Chou et l'empire d'une autre. Ma Yin approuva la conduite de son général. Cependant le prince de Wou envoyait sa flotte sous le commandement de MiAO Lin et de Wang Yen-tchang pour s'emparer de Yo Tcheou appartenant à Ma Yin ; ce dernier fait marcher contre eux Hiun Té-hiun qui se poste près du lac Kio Tseu et envoie de nuit Wang Houan à Yang Lin pour couper la route aux ennemis. Miao Lin et Wang Yen-tchang battus sont faits prisonniers et leurs barques sont coulées ; Ma Yin généreusement remet en liberté sans rançon les généraux ennemis et accorde la paix à Tchou.

La paix était à peine assurée dans le sud, que la guerre recommençait dans le nord. Wang Tou qui, depuis plus de dix ans, commandait à Yi Wou et se considérait comme indépendant, vit son autorité amoindrie par Ngan Tchoung- houei lorsqu'il prit la direction des affaires. Craignant peut-être d'être déplacé, voyant une menace dans l'envoi que faisait l'empereur de troupes contre les K'i Tan qui pillaient les provinces frontières, il songea à se révolter et, dans ce but, il chercha à mettre dans ses intérêts Wang Yen-kieou, sans succès d'ailleurs; au contraire, celui-ci dévoila à la cour la conduite de Wang Tou qui avait voulu le faire assassiner après sa maladroite démarche et reçut l'ordre de marcher contre le rebelle qui appela les K'i Tan à son secours; ces derniers envoyèrent to,ooo cavaliers avec leur chef Tou Lei qui obligea Wang Yen-kieou à. lever le siège de Ting Tcheou et à se retirer dans Ku Yang. A son tour Wang Tou se fait battre par Wang Yen-kieou qui reprend le siège de Ting Tcheou. Attaqué à la fois par Tou Lei et Wang Tou, Wang Yen-kieou les écrase et les met en fuite, tandis que leur déroute est achevée par Tchao Te-kiun, gouverneur de Lou Loung. Toutefois Wang

HEOU T ANG 2/

Yen-kieou échoue dans son attaque contre Ting Tcheou dont la garnison avait été renforcée par une partie des troupes dispersées de Wang Tou.

Une troisième fois, les K'i Tan, sous les ordres de Ti Yin attaquent Wang Yen-kieou devant Ting Tcheou ; une fois encore ils sont battus et poursuivis jusqu'à Yi Tcheou un officier de Tchao Te-kiun achève leur défaite (928). Wang Yen-kieou établissait le blocus de Ting Tcheou oiî étaient enfermés Wang Tou et Tou Lei; ceux-ci échouent dans une sortie ; considérant la situation comme désespé- rée, un des assiégés ouvre les portes aux troupes impé- riales; Wang Tou met le feu à la maison dans laquelle il s'était enfermé et périt dans les flammes, tandis que Tou Lei, fait prisonnier, est envoyé à Ta Leang il est mis à mort. Wang Yen-kieou n'avait pas perdu un seul de ses soldats (929).

Kao Ki-hing étant mort en 928, fut remplacé par son fils aîné, Kao Ts'oung-houei qui, après s'être placé sous la protection du prince de \\'ou, crut plus prudent de se soumettre à l'empereur, par l'intermédiaire de Ma Yin, prince de Tchou ; celui-ci obtint pour lui les provisions de gouverneur de King Nan avec les privilèges dont avait joui son père.

« Ming Tsoung, nous dit le T'oung Kien Kang Mou ^ était un très bon prince; quoiqu'il eût fait toute sa vie la guerre, il aimait cependant la paix: et si Ngan Tch'oung- houei, son ministre, lui avait ressemblé, son règne aurait été très pacifique; mais ce ministre, qui s'était emparé de toute l'autorité, était sévère, hautain et soupçonneux. Un homme de ce caractère ne pouvait manquer de faire des mécontents. »

Jaloux de toute supériorité, Ngan Tch'oung-houei, redoutant l'influence que pouvait exercer sur l'empereur, par sa connaissance de la langue des Tartares, Kang Fou, ancien gouverneur de Tseu Tcheou, le fit éloigner en le fai- sant nommer gouverneur de Sou Fang (Ning Hia), c'est- à-dire à la frontière des Barbares. Kang Fou attaqué à

I. Mailla, VII, p. 270.

28 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

Fang Kiii (Houan Hien, au sud de King Yang fou, Chen Si), par les K'iang les battit ; il défait également les Tartares à TsingToung Hia, et ayant brisé tous les obstacles, prend possession de son gouvernement de Sou Fang, ayant acquis une grande renommée militaire.

« Un des moyens dont Ngan Tch'oung-houei se servait pour maintenir la paix dans les Etats de l'Empereur, était de partager l'autorité des mandarins des provinces; en conséquence de ce plan, il divisa, dans le pays de Chou, les deux départements de Lang Tcheou et de Ko Tcheou, dont il donna le premier à Li Jen-ku, et l'autre à Wou KiEN-YU avec un corps de troupes, en renvo3'ant résider à* Mien Tcheou i ».

Wou Kien-\Ti, grand ami de Ngan Tch'oung-houei, et Li Jen-ku furent chargés de surveiller Toung Tchang, gouverneur d'une partie de Chou, dont on redoutait la rébellion; les troupes même de Li Jen-ku furent considé- rablement renforcées. Toung Tchang et son collègue Meng Tche-siang, gouverneur à Tch'eng Tou, d'une autre partie de Chou, prirent ombrage de ces mouvements de troupes opérés sans qu'ils fussent consultés, peut-être même contre eux; ils étaient brouillés, ils se réconcilièrent devant le danger commun : un fils de Toung Tchang épousa une fille de Meng Tche-siang. Toung Tchang pré- vint son fils Toung Kouang-ye résidant à la Cour de ce qui se passait; celui-ci à son tour avertit Li Kien-houei qui parla à Ngan Tchoung-houei ; ce dernier continua néanmoins ses envois de troupes à Lang Tcheou. Toung Tchang voulant prévenir l'attaque dont il se sentait menacé, lève l'étendard de la révolte (930) ; Meng Tche-siang se concerte avec lui pour attaquer Souei Tcheou (Souei Ning hien, Se Tch'ouan) et Lang Tcheou. Toung Tchang emporte d'assaut cette dernière ville et Li Jen-ku est tué dans l'attaque; l'un des principaux ofiiciers, Yao Houng, qui avait servi sous Toung Tchang et avait refusé de se joindre à lui fut mis à mort avec de grands raffinements de cruauté. Hia Lou-ki défendit Souei Tcheou contre Li Jen-han,

I. Mailla, VII, p. 271.

HEOU T AN'G 29

général de Meng Tche-siang. Toung Tchang saisit Tcheng Tclieou, Ho Tchcoii, Pa Tclieou, P'oung Tcheou et Ko Tcheoii. Mtng Tclie-siang s'empare de Kien Tcheou. Toung Kouang-ye et sa famille payent de leur vie les succès de Toung Tchang.

CuE King-t'ang est envoyé contre les rebelles, il échoue; Ngan Tchoung-houei va prendre le commandement des troupes, mais desservi par Che King-t'ang, il est rappelé par l'empereur (931). Che King-t'ang s'apcrcevant que, faute de ravitaillement, il est condamné à l'insuccès, met le feu "a son camp et reprend le chemin du nord. Meng Tche-siang acquiert sans coup férir Tchoung Tcheou, Wan Tcheou et Kouei Tcheou. Ngan Tch'oung-houei qu'on désire tenir éloigné de la Cour est nommé gouverneur de Hou Kouo ; peu de temps après il est mis à mort ainsi que sa femme Tchang che. châtié ainsi de la révolte de Meng Tche-siang et de Toung Tchang dont il était la cause.

L'empereur proclame une amnistie que refuse Toung Tcliang, désireux de venger sa famille massacrée, mais dont Meng Tchcrsiang désire profiter; la brouille commence entre les deux alliés. Malgré l'opposition de Tchao Te-Kiun et de Yang Tan, l'empereur rend aux K'i Tan leurs officiers gardés prisonniers depuis la dernière bataille de Ting Tcheou, à l'exception de Tche La, réputé le plus brave d'entre eux. Les K'i Tan, irrités de ne pas voir revenir ce dernier, témoignent de leur gratitude à l'égard de l'empe- reur en faisant des courses sur le territoire de Yun Tcheou et de Tchen Wou qu'ils ruinèrent presque complètement.

Toung Tchang attaque Meng Tche-siang, mais il est complètement battu et obligé de se réfugier à Tseu Tcheou Pou Tcheou lui abat la tête d'un coup de sabre. L'empe- reur ayant envoyé par Li Tsoun-kouei une amnistie générale à Meng 'Tche-siang devenu maître de tout le paj^s de Chou, le gouverneur révolté fait sa soumission; il fut reconnu prince de Chou (933) et l'année suivante il se pro- clama empereur.

Che King-t'ang ayant été nommé gouverneur du Ho Toung dont dépendait Yu Tcheou, le gouverneur de cette

30 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

ville, TcHANG Yen, brouillé avec son nouveau supérieur, passe aux K'i Tan (932). L'année suivante, le gouverneur de Ting Ngan, Li Jen-fou, étant mort, laissant un fils très jeune, Li Yi-tchao, les officiers de Hia Tcheou, de Wouei Tcheou et de Yeou Tcheou, demandèrent à l'empereur qui y consentit qu'on lui donne un autre gouvernement. Mais Li Yi-tchao refuse le changement qui lui est offert, s'enferme dans Hia Tcheou il est assiégé par Ngan Tsoung-tsin, envoyé par l'empereur contre lui; 10,000 cavaliers Tang Hiang viennent au secours de la place et en dévastant le pays, réduisent aux abois l'armée assié- geante; l'empereur consent à reconnaître Li Yi-tchao. Tous ces actes de faiblesse ne pouvaient relever le prestige déjà si affaibli du pouvoir impérial.

L'empereur étant tombé gravement malade, son fils Li Ts'oung-joung, prince de Tsin, pour s'assurer la possession du trône qui lui était d'ailleurs destiné, envahit le palais avec des troupes, mais le petit-fils de Ming Tsoung, Li Tchoung-ki, défendit les portes, tandis que les soldats restés fidèles, commandés par Ngan Ts'oung-yi poursui- virent l'agresseur qui fut tué avec son fils. L'empereur mourut peu de temps après cette révolte à la onzième lune (933) ; il avait 67 ans. « Ce prince, naturellement pacifique, était ennemi de toute dispute : il avait soixante ans passés lorsqu'il monta sur le trône; il ne désirait rien tant que d'avoir un successeur qui eût soin du peuple. Pendant son règne, qu'on peut traiter de paisible pour le temps d'agita- tion où l'on était, les moissons furent toujours abondantes, et le peuple vécut heureux et content » ^. MinTi. Li Ts'ouNG-HEOU, fils et successeur de Ming Tsoung, était plein de bonne volonté, mais son ignorance, sa jeu- nesse et, par suite, son manque d'expérience, devaient rendre vaines ses sages intentions. Il avait eu la malchance de mettre sa confiance dans des gens de peu de valeur, tels TcHOU HouNG-TCHAO et FouNG PiN, ce qui eut pour résul- tat que des fonctionnaires importants comme Li Ts'oung- k'o, prince de Lou, résidant à Foung Siang, fils adoptif de

I. Mailla, VI I, p. 291.

HEOU T ANG 3I

Ming Tsoung (Li Se-youen)^ en réalité un Chinois du nom de Wang, comme Che Kixg-t'ang, gouverneur de T'ai Youen, qui avait épousé Tsin Kouei-tchang, fille de Ming Tsoung, restèrent à l'écart. Les favoris firent retirer le commandement de la garde de l'empereur au prince Li Tchoung-ki, fils de Li Ts'oung-k'o; la fille de ce dernier, bonzesse dans un couvent, en fut enlevée et conduite au palais; par simple avis, on voulut transférer Che King- t'ang à Tcheng Te et Li Ts'oung-k'o au Ho Toung, tandis que le prince de Yang, Li Ts'oung-chang, devait prendre le commandement à Foung Siang, vallée de la Wei.

Naturellement le prince de Lou se révolte ; Wang Se- toung, gouverneur de Tch'ang Ngan, refuse de se joindre à lui et on le désigne pour commander les troupes char- gées d'opérer contre Foung Siang. Les troupes impériales désertent en masse; leurs chefs, Wang Se-toung en tête, n'ont qu'à prendre la fuite; ce dernier veut se réfugier dans son gouvernement à Tch'ang Ngan, mais il en trouve les portes fermées, Lieou Souei-young s'en étant emparé au nom du prince de Lou, et il n'a plus que la ressource de se retirer à T'oung Kouan, mais fait prisonnier, il est exécuté avec sa famille, lorsque Li Ts'oung-k'o entre à Tch'ang Ngan.

La Cour est épouvantée des succès des rebelles ; Kan Yi- tcheng est placé à la tête des troupes impériales bientôt affaiblies par de continuelles défections et leur chef n'a plus qu'à faire sa soumission au prince de Lou lorsque celui-ci arrive à Chen Tcheou ; il fut mis à mort ultérieure- ment. Les deu.x favoris, cause de tout le mal, Tchou Houng- tchao et Foung Pin, furent tués par ordre deNGAxTs'ouNG- TSix qui porta leur tête au vainqueur. L'empereur s'enfuit à Wei Tcheou (Tai Ming fou, du Tche Li), abandonné par l'eunuque Mouxg Hax-kiouxg, chargé de préparer le voyage, qui se rendit au prince de Lou et fut mis en pièces par son ordre. Après la défection de Kan Yi-tcheng, Che King-t'ang proposa à Cha Cheou-young et à Pou Houng- TSIN de faire abdiquer l'empereur, mais ces deux fidèles fonctionnaires voulurent le tuer. Tchex Houei accourut

(Lou Wan

32 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

au secours de Che King-t'ang ; Cha Cheou-young fut massacré et Pou Houng-tsin se suicida.

Li Ts'oung-k'o, ayant fait son entrée à Lo Yang, y est proclamé empereur (934) ; Min Ti, déposé par l'impératrice, est fait prince de Wou; mais peu de jours après, ayant refusé de boire le poison que lui envoyait Li Ts'oung-k'o, le malheureux prince fut étranglé par Wang Louan; en même temps que ce prince, victime de ses mauvais conseillers, périrent sa femme et ses enfants. ^f^Jl ^ « Le nouvel empereur et Che King-t'ang étaient les deux plus grands capitaines de leur temps : ils méritaient la réputation qu'ils s'étaient acquise par leurs services et par leurs belles actions sous Ming Tsoung, qu'ils avaient cons- tamment suivi depuis leur plus tendre jeunesse. Cepen- dant, soit jalousie, soit effet de leur caractère, ils avaient toujours paru avoir de l'antipathie l'un pour l'autre » ^. On allait en voir les conséquences.

Che King-t'ang cependant fut envo^'é comme gouver- neur au Ho Toung; Li Ts'oung-yen fut nommé à Foung Siang; pour rétablir l'ordre dans l'administration, l'empe- reur fit choix de Lou Wen-ki et de Yao Yi. Non sans rai- son, Lou Wang se méfiait de Che King-t'ang; prenant pour prétexte que les K'i Tan faisaient constamment des incursions dans son gouvernement, on envoj^a dans le Ho Toung, Tchang King-ta, nommé lieutenant-général de la province, qui devait résider à T'ai Tcheou, commander une partie des troupes, en fait contrarier les projets de révolte que pouvaient comploter Che King-t'ang, trop fin pour ne pas s'apercevoir de la suspicion dont il était l'objet. Prétextant la vieillesse et les fatigues, en réalité pour connaître les véritables sentiments de l'empereur à son égard, Che King-t'ang demanda à échanger son gou- vernement du Ho Toung pour un autre moins difficile. Pris à son propre piège, Che King-t'ang fut nommé au gouvernement de Yun Tcheou Tchang King-ta devait s'assurer qu'il se rendrait, tandis qu'on donnait l'adminis- .tration du Ho Toung à Soung Chen-kien (935). Che King-

I. Mailla, VII, p. 303.

HEOU T ANG 33

t'ang, desappointe et irrité, encouragé par Licou Tche- youen, adressa à l'empereur, malgré les conseils de Touan Hi-YAO et de Tchao Ying, une lettre insolente dans laquelle il lui marquait que n'étant qu'un <( fils adoptif » de Ming Tsoung, le trône ne lui appartenait pas et devait revenir à Li Ts'oung-^n, prince de Hiu, « fils légitime » de Ming Tsoung 1.

La réponse de l'empereur fut prompte : Lou Wang cassa Che King-t'ang de tous ses emplois, fit mettre à mort ses fils et ses frères qui se trouvaient à la Cour et donna l'ordre à Tchang King-ta de marcher contre lui. Che King-t'ang réunit immédiatement ses troupes et, contrairement à l'avis de Lieou Tche-youen qui voyait le danger d'introduire des Barbares en Chine, demanda l'aide des K'i Tan auxquels il promit, s'il réussissait, la cession de « la province de Lou loung, et de toutes les villes qui sont au nord de Yen men kouan ». (936.) ^ Te Kouang, empereur des K'i Tan, accepta ces offres et accourut avec 50,000 hommes à Kou Pe K'eou (Grande Muraille) ; Tchang King-ta défait se retira à Tsin Ngan il fut bloqué; l'empereur part en hâte de Lo Yang pour le délivrer. Entre temps, Te Kouang proclame Che King-t'ang empereur de la dynastie Tsin (936) et réclame les territoires promis. Che King-t'ang cède aux Tartares les seize villes qui jusqu'alors servaient de bar- rières contre leurs incursions en Chine : Yeou Tcheou, Ki Tcheou, Ying Tcheou, Mou Tcheou, Tcho Tcheou, Tan Tcheou, Chouen Tcheou, Sin Tcheou, Kouei Tcheou, Yu Tcheou, Wou Tcheou, Yun Tcheou, Ying Tcheou, Houan Tcheou, Sou Tcheou, et Yu Tcheou ; il s'engage en outre à donner à ses alhés 300,000 pièces de soie par an quand il serait seul maître de l'Empire ^.

Le gouverneur de Lou Loung, Tchao Te-kiux, auquel l'empereur venait de confier le commandement de toutes ses troupes, trop faible pour délivrer seul Tsin Ngan, rongé par l'ambition, désireux de devenir empereur, pro-

1. Mailla, VII, p. 308.

2. Mailla, VII, p. 309.

3. Mailla, VII, p. 313.

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insioïKM' (;t'';NÎ'RAI.K Dl' I A CIIINK

posii. ;'i le Koii.uif^ (II- lUMuiiicr ( lie Kiii^-r;ing cl ses d*. rn- danls gonvcrncMirs du Ifo Toung. Te Kcnuing, sonf-.iut <|iril étiiil loin (Iti I.eao Toniif^'. <\\w. sa roule pouvai (Mn> eoupée \y,\r '!( li;io Te kitiii, (Mil lui instunt l'idée d'atxptor celle proiiosili'Mi, iii;iis ih<ii lui aussitôt détourné parxuig Wei-IiiUi. euvoyi' di; ( Ik- K'iuf^'-tang.

Dans Tsin Ngan blo(|ué, reslé sans secours, uu d< olli- cicrs, Yang Kouang-ykn, coupe la tCte à Tchang Kiivtact se rend à Te Kouaug. Tcliao Te- kiun attaqué et riait h 'louaii l*(; i)a,r Te Kouang s'enfuit avec son fils : iiAo Yen-tchhou, mais ils sont faits prisonniers à I.ou Ihcou par 1(MU- vain(|U(Mu- el ])a,r ('lie King-t'ang (q.^fi). \pn's celle vicloire, Ti; Kouang se n^tire laissant 5,000 cailicrs pour accoiTi]nigncr Clic King-t'ang à Lo Yang était retin' renip(;reur. Cv. dernier « ne voulant ])oint ^luber entre les mains de sou eiUKîmi, se lit suivre ])ar kdciix impératrices, les princes ses fils, et monta dans uc dos tours du palais, il fit porteur le sceau de l'empir ol les autres maniues de la dignité impériale ; y ayant dsiiite fait mettre le feu, ce prince, avec sa famille, périt aunilieu des flammes, laissant l'empire à Chc King-t'ang, so rival, qui conserva à sa dynastie le nom de 'J'siN, que leoi des Tartarcs lui avait donné » ':

Les Hcou T'ang avai(^nt duré (juatorzc ans, r^cii .in.itir empereurs, appartenant k trois familles différente.

I. Mailla, VII, p. 318.

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Hcîou Tsin. ficou flan.

Seizième Dynastie: Les Hkou Tsin <w Tsin FostIîkikuks.

^->U). KiNf;-T'ANO, le nouvel ernijcreur, appartenait Ka/j'r$ou. à la tribu des Cha T'o, dans les ran;:^s desquels il sut, par sa bravoure, ^'a^aier les l>onnes gnVe-s du ' Hf'ral Li Se-youen, qui fut Mïn^ Ts^junj;^, le deuxic'îme <npereur des Hcou T'ang, dont il épousa la fille, la prin- csse TsiN Kouni-TCHANo, Jl établit sa capitale à K'ai oung.

Un certain nombre de gouverneurs de provinces avaient fusé de reconnaître le nouveau 8<^>uverain; d'autres et irmi ceux-ci, sa trouvait le gouverneur de Tien Hioung, An Yen-kouang, cachaient leur jeu s^^us une s^>urnission >parente. Croyant trouver une occasion favorable à se» ! ojets ambitieux pendant la guerre ave^; les K'i Tan, iin Yen-kouang cliercha un complice en Pi KiorNO qui, <à.ni dédaigné ses avances, fut assassiné au cour» d'un \iyage à Tsi Tche^ju. Les villes chinoisc^s, Yun Tcheou en particulier, que Che ling-t'ang avait cédé^^ à Te Kouang, n'acceptaient pas le JMg qui leur était imposé. A la quatrième lune de 937, 1 mpereur se transporta à Ta I.eang, bien situé au sud fis pays de Yen et de Tcliao, au nord de^ fîeuves Kiang et louai, \X)nT mieux surveiller l'an Yi:n-krmii.Tïf*, avec ses ' mplices Sun Jouei et Folng Holki, gouverneur de" Ihen Tcheou, dont il se défiait avec juste rais'^n; le géné- rl imp)érial TcHANG TsouNG-PiN se joint aux rebelles, fat tuer Che Tsoung-sin, gouverneur de Ho Yang, fils de l'mpereur, s'empare de Che JfiHOKSG-Yi, autre fils de 1 10 Tsou, et attaque Fan çhouei kouan; mais battu par le

34 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

posa à Te Kouang de nommer Che King-t'ang et ses descen- dants gouverneurs du Ho Toung. Te Kouang, songeant qu'il était loin du Leao Toung, que sa route pouvait être coupée par Tchao Te-kiun, eut un instant l'idée d'accepter cette proposition, mais il en fut aussitôt détourné par Sang- Wei-han, envoyé de Che K'ing-tang.

Dans Tsin Ngan bloqué, resté sans secours, un des offi- ciers, Yang Kouang-yen, coupe la tête à Tchang King-ta et se rend à Te Kouang. Tchao Te- kiun attaqué et défait à Touan Pe par Te Kouang s'enfuit avec son fils Tchao Yen-tcheou, mais ils sont faits prisonniers à Lou Tcheou par leur vainqueur et par Che King-t'ang (936). Après cette victoire, Te Kouang se retire laissant 5,000 cavaliers pour accompagner Che King-t'ang à Lo Yang s'était retiré l'empereur. Ce dernier « ne voulant point tomber entre les mains de son ennemi, se fît suivre par les deux impératrices, les princes ses fils, et monta dans une des tours du palais, il fit porter le sceau de l'empire et les autres marques de la dignité impériale ; y a3/ant ensuite fait mettre le feu, ce prince, avec sa famille, périt au milieu des flammes, laissant l'empire à Che King-t'ang, son rival, qui conserva à sa dynastie le nom de Tsin, que le roi des Tartares lui avait donné » ^:

Les Heou T'ang avaient duré quatorze ans, sous quatre empereurs, appartenant à trois familles différentes.

I. Mailla, VII, p. 318.

J

CHAPITRE III Heou Tsin. Heou Han.

Seizième Dynastie: Les Heou Tsin ou Tsin Postérieurs.

CHE King-t'ang, le nouvel empereur, appartenait Kao Tsou. à la tribu des Cha T'o, dans les rangs desquels il sut, par sa bravoure, gagner les bonnes grâces du général Li Se-youen, qui fut Ming Tsoung, le deuxième empereur des Heou T'ang, dont il épousa la fiUe, la prin- cesse Tsin Kouei-tchang. Il établit sa capitale à K'ai Foung.

Un certain nombre de gouverneurs de provinces avaient refusé de reconnaître le nouveau souverain; d'autres et parmi ceux-ci, se trouvait le gouverneur de Tien Hioung, Fan Yen-kouang, cachaient leur jeu sous une soumission apparente. Croyant trouver une occasion favorable à ses projets ambitieux pendant la guerre avec les K'i Tan, Fan Yen-kouang chercha un complice en Pi Kioung qui, ayant dédaigné ses avances, fut assassiné au cours d'un voyage à Tsi Tcheou.

Les villes chinoises, Yun Tcheou en particulier, que Che King-t'ang avait cédées à Te Kouang, n'acceptaient pas le joug qui leur était imposé. A la quatrième lune de 937, l'empereur se transporta à Ta Leang, bien situé au sud des pays de Yen et de Tchao, au nord des fleuves Kiang et Houai, pour mieux surveiller Fan Yen-kouang, avec ses complices Sun Jouei et Foung Houei, gouverneur de' Tchen Tcheou, dont il se défiait avec juste raison; le géné- ral impérial Tchang Tsoung-pin se joint aux rebelles, fait tuer Che Tsoung-sin, gouverneur de Ho Yang, fils de l'empereur, s'empare de Che Tchoung-yi, autre fils de Kao Tsou, et attaque Fan chouei kouan; mais battu par le

36 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

général Tou Tchoung-houei, Tchang Tsoung-pin en fuyant se noie dans le Hoiiang Ho que Foung Houei et Sun Jouei avaient déjà été obligés de repasser par Yang Kouang- yen. Fan Yen-kouang implore son pardon qui lui est refusé (937). Cette même année, les K'i Tan étant devenus maîtres de tout le Leao Toung, changèrent leur nom en celui de Leao. « Dans le même temps, les princes de Wou prirent le titre d'empereur, en changeant leur nom de Wou en celui de T'ang, qui était bien venu dans l'empire, et se firent appeler les T'ang méridionaux 1. » La princi- pauté de Wou dura 46 ans, de 892 à 937, sous quatre princes : Yang Hing-mi, 14 ans; ses fils Yang Wou, 2 ans; Yang Loung-yen, 13 ans ; Yang Po, 17 ans, qui fut déposé ; Yang Hing-mi qui avait été d'abord gouverneur de Houai Nan possédait 38 villes dans le Kiang Nan; sa dxTiastie fut remplacée par celle des Nan T'ang.

TcHAO Se-wen qui, sous les T'ang, s'était donné à Te Kouang, reçut de ce prince le gouvernement de Yeou Tcheou dont il s'était rendu maître et dont il désirait faire sa Cour du Midi. D'autre part, l'empereur avait donné le gouvernement de Ki Tcheou à Tchao Yen-tchao. fils de Tchao Se-wen, qui conseilla à son père de faire rentrer Yen Tcheou sous la domination de la Chine, s 'offrant même à s'emparer de cette place par un coup de main, mais il se heurta à une opposition absolue de Kao Tsou (938). L'em- pereur se décida à accorder son pardon et à nommer gou- verneur de Tien Ping, Fan Yen-kouang que n'avait pu réduire Yang Kouang-3'ouen. Il y eut d'ailleurs une grande distribution d'emplois : Li Yen-siun, un des officiers de Fan Yen-kouang est nommé gouverneur de Foung Tcheou ; Foung Houei est envoyé à Sou Fang, gouvernement impor- tant à cause du voisinage des barbares K'iang-Hou parmi lesquels on comptait le chef des peuples Tang Hiang, To- pa Yen -tch.\o, qui est retenu prisonnier par le nouveau gouverneur auquel il avait fait une visite de courtoisie. En 938, nous notons l'envoi de présents par le roi de Khotan. A la troisième lune de 939, l'empereur nomme ministres

I. Mailla, VII, pp. 328-9.

Hi:OU TSIN i^J

d'État LiEOU TcHE-YOUEN et Tou Tchoung-wei, tandis que peu de temps après, Yang Kouang-youen faisait dis- gracier son ennemi, le premier ministre Sang Wei-hax qui est envoyé au Ho Xan comme gouverneur de Tch'ang Te. C'est à cette époque (939) qu'une dynastie, celle des Ngo, s'établit dans l'Annam qui, depuis les Souei (603), avait été pendant 336 ans sous la domination de la Chine pour la quatrième fois.

L'année suivante (940), Fan Yen-kouang ayant obtenu de l'empereur l'autorisation de se retirer dans son pays, fut précipité dans le Houang Ho par Yaxg Tcheng-kouei, fils de Yang Kouang-youen, qui convoitait les immenses richesses de sa victime. L'empereur ne fut pas dupe du bruit que l'on fit courir du suicide de Fan Yen-kouang, mais il jugea politique de dissimuler sa colère et il en- voya Yang Kouang-youen gouverner la province de Ping Lou.

Dans la région qui avait été cédée à Te Kouang au nord de Yen Men était compris le territoire occupé par les T'ou Yu Houen, devenus ainsi sujets des K'i Tan ; pour échapper à la t^Tannie de leurs nouveaux maîtres, ils se donnèrent à la Chine, sur le conseil de Ngax Tch'ouxg-jouxg, gou- verneur de Tch'eng Te. Te Kouang se plaignit de cette migration à Kao Tsou qui donna l'ordre aux T'ou Yu Houen de regagner leur pays (941). Ngan Tchoung-joung, irrité de son insuccès, espérant de provoquer la guerre, tua un envoyé des Leao qui adressèrent de nouvelles plaintes à l'empereur; celui-ci se contenta de répondre suivant son habitude avec la plus grande humilité. Nullement décou- ragé, à la sixième lune (941) Ngan Tchoung-joung arrête un agent des Leao, Yela, et fait une incursion au sud de Yeou Tcheou. « Il fit savoir à l'empereur que les T'ou Yu Houen, les deux Tou Kiue, les orientaux et les occidentaux, les Houkipi et les Cha T'o voulaient se donner à la Chine, et que les Tang Hiang et les autres peuples de ces quartiers étaient très mécontents des Leao qui les vexaient : il ajou- tait dans ses dépêches qu'ils offraient de former une armée de cent mille hommes, et de se joindre aux Chinois pour

38 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

faire la guerre aux Tartares. ^ » Soit manque de fonds, soit crainte des Leao, l'empereur refusa les offres de Ngan Tchoung-joung qu'il blâma de sa trop grande activité. Ngan, soutenu par Lieou Tche-youen, mais combattu par Sang Wei-han, prédisait une guerre prochaine avec les Tartares qui la préparaient depuis longtemps, mais dégoûté de la faiblesse de Kao Tsou qui déclinait tous ses conseils, il chercha à concerter une action avec le gouverneur de Chan Nan, Ngan Ts'oung-tsin. Malheureusement Lieou Tche-youen détacha de Ngan Tch'oung-joung, Pe Tching- FOU, chef des T'ou Yu Houen, qui se rallie à l'empereur et qu'on établit dans le pays situé entre Lan Tcheou et Che Tcheou, territoire de T'ai Youen, dépendant de T'ai Toung -. Les Ta Tche et les Kipi suivirent l'exemple des T'ou Yu Houen et abandonnèrent le parti de Ngan Tchoung- joung. A la onzième lune (941), Ngan Tsoung-tsin lève le masque, mais il est battu et obligé de s'enfermer dans Siang Tcheou; Ngan Tch'oung-joung marche sur Ye Tou l'em- pereur se trouvait et dont Sang Wei-han était gouverneur, mais il perd 20,000 homm.es contre Tou Tchoung-wei, envoyé contre lui par Kao Tsou, et mis en fuite, il se réfu- gie dans Tch'en Tcheou il est investi : le vainqueur pénè- tre dans la place et Ngan Tch'oung-joung est tué après une vaillante défense et sa tête est envo^^e au chef des Leao

(942).

Les réclamations de Te Kouang au sujet des T'ou Yu Houen se font plus pressantes ; l'empereur tombe malade ; il désigne à son ministre Foung Tao, son fils Che Tchoung- jouEi comme son successeur. Kao Tsou, après sept années de règne, meurt âgé de 56 ans, à la 6^ lune de 942. On trouve Che Tchoung-jouei trop jeune pour le trône; Foung Tao, de concert avec King Yen-kouang, commandant des gardes de l'empereur, fait proclamicr Che Tchoung-kouei, neveu de Kao Tsou.

Avant de mourir, Kao Tsou avait donné l'ordre de faire venir Li Tche-youen; cet ordre fut intercepté par Che

1. Mailla, VII, p. 336.

2. Mailla, VII, p. 340.

HEOU TSIN 39

Tchoung-kouei, et King-Yen-kouang, écartant ainsi un rival redoutable, s'empara du pouvoir. Sur ces entrefaites, Siang Tcheou fut pris par Kao Hing-tcheou ; Ngan Tsoung- tsin et sa famille se firent brûler dans leur maison (942).

L'empereur ne manqua pas de faire pai t de son avène- Ts'i Wang ou ment aux Tartares dans une lettre qui excita leur colère, Tch'ou Ti. les termes n'en étant pas suffisamment humbles ; leur mau- vaise humeur s'accrut d'autres griefs, en particulier l'arres- tation d'un certain K'iao Joung qui entretenait à Ta Leang des relations avec eux. Tandis que Sang Wei-han conseillait la prudence, King Yen-kouang poussait à la rupture avec le? Leao, en même temps qu'il se créait un nouvel ennemi en froissant Yaxg Kouang, gouverneur de Ping Lo, qui se révolta, s'empara de Tseu Tcheou, fît pri- sonnier Ye Tsin-tsoung et rechercha l'alliance de Te Kouang. Ce dernier, excité par Tchao Yen-cheou, gou- verneur de Lou Loung qui espérait devenir empereur, lui confie une armée de 50,000 hommes pour marcher contre la Chine (943).

Une grande irritation causée en partie par la disette régnait dans l'empire. En 944, Te Kouang occupait la place importante de Pei Tcheou qui lui fut livrée par un officier de la garnison mécontent, Chao Ko; Wou Louax, qui défendait la ville en l'absence du gouverneur Wang Ling- WEN, se jeta dans un puits. Après la prise de Pei Tcheou, les Tartares marchent sur Ye Tou, et l'empereur tente une démarche pacifique mais son courrier est arrêté. King Yen- kouang est chargé de conduire la guerre; une deuxième tentative de négociations faite par l'empereur échoue éga- lement. Cependant les Tartares sont obligés de se retirer.

Yang Kouang-youen réfugié dans Tsing Tcheou est forcé de se rendre à Lieou CHEOU-TCHExquile fait mettre à mort, mais les fils du rebelle ayant contribué à sa reddi- tion et fait leur soumission reçoivent des emplois (944).

La guerre reprend avec les Leao (945). Après des alter- natives de succès et de revers, l'armée impériale avec Tchang Yen-tche bat Te Kouang qui se retire à Yeou

40 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

Tcheou pour y grouper les débris de son armée ; il rentre ensuite dans ses états et l'empereur retourne à Ta Leang. Profitant de ce succès, Ts'i Wang offre à Te Kouang la paix que sa mère Chou Liu le presse d'accepter. Mais les exi- gences du chef Leao sont trop grandes :'il demande qu'on lui livre King Yen-kouang et Sang Wei-han et qu'on lui abandonne les départements de Tch'en Tcheou et de Tiiig Tcheou; les pourparlers sont rompus.

pn 945, le roi de Ko-kou-rie (Corée), Wang Kien, avait fait porter à Kao Tsou par le lama HouA La un placet pour réclamer le royaume de Pou Haï qui appartenait à un de ses parents fait prisonnier par les K'i Tan ; le Pou Hai comprenait la partie nord-est de Ko kou rie; ce royaume avait été fondé à la fin du vii^ siècle par les Toungouses Mou Ho et son premier roi fut Kao Wang (Tso Young) mort en 720; son dernier roi fut Ta Yin-tchouan lors de la conquête par les K'i Tan en 925. Le placet de Wang Kien était resté sans réponse, lorsque ce prince mourut en 945 et fut remplacé par son fils Wang Wou que Ts'i Wang espéra gagner contre leur ennemi commun. L'empereur dans ce but envoie Kou Jen-yu qui, aj-ant constaté l'état 'de décadence dans lequel se trouvait la Corée, n'insiste pas auprès du roi pour qu'il accepte ses propositions. La Corée (Ko Kou rie) avait été occupée par les Chinois de 668 à 755, ptiis annexée au Sin ra de 755 à 904; à cette époque KouNG Wo, ministre de Tchang Cheng Wang, reine de Sin ra, se souleva, devint roi de Ko Kou-rie, mais dut céder la place en 917 à Wang Kien, descendant des anciens rois, qui fit l'unité des trois royaumes coréens (Ko Kou-rie, Sinra et Paik Tjyel) dont la dynastie dura jusqu'en 1392, époque à laquelle elle fut remplacée par celle de Li (Ri, en coréen; Ni, en japonais).

En 946, les Leao recommencent la guerre et, battus d'abord au nord de Ting Tcheou par Tchang Yen-tche, ils finissent par avoir l'avantage; le général impérial Tou Wei se rend avec son armée aux Tartares. Te Kouang charge le transfuge Tchang Yen-tche de traverser le Houang Ho et de se rendre à Ta Leang, l'empereur veut se suicider

HEOU TSIN 41

avec sa famille, mais il en est empêché par Siei Tciiao, un des officiers. Ts'i Wang écrit alors à Te Kouang pour faire sa soumission et il remet le sceau de l'empire à ses fils Che Yen-hix et Che Yen-fao pour qu'ils le portent au vain- queur. Tchang Yen-tche, pendant deux jours, livre Ta Leang au pillage et traite l'empereur d'une manière indigne jusqu'à ce que Te Kouang ait écrit à ce mallieureux souve- rain pour lui promettre tout ce qui lui serait nécessaire. Te Kouang iit son entrée à Ta I.eang le premier jour de 947. Sur la plainte des habitants, Tchang Yen-tche est immédiatement arrêté et mis à mort par le roi Leao qui abandonne le corps du misérable au peuple victime du pillage. Quant à Ts'i Wang, fait prince du troisième ordre, il est conduit en Tartarie. Dans l'exaltation du triomphe, les Tartares, leur chef le premier, adoptent le costume chinois. « La Chine ne perd point ses lois par la conquête. Les manières, les mœurs, les lois, la religion y étant la même chose, on ne peut changer tout cela à la fois. Et comme il faut que le vainqueur ou le vaincu changent, il a toujours fallu à la Chine que ce fut le vainqueur : car ses mœurs n'étant point ses manières; ses manières, ses lois; ses lois, sa religion ; il a été plus aisé qu'il se pliât peu à peu au peuple vaincu, que le peuple vaincu à lui Les gouver- neurs de provinces se soumettent aux ordres qui leur sont envoyés; firent exception les seuls Se Kouang-wei, gou- verneur de Tchang Yi, qui profite du désarroi régnant dans l'empire pour s'emparer de King Tcheou, et Ho Tchoung-Kien, gouverneur de Hioung Wou, qui se donna au prince de Chou, avec Tsin Tcheou, Kiai Tcheou et Tch'eng Tcheou -.

Te Kouang allait trouver un adversaire redoutable en Lieou Tche-youen, prince de Pe P'ing et gouverneur du Ho Toung il avait été envoyé par Ts'i Wang qui ne l'aimait pas et désirait l'éloigner de la Cour. Lieou s'arma, s'allia avec les T'ou Yu Houen et ayant réuni 50,000 hommes, envoya porter sa soumission aux Leao lorsqu'ils

1. Esprit des Lois. XIX, chap. xviii.

2. Mailla, VII, p. 375.

42' HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

furent maîtres de Ta Leang par Wang Tsiun qui à son retour, ne manqua pas de lui marquer la haine des Chinois pour leurs conquérants. Les officiers de Lieou Tche-youen le pressent de marcher sur Ta Leang ; ses soldats le pro- clament empereur (février 947), hors des murs de Tsin Yang ; un certain nombre de gouverneurs se déclarent pour lui. Sur ces entrefaites, Te Kouang qui se préparait à aller voir sa mère en Tartarie, tombe malade et meurt peu de jours après à Cha hou lin; il est remplacé par son neveu Wou Yu, fils de son frère aîné.

De son côté, Siao Han, neveu de l'impératrice Leao Chou Liu, qui avait été laissé par Te Kouang comme gou- verneur à Ta Leang, fait contre son gré proclamer empereur Li TsouNG-Yi, prince de Hiu, de la famille des T'ang posté- rieurs, qui se trouvait à Lo Yang, lui laisse une garde de mille soldats et s'en retourne en Tartarie. Li Tsoung-yi s'empresse de renoncer au trône, prend le titre de prince de Leang et fait sa soumission à Lieou Tche-youen qui se rend de Tsin Yang à Lo Yang, puis à Ta Leang (K'aï Foung) il établit sa Cour, donnant à sa djmastie le nom de Han, d'après la grande famille à laquelle il prétendait apparte- nir (947).

Dix-septième Dynastie : les Heou Han ou Han Postérieurs.

ao Tsou. Le premier empereur de la d^mastie des Han Postérieurs, Lieou Tche-youen, proclamé à la 4^ lune de 947 (avril) à K'ai Foung, appartenait à la tribu giierrière des Cha T'o, mais il avait fait son éducation militaire dans les troupes de Tsin. A la lune (947), à son entrée à Lo Yang, il fit changer le nom dynastique de Tsin en celui de Han. La haine des Tartares facilita la soumission des gouverneurs de province au nouveau régime; toutefois la région de Kouan Tchoung, dans laquelle se révoltèrent Heou Yi, gouverneur de Foung Siang, et Tchao Kouang-tsan, décida de se donner au prince de Chou, pour échapper à l'administration des Han.

Des envoyés Houei Ho arrivèrent à la Cour pour réclamer

HEOU IIAN 43

la protection impériale contre les Tang Hiang qui leur cau- saient de perpétuelles inquiétudes. Kao Tsou, désireux de jxicifier le pays de Kouan Si, voulut profiter de cette occasion, et accorda aux Houei Ho le secours de quelques milliers de soldats commandés par Wang King-tsoung.

Tciiao Kouang-tsan était poussé par Tchao Yen-tcheou qui liri avait envoyé Li Ju , à se rendre au prince de Chou. Li Ju, agissant contrairement à ces instructions, engagea Tchao Kouang-tsan, malgré sa crainte d'être traité en rebelle par les Leao, auxquels son père et lui devaient leur rang, à se soumettre à l'empereur par son intermédiaire; son avis fut suivi, Heou Yi crut sage de suivre l'exemple de son complice. D'ailleurs Wang King-tsoung battit les troupes de Chou commandées par Li TiNG-kouEi qu'il poussa jusqu'à Pao-ki-wou-heou il infligea une nouvelle défaite à Tchang Kien-tchao (948).

Kao Tsou mourut le premier jour de la 2^ lune de 948, âgé de 54 ans, et, suivant son désir, il fut remplacé par son fils LiEOU Tch'eng-yeou (Yin Ti).

Le nouveau souverain eut la bonne fortune au début de Yin Ti son règne de posséder d'excellents ministres : à la tête du Conseil secret de l'État était placé Yang pin; KouoWei, appelé à un brillant avenir, dirigeait la guerre ; le comman- dement de la garde avait été confié à Che Houng-tchao tandis que Wang Tchang se montrait un ministre des finances intègre, sévère dans le recouvrement des impôts. Ils avaient réussi à écarter du pouvoir les nombreux parents de l'impératrice qui cherchaient à s'ingérer dans les affaires de l'État; bref, on pouvait espérer que sous leur direction vigilante et ferme, l'empire recouvrerait sa splendeur passée 1. Il en fut autrement : Yin Ti non seulement ne sut pas profiter des talents de ses serviteurs mais encore il les sacrifia à de basses intrigues et il attira sur lui-même et les siens la pire catastrophe.

Après la défaite des troupes de Chou, Wang King- tsoung se rendit à Foung Siang d'où Heou Yi partit pour faire sa soumission à la Cour.

1. Mailla, VII, p. 407.

44 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

Tandis que Sun Fang-Icien et ses frères Sun Hing-yeou et Sun Fang-yu réussissaient à chasser les Tartares com- plètement de la Chine et à leur reprendre toutes les places que leur avait données le fondateur des Tsin, Li Cheou- tchen, gouverneur de Hou Kouei, songeait à s'emparer de l'empire ; il fomente une rébellion et T'oung Kouan est pris ; les généraux impériaux Young Hing et Foung Siang se font battre dans le Ho Tchoung; pour pacifier cette province, l'empereur envoie Kouo Wei ; celui-ci, sur le conseil de Foung Tao, s'applique à gagner le cœur de ses soldats par sa mansuétude et ses largesses. Kouo Wei divise ses troupes en trois corps qui, par Chen Tcheou, Toung Tcheou et T'oung Kouan, doivent se réunir à Ho Tchoung.

Kouo Wei bloque Li Cheou-tchen à Ho Tchoung, tandis que Tchao Houei assiège, dans Foung Siang, Wang King- tsoung qui a passé aux rebelles ; le prince de Chou vient au secours de Foung Siang; battu dans une première ren- contre, dans une seconde il défait Tchao Houei qui réclame des renforts qu'amène Kouo Wei, trop tard, car les Chou s'étaient déjà retirés (948). L'année suivante Kouo Wei force les portes de Ho Tchoung : Li Cheou-tchen se brûle dans son palais avec sa femme et ses enfants. Cependant Tchao Se-wen tenait toujours dans Tch'ang Ngan dont il s'était emparé en 948 pour le compte de Lieou Cheou- tchen; sur le conseil de Li Sou, il fait sa soumission à l'empereur qui le nomme gouverneur de Houa Tcheou. Tchao Se-wen ayant hésité à abandonner Tch'ang Ngan pour gagner le nouveau poste dont le titre de gouverneur lui était apporté par Kouo Tsoung-yi, celui-ci, avec l'autorisation de Kouo Wei, le met à mort avec 300 de ses partisans. Des trois rebelles, il ne restait que Wang King- tsoung qui incendie son palais et s'ensevelit sous les ruines, tandis que Foung Siang se rend à Tchao Houei. Kouo Wei revient triomphant à la Cour (949). Ces succès devaient avoir une influence néfaste sur le caractère de Yin Ti qui se livre à la débauche et éloigne de lui toutes les personnes sages.

Les Tartares, repoussés au delà des frontières, conti-

HEOU HAN 45

nuaient néanmoins à faire des incursions sur les terres de l'empire et Yin Ti nomma Kouo Wei généralissime des troupes du nord avec des pouvoirs très étendus. Se Houn'G- TCHAO et Sf)U FoLNG-Ki entrèrent en lutte au sujet du nouveau chef dont le premier aurait voulu voir augmenter les attributions et le second les restreindre. D'autre part, Yang pin, par sa franchise, avait excité la colère de l'empe- reur, attisée par les mécontents, en particulier par Li Ye, frère de l'impératrice et ses favoris Nie Wen-tsin, Heou KouAXG-TSAX et Kouo Yun-mixg; malgré la désapproba- tion de l'impératrice, la perte du ministre fut résolue. Yang pin et Wang Tchang étant venus au palais suivant leur habitude, furent assassinés. L'empereur entrant dans les vues des conjurés donna l'ordre de se défaire également de Kouo Wei et de Wang Tsiun et envo}^a des courriers à Kao Hing-tcheou, Fou Yex-King, Kouo Tsouxg-yi, Mou JOUNG Yen tchao et Li Kou pour leur enjoindre de reve- nir à la Cour occuper les postes rendus vacants ; il confia la direction des affaires privées à Sou Foung-ki et le gou- vernement de K'ai Foung à Lieou Tchu qui exécuta avec la plus grande cruauté les ordres contre les familles de Kouo Wei et de Wang Tsiun. Sou Foung-ki eut la sagesse et l'humanité de s'abstenir de prendre part à ces sanglantes exécutions. Un autre fonctionnaire, Li Houng-kiex, mon- tra également moins de zèle dans les ordres qu'il avait reçus pour agir contre la famille de W^\xg Yix, officier dévoué à Se Houng-tchao.

Kouo Wei, que ne pouvaient atteindre les assassins, réunit ses officiers ; laissant son fils Kouo Joung en charge de la défense de Ye Tou, il marcha sur les provinces méri- dionales et entra à Houa Tcheou; Heou Yi est envoyé contre lui ; il est rejoint par Mou joung Yen tchao qui, battu à Li Joung, est obligé de se sauver à Yen Tcheou. Les troupes impériales désertent en masse ; Lieou Tchu se tourne contre son souveiain; le malheureux Yin Ti qui s'était rendu à l'armée, obligé de fuir, se cache chez un paysan chez lequel il périt sans gloire, tué par les rebelles qui ne le reconnaissent pas; il n'avait que vingt ans (950). Sou Foung-ki, Yen

46 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

Tsin-king et Kouo Yun-ming se donnèrent la mort pour ne pas tomber aux mains de KouoWei. Le vainqueur entré dans la capitale K'aï Foung demande à l'impératrice de faire choix immédiatement d'un nouvel empereur : elle recommande Lieou Pin, gouverneur de Wou Ning, de Lieou Tsoung, mais fils adoptif de Kao Tsou, qu'on va chercher à Siu Tcheou. Kouo Wei fait exécuter Lieou Tchu, Li Houng-kicn et leurs partisans ainsi que Wang Yin.

Mais les troupes de Tch'en Tcheou proclament empereur Kouo Wei; Lieou Pin est conduit à Ta Leang; pour lui sauver la vie, l'impératrice le déclare déchu du trône et le fait duc (Koung) de Siang Yin (fou de Tch'ang Cha, Hou Kouang), du 3^ ordre, et elle nomme Kouo Wei régent de l'empire, puis le reconnaît empereur l'année suivante (951), s'apercevant qu'elle avait intérêt à se donner le mérite de ce qu'elle ne pouvait empêcher.

CHAPITRE IV

Dix-huitième Dynastie : les Heou Tcheou ou Tcheou postérieurs.

Kouo Wei, originaire de Yao Chan, près de Na T'ai Tsou Tcheou, prétendant, quoiqu'il fut illettré et de condition plus que modeste, descendre de la grande dynastie des Tcheou, par Chou, seigneur de Kouai, frère de Wen Wang, en donna le nom à la sienne. Le gouver- neur du Ho Toung, Lieou Tch'oung, frère de Heou Han Kao Tsou, résidant à P'ing Yang (actuellement T'ai Youen, du Chan Si) avait un instant songé à disputer l'Empire, mais il renonça à ses projets ambitieux lorsqu'il apprit que l'impératrice avait fait choix de son fils Lieou Pin pour le trône; un lettré de T'ai Youen, Li Siang, l'ayant mis en garde contre toute mesure précipitée et suggéré de prendre des précautions comme de s'assurer la possession du passage de Moung Tsin en attendant les événements, Lieou Tch'oung croyant qu'il \^oulait le brouiller avec son fils, fit mettre le donneur de conseils à mort avec sa femme; il devait regretter amèrement cet acte cruel lorsque Kouo Wei eut été choisi de préférence à Lieou Pin, mais il sut dissimuler ses sentiments et fit sa soumission au nouveau souverain qui garda auprès de lui son concurrent malheureux. Ce dernier fut d'ailleurs mis à mort peu de temps après, ses partisans KoungTixg-mei et Yang Wen s'étant saisis de Siu Tcheou qu'ils ne vou- lurent pas rendre; trois mois d'un siège qui coûta la vie à Koung Ting-mei furent nécessaires pour reconquérir cette ville.

Avant d'apprendre la mort de son fils, Lieou Tch'oung s'était proclamé empereur des Han septentrionaux (Pe Han, et aussi Toung Han, Han orientaux), à la première

48 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

lune de 951; douze tcheou se déclarèrent pour lui. P'ing Tcheou, Fen Tcheou, Hin Tcheou, T'ai Tcheou, Lan Tchoeu, Hien Tcheou, Loung Tcheou, Wei Tcheou, Tsin Tcheou, Leao Tcheou, Lin Tcheou et Che Tcheou, tous dans la province du Chan Si 1.

Lieou Tch'oung se reconnut vassal des Leao qui se mirent en campagne avec lui, mais les troupes tartares ne mar- chant qu'avec répugnance, dès qu'elles arrivèrent à Sin Tcheou, Chou ya, prince de Yen, se mit à leur tête et se fit reconnaître à la place de son souverain Wou Yu -. Le prince de Ts'i, Chou liu, ayant réuni des troupes dans les montagnes au sud de Sin Tcheou, attaqua et tua Chou ya, et ses soldats le proclamèrent roi de Leao; il confir- ma d'ailleurs l'alliance avec Lieou Tch'oung; c'était un prince adonné aux plaisirs, se couchant tard, se levant à midi, aussi ses sujets le surnommèrent-ils Chouei Wang, « l'empereur dormant », qu'ils changèrent plus tard en Ming Wa)ig, « l'empereur éclairé » ^. Chou liu laissa 50,000 cavaliers à Lieou Tch'oung qui, commandant lui-même une armée de 20,000 hommes, mit le siège devant la ville de Tsin Tcheou au secours de laquelle l'empereur env'oya Wang Tsiun; le chef des Han manquant de vivres et redou- tant une attaque se retira.

Maître de Tsin Tcheou, l'empereur se tourne vers Mou JOUNG Yen tchao encore insoumis, envoie contre lui Ts'ao YiNG et HiANG HiUN qui battent ses troupes, font prison- nier son général Yen King-hiouen et l'obligent à s'enfer- mer dans Yen Tcheou ; Mou joung Yen tchao refuse de se rendre, la place est prise d'assaut et le rebelle se jette dans un puits. Il est intéressant de noter que pendant cette longue période de troubles, les études classiques ne sont pas abandonnées. En effet, « la septième année du règne de Ming Tsoung, de la dynastie des T'ang postérieurs, le Collège impérial, après avoir examiné avec soin les Neuf Livres classiques et en avoir conféré les différentes éditions,

1. Mailla, VII, p. 426.

2. Mailla, VII, p. 428.

3. Mailla, VII, p. 428.

I

HEOU TCHEOU 49

en présenta une nouvelle à l'empereur, qui ordonna de la graver .sur des planches, et d'en tirer un grand nombre d'exemplaires pour les répandre au dehors : cette gravure, commencée à la deuxième lune de la septième année de Ming Tsoung, ne fut achevée qu'à la sixième lune de cette troisième année (953) de T'ai Tsou. Dans le même temps, Wou TcHAO-Yi, des états de Chou, fit élever à grand frais un collège particulier et demanda au prince de Chou la permission de faire aussi graver les neuf King et de les faire imprimer; cette permission lui fut accordée ^ » Mais il faut noter que T'ai Tsou viola et dépouilla de leurs trésors dix-huit sépultures des empereurs T'ang.

A la huitième lune (953) l'empereur tomba malade et mourut à la première lune de l'année suivante dans la 536 année de son âge; Kouo Joung, prince de Tsin, neveu de l'impératrice, lui succéda; ce fut l'empereur Che Tsoung.

Désireux de profiter de la mort de T'ai Tsou, Lieou Che Tsoung Tch'oung, étabh dans la vallée de la Fen, demanda des secours au roi des Leao qui lui envoya 10,000 cavaliers commandés par Yang Kouen qui rejoignit à Tsin Yang, capitale des Han, 30,000 hommes dirigés par Pe Tsoung- HOUEi avec TcHANG YouEN-HOUEi à l'avant-garde. Cette armée marcha sur Lou Tchou dont le gouverneur Li Yun fut battu. Contrairement à l'avis de son premier ministre Foung Tao, l'empereur décida de se mettre à la tête de ses troupes qui vinrent camper au nord-est de Tse Tcheou, tandis que les troupes de Lieou Tch'oung s'établissaient au sud de Kao P'ing : les troupes impériales étaient comman- dées, au centre par Hiang Hiux et Se Yex-tchao, à gau- che par Pe TcHOUNG-SAN et Li TcHOUNG-TSiN, à droite par Fang Ngai-neng et Ho Wei. Le prince de Han» avec TcHAXG YouEN-HOUEi à l'est et Yang Kouen à l'ouest, attaque et rompt la droite des Impériaux, mettant en fuite Fang Ngai-neng et Ho Wei, et faisant plus de mille prisonniers; l'empereur déploie la plus grande bravoure : Tchang Youen-houei est enfoncé et tué; les Han com- mencent à fuir; ils sont chargés par Fang Ngai-neng et

I. Mailla, VII, p. 434.

50 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

Ho Wei qui veulent s'emparer des bagages, mais ces der- niers, attaqués par les troupes tartares sont écrasés. Lieou Tch'oung rallie 10,000 hommes pour couvrir la retraite; battu par Lieou Tseu, il est poursuivi jusqu'à Kao P'ing et obligé de se réfugier à Tsin Yang. Fang Ngai-neng et Ho Wei qui avaient échappé au massacre de leurs sol- dats rejoignent l'armée impériale, mais ils sont mis à mort avec soixante-dix autres officiers pour n'a\-oir pas .fait leur devoir (954). Les deux armées étaient épuisées. Lieou Tch'oung fortifie Tsin Yang; Che Tsoung reconstitue une nouvelle armée dont il confie le commandement à Fou Yen-king avec ordre de marcher sur Tsin Yang : Yu Hien, Fen Tcheou, Leao Tcheou, Hien Tcheou, Lan Tcheou, Tsin Tcheou et Hiu Tcheou se rendent; Che Tcheou est pris d'assaut et livré au pillage, mais les Leao, à Hin Keou, infligent un échec à Fou Yen-king qui se tourne vers Tsin Yang dont l'empereur, ayant pris le commandement des troupes, faisait le siège qu'il est obligé de lever par suite des pluies et d'une épidémie. L'empereur tombe malade; sur ces entrefaites Lieou Tch'oung meurt âgé de 61 ans, à la onzième lune (954) et est remplacé par son fils Lieou Tch'eng-kiun, auquel les Leao envoient un diplôme d'empereur de Chine ; le nouveau prince de Pe Han paraît devoir inaugurer une ère pacifique.

L'empereur qui voyait avec chagrin croître le nombre des sectes et des idoles, «à la cinquième lune (955), fit des règlements concernant les temples d'idoles, et les bonzes et les bonzesses Ho chang. Il ordonna de détruire les temples qui n'auraient pas des titres authentiques de leur fondation, et d'en chasser tous les bonzes et les bonzesses. Il défendit d'en recevoir à l'avenir sans le consentement par écrit de leur grand-père, de leur grand-mère, de leur père, de leur mère, et de leurs oncles et tantes. En conséquence de cet ordre, on détruisit 30,000 temples d'idoles dans les seuls États de l'empereur ; il en resta cependant encore 2,694 qui étaient habités par plus de 60,000 bonzes ou bonzesses ^ »

L'empereur nourrissait un grand projet : celui de recons-

I. Mailla, VII, p. 445.

HEOU TCHEOU 51

tituer sous son propre gouvernement l'unité de l'empire, morcelé en une infinité de petits états ou gouvernements. La principauté de Chou, représentée aujourd'hui par la pro- vince de Se Tch'ouan, lui parut devoir être absorbée la première. Sur le conseil de son ministre Wang P'ou, Che Tsoung choisit pour conduire cette campagne contre Chou, Hiang Hiun qui, de concert avec Wang Kixg, gouverneur de Foung Siang, devra aller attaquer Tsin ïcheou (955). Le prince de Chou, incapable de résister seul, form.e une hgue avec les princes de T'ang et de Pe Han, mais, toute- fois, sans attendre l'arrivée de leur secours, il se met en campagne, remporte d'abord des succès, mais ses troupes sont battues et mises en fuite par Tchang Kien-houng, et les villes de Tsin Tcheou et de Kiai Tcheou se soumet- tent à l'empereur (955) ; le prince de Chou envoie une ambassade à Che Tsoung qui refuse de la recevoir, la lettre n'étant pas rédigée comme venant d'un sujet. Après la prise de Tsin Tcheou et de Kiai Tcheou, Wang King s'empare après un siège d'un mois de la vUle de Foung Tcheou défendue par Wang Houan et Tchao Tsoung-po qui sont faits prisonniers avec la garnison de 5000 hom- mes (955).

L'empereur se tourne contre le prince de T'ang qui aurait voulu lui disputer l'empire et était en relations avec le prince de Pe Han et avec les Leao. Li Kou, chargé de faire le siège de Cheou Tcheou (956), l'abandonne au grand mécon- tentement de l'empereur et se retire à Tcheng Yang il est attaqué par Lieou Yen-tcheng, général des T'ang, qui se fait battre et tuer; les débris de son armée retournent à Cheou Tcheou dont Che Tsoung reprend le siège. Le prince de T'ang était désireux de traiter, mais l'empereur refusa ses conditions et, profitant de la négli- gence de son adversaire, il s'empara de Yang Tcheou. Une nouvelle démarche du prince de T'ang n'eut pas plus de succès. Les troupes impériales capturèrent Kouang Tcheou, Chou Tcheou et Ki Tcheou, mais Cheou Tcheou, défendu par Lieou Jen-chen, tenait toujours. Pe son côté, Li King- TA, général T'ang, réussissait à prendre T'ai Tcheou, mais

52 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

il était défait avec l'élite de ses troupes à Lou Ho par

TCHAO K'OUANG-YIN (956).

Profitant de l'absence de l'empereur retourné à Ta Leang laissant Li Tchoung-tsin poursuivre le siège de Cheou Tcheou, le prince de T'ang envoya Li King-ta pour secou- rir cette ville. Grâce à la mésintelligence régnant entre les chefs T'ang et à la défection de leur général Tche Youen qui, victime d'un affront de son collègue Tchen Kio, passa à l'ennemi avec 12,000 hommes, les Impériaux remportèrent une grande victoire. Sur ces entrefaites, Lieou Jen-chen étant tombé gravement malade, son second, Tcheou Ting-keou, voyant qu'il n'avait aucune chance d'être secouru, rendit Cheou Tcheou. L'empereur se montra magnanime ; oubliant la peine que lui avait causée la prise de cette ville, il accorda une amnistie générale à tous les habitants, et Lieou Jen-chen étant mort, il fit l'éloge de ce vaillant défenseur de Cheou Tcheou et lui accorda l'hon- neur posthume de prince du deuxième rang (Kinn wang), sous le titre de Poung Tcheng (957).

Au moment Che Tsoung allait reprendre la guerre contre les T'ang, il reçut un renfort inattendu par la défec- tion, à la dixième lune de 957, de Yang TchounG-hiun, gouverneur de Lin Tcheou (Chan Si) pour les Han septen- trionaux, qui, mécontent de son prince, passa aux Impé- riaux. Le prince de T'ang envoie sa flotte du Houai Ho attaquer les bateaux impériaux qui la poursuivent jusqu'à Se Tcheou; une seconde attaque n'est pas plus heureuse. Les Leao proposent au prince de Han de s'emparer ensem- ble de Lou Tcheou, mais ils renoncent à leur entreprise.

Attaqué par l'empereur venu de Ta Leang, Kouo Ting- WEi n'ayant pas reçu les secours qu'il avait fait demander à Kin Ling au prince de T'ang, se rendit à la douzième lune (957). Che Tsoung poursuivant sa campagne s'em- pare de T'ai Tcheou, de Hai Tcheou et de Tchou Tcheou après une brillante défense de cette ville par Tchang Yen-king; il ne restait plus dans le Houai Nan que les quatre départements de Siu Tcheou, Chou Tcheou, Ki Tcheou et de Houang Tcheou dont l'empereur ne fut pas

HEOU TCHEOU 53

le maître. Le prince de T'ang, se voyant définitivement bat- tu, abdique en faveur de son fils Li Houng-ki et annonce à l'empereur par son général Tchen Kio qu'il est disposé à se soumettre. Che Tsoung « lui répondit que son dessein, en entreprenant cette guerre, n'avait été que de se rendre maître des pays qui sont au nord du Kiang; que le prince consentant à les lui céder, il ne prétendait rien de plus. Tchen kio le voyant dans ces dispositions, lui présenta un placet de la part de son maître par lequel il lui offrait les quatre départements, et s'engageait en outre à payer chaque année un tribut. Par le traité qui fut conclu, tout le pays au nord du Kiang fut soumis à l'empereur, et ses États se trouvèrent augmentés de quatorze tcheoii et de soixante villes du second ordre. Alors il écrivit de sa propre main une lettre au prince de T'ang, de ne point abandonner le gouvernement de ses États, et de le repren- dre s'il l'avait quitté 1 ». (958.)

Quelque temps après, l'empereur chargea Ts'ao Pin de porter au prince de Wou Yue des armes que celui-ci avait demandées pour ses soldats. Ts'ao Pin fut reçu avec de grands honneurs et de riches présents qu'il refusa d'abord mais accepta ensuite dans la crainte de froisser le prince.

L'empereui prépare la guerre contre les Leao : il marche vers les frontières tartares, prend plusieurs villes et songe à attaquer Yen Tcheou (Pe King), mais étant tombé malade, il renonce à ce projet et rentre à Ta Leang (959) ; son état empirant, Che Tsoung désigne comme son suc- cesseur, son fils Kouo TsouNG-HiUN, prince de Leang, âgé de sept ans, nomme un certain nombre de grands offi- ciers et meurt, âgé de trente-neuf ans, à la 6^ lune de 959. « Ce prince, d'un courage sans égal, se montrait partout le premier dans les sièges ou dans les batailles, et quoiqu'il vit pleuvoir des grêles de flèches autour de lui, et ses sol- dats tomber morts à ses côtés, jamais on n'apperçut aucune altération sur son visage. Dans les conseils, son avis était toujours le meilleur et le plus expéditif ; quoique les moyens qu'il proposait fussent les premiers qui dussent

I. Mailla, VII, p. 473.

54 histoire' générale de la chine

se présenter à l'esprit, néanmoins ils ne s'offraient point à la pensée des membres de son conseil... Comme il récompen- sait libéralement lorsqu'on l'avait mérité, et qu'il le faisait avec équité, sans acception des personnes, tout le monde était de la plus grande circonspection et évitait de manquer à son devoir : aussi y avait-il peu de ses sujets qui n'eussent eu part à ses bienfaits. Cette conduite le rendit heureux dans toutes ses entreprises, dont il sortit toujours victorieux... Il n'3' eut personne qui ne le pleurât amèrement » i. Coung Ti Cet enfant reconnu comme successeur de Che Tsoung, fut trouvé trop jeune par un grand nombre de. mécontents qui choisirent comme chef Tchao K'ouang-yin que les ministres éloignèrent en le nommant gouverneur de Soung Tcheou ou Koue Te au Ho Nan. Mais dès l'année suivante KouNG Ti abdiquait à la première lune ; il ne mourut qu'en 973, âgé de vingt-deux ans, et Tchao K'ouang-yin inaugurait la grande dvTiastie des Soung.

Les cinq dynasties (Wou Tai) avaient régné pendant 53 ans.

t. Mailla VII, pp. 481-3.

HEOU TCHEOU 55

Epoque des Cinq Dynasties (VVou Tai).

Quatorzième Dynastie : I. Les Lkang postérieurs (Hkou Lkang.) Cour à PiEN TcHEOu (K'ai Foung), puis à Lo ^"an(;.

X. 907 T'ai Tsou, tué en

912, 6^ lune âgé de Tchou Wen 907 K'ai Ping.

61 ans 911 K'ien Houa.

2. 915 Mou Ti, ou Tchou Tien, se suicide en

923, loe lune, à Tchou Yeou-tchen 915 Tcheng Ming

36ans (Kiun Wang) 921 I^ung Te

Quinzième Dynastie' : II. Les T'ang postérieurs (Heou T'ang.) Cour à Wei Tcheou (Tche Li), puis à Lo Yang.

1. 923 Tchouang Tsoung,

t 926 lune, à Li Ts'onen-hiu 923 T'oung Kouang. 43 ans

2. 926 Ming Tsoung,

î 933, II® lune, à Li Se-youen 926 T'ien Tch'eng.

67 ans 930 Tch'ang Hing.

3. 934 Min Ti, détrôné,

lune, et tué la Li Tsoung-heou 934 Ying Chouen. même année

4. 934 Fei Ti ou Mou Ti,

abdique, ii" lune,

et tué peu après,

en 936, à52 ans Li Tsoung-kou 934 Ts'ing T'ai.

(Liou Wang).

Seizième Dynastie : III. Les Tsin postérieurs (Heou Tsin). Cour à Lo Yang, puis à K'ai Foung.

1. 936 Kao Tsou, t 942,

lune, à 56 ans Che King-t'ang 936 T'ien Fou.

2. 942 Ts'i Wang, Tch'ou

Ti, détrôné par les

K'itan, 946, i i^lune Che Tchoung-kouei 944 K'ai Yun

Dix-septième Dynastie : IV. Les Han postérieurs (Heou Han) . Cour à Pien Tcheou (K'ai Foung) .

1. 947 Kao Tsou, t 948.

I'"*' lune, à 54 ans Lieou Tche-youen 936 T'ien Fou.

948 K'ien Yeou.

2. 948 Yin Ti, tué en 950,

11^ lune, à 20 ans Lieou Tcheng-yeou g^S K'ien Yeou

5^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

Dix-huitième Dynastie. V. Les Tcheou postérieurs (Heou Tcheou) Cour à K'ai Foung.

1. 951 T'ai Tsou, f 954.

i''e lune, à5i ans Kouo IVei. 951 Kouang Chouen.

2. 954 Che Tsoung, f 959.

6^ lune, à 39 ans Kouo Joung 954 Hien Te.

3. 960 Koung Ti, abdi-

que en 960 ire lune;

î 973. lune, a Kouo Tsoung-hioii 960 Hien Te.

22 ans

CHAPITRE V

XIXe dynastie : les Soung.

LA situation de l'empire à l'avènement de Tchao T'aiTsou K'ouANG-YiN n'était rien moins que brillante ; le Fils du Ciel étouffait dans sa capitale Pien Tcheou (K'ai Foung) ; son pouvoir était menacé par des roitelets tels que ceux de Wou Yue, Tchou, Nan Han, Nan P'ing, Heou Chou, Nan T'ang, Pe Han, Hou Nan, sans compter une nuée de gouverneurs quasi indépendants, sans compter aussi les redoutables Leao qui régnaient à Yen King (Pe King). L'empereur chinois était dans la situation des premiers Capétiens vis-à-vis des grands feu- dataires; il avait à établir le prestige de sa dignité amom- drie et à reconstituer le domaine impérial. Il ne semblait pas tout d'abord que Tchao K'ouang-yin fut l'homme indiqué pour accomplir cette grande tâche. Bon militaire, sans être grand général, Tchao n'était pas lettré, mais n'avait aucune hostilité ni pour les lettres, ni pour la- science; bel homme, il avait de nombreuses qualités per- sonnelles : la bonté, la simplicité, l'activité, rien toutefois qui annonçât un grand souverain ; cependant il se mit réso- lument à la tâche : il écrasa successivement les princes indépendants et réunit leurs États à l'empire; quand il mourut le Kiao Kouang (partie du Kouang Toung et du Tong King), le Wou Yue, le Kien Nan Fou Kien), les pos- sessions du prince de Pe Han et des Leao restaient seuls à réduire. T'ai Tsou' avait donc commencé à refaire l'unité de l'empire qui fut achevée, moins les États Leao, par ses successeurs qui, pendant plusieurs siècles, conservèrent une puissance, plus tard affaiblie par les Kin, mais détruite définitivement seulement par les Mongols au xiii*^ siècle. Naturellement la légende se mêle à l'histoire du fonda-

58 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

teur d'une grande dynastie et l'on a fait descendre T'ai Tsou du grand Houang Ti par son petit-fils l'empereur Tchouen Hiu (Ivao Yang) et l'on a prétendu que le nom de famille des Soung venait de la principauté de Tchao, dans la région de P'ing Yang, province de Chen Si, qui fut donnée en 980 par Mou Wang, empereur des Tcheou, à son fameux conducteur de chars Tsao Fou.

La vérité est plus simple : Tchao K'ouang-yin, fils de Tchao Houng-yin, était originaire de Tcho Tcheou (dis- trict de Pe King) dont son grand-père Tchao King, fils du censeur Tchao Ting, était gouverneur; Tchao Ting avait lui-même pour père Tchao Tiao, gouverneur de Yeou Tou ou Yeou Tcheou (Pe King), sous les T'ang. En 927, sous l'empereur Ming Tsoung, Tchao Houng-yin épousa Tou Che qui fut la mère de Tchao K'ouang-yin, à Kia ma ying, à l'est de la ville de Lo Yang. « Le moment de sa naissance fut marqué par une lumière extraordinaire qui répandit dans la chambre une odeur agréable pendant toute la nuit. Tchao K'ouang-yin devint d'une taille haute et majestueuse; il avait l'esprit pénétrant et subtil, et une physionomie noble qui annonçaient ce qu'il serait un jour 1. » Tchao, fils_ reconnaissant, éleva sa mère à la dignité d'impé- ratrice dès que lui-même parvint au trône.

A diverses reprises, Tchao s'était distingué comme mili- taire, en particulier à Kao P'ing contre Lieou Tch'oung, comme nous l'avons rapporté, et à Lou Ho contre Li King- ta. Proclamé empereur par les soldats, il fut reconnu par les ministres Fan Tche et Wang P'ou ; Koung Ti qui venait d'abdiquer fut fait prince de Tcheng; l'impératrice sa mère reçut le titre d'impératrice de la dynastie des Tcheou, et on lui assigna pour demeure le palais de l'Occident elle se retira le même jour ^.

T'ai Tsou accorda une amnistie générale et gagna les fonctionnaires que non seulement il maintint dans leurs emplois mais qu'il éleva d'un degré. A l'avenir, la couleur impériale serait le rouge et le nom de la nouvelle dynastie

1. Mailla, VIII, p. 2.

2. Mailla, VIII, p. 7.

LES SOUNG 59

serait Soung, la ville de Kouci Te Tcheou dont il avait été gouverneur s'appclant également Soung Tcheou. Il avait aussi le plaisir de recevoir la nouvelle que le prince de Pe H an et les Leao se reliraient en apprenant que des troupes étaient envoyées contre eux.

« Quoique le nouvel empereur ne fut pas habile dans les lettres, il aimait cependant les sciences et ceux qui s'y appliciuaient ; et pour les exciter davantage à y faire des progrès, lorsqu'il eût élevé ses ancêtres jusqu'à la quatrième génération au rang d'empereurs, il ordonna qu'on rétablît les collèges et qu'on y pratiquât des salles particulières on honorerait ceux qui se seraient distingués dans cette carrière. Il mit Confucius et Yen Tseu, le disciple favori de ce philosophe, à la tête des anciens, en leur assignant à chacun leur place, et il fit peindre leurs portraits qu'il y plaça, ainsi que leur éloge qu'il voulut faire lui-même : il partagea entre plusieiârs gens de lettres de la première distinction, le soin de faire l'éloge des autres. Ce prince allait de temps en temps dans ces collèges pour voir si les règles y étaient exactement observées, et il disait à ceux qui l'accompagnaient que tous les officiers de guerre devraient s'appliquer à l'étude et s'instruire des règles du gouvernement. Sous le règne de ce prince, les lettres négli- gées pendant les troubles la Chine fut plongée sous les cinq petites dynasties précédentes, commencèrent à être cultivées et reprirent la plus grande faveur. Jamais il n'y eut un plus grand nombre d'écrivains que sous les Soung. ^ » L'empereur interdit la crémation des cadavres.

L'élévation de Tchao K'ouang-}àn à la dignité suprême n'avait pas été sans causer de la jalousie parmi les potentats provinciaux. Lieou Kiun, fils de Lieou Tch'oung, depuis 955, roi de Pe Han, à T'ai Youen, dans le Chan Si, désireux d'étendre ses possessions, avait réussi à mettre dans ses intérêts le gouverneur de Lou Tcheou, Li YuN, qui n'écouta pas les conseils de prudence de son fils Li Cheou-tsiei et s'empara de Tseu Tcheou dont il tua le gouverneur Tchang Fou. Li Yun ne tient pas compte davantage des

I. Mailla, VIII. pp. 7-8.

6o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

avis de son ami, Liu Kieou Tchoung-king, qui lui montre les dangers de sa folle entreprise, et rejoint le prince de Han dont il trouve les troupes faibles; il regrette son action, trop tard, laisse son fils Li Cheou-tsiei à la garde de Lou Tcheou, et marche avec les Han vers le sud.

L'empereur envoie des troupes contre Li Yun, puis se met lui-même à la tête de ses armées. Le rebelle écrasé au sud de Tseu Tcheou s'enferme dans cette ville que force le général Ma Ts'iouen-yi. Li Yun met le feu à son palais et périt dans les flammes ; les Han se retirent. T'ai Tsou marche sur Lou Tcheou que rend Li Cheou-tsiei qui, rebelle malgré lui, est pardonné et reçoit un poste élevé.

Rentré à la Cour, T'ai Tsou apprend peu de temps après la révolte de Li Tchoung-sin, gouverneur de Houai Xan, poussé par l'exemple de Li Yun; attaqué vigoureusement par l'empereur lui-même à Kouang Ling, Li Tchoung-sin se brûle avec sa famille dans sa résidence.

Ces exemples portèrent leurs fruits : le prince de T'ang craignant d'être attaqué à son tour, s'empresse de faire sa soumission; il en est d'ailleurs récompensé, car deux de ses officiers, pour échapper à la punition que méritait un crime, Tou'TcHOU et Siouei Leang ayant proposé à l'empereur de trahir leur maître. T'ai Tsou fait mettre à mort le pre- mier et exiler le second à Liu Tcheou il est employé aux plus viles besognes i.

Étant sur le point de mourir, Tou Che, mère de T'ai Tsou, lui dit qu'il devait l'empire, non à ses vertus ou à celles de ses ancêtres, mais à ce que Koung Ti n'était qu'un enfant lorsqu'il monta sur le trône, par conséquent inca- pable de gouverner lui-même, et qu'elle désirait, lorsqu'il serait vieux, qu'il remit l'empire à ses frères à tour de rôle pour qu'il y ait toujours un homme miir à la tête du gou- vernement pour éviter à sa dynastie le sort de celle des Heou Tcheou (961).

« A la huitième lune, les Tartares Niu Tchen vinrent apporter leur tribut à l'empereur et lui faire hommage; ces peuples demeuraient autrefois au pays de Sou Chin. Du

I. Mailla, VIII, p. 14.

LES SOUNG 6r

temps des Wei tartares qui possédaient une partie de la Chine, on les appelait Wou Ki; les Souci changèrent ce nom en celui de yio Ho ; ils étaient établis sur les deux rives du He Loung Kiang et du Soungari ; sous l'empire des T'ang, ils étaient divisés en deux hordes, appelées, l'une Hi-: Chouei et l'autre Sou Mor ; dans la suite la horde Sou Mou devint très puissante et forma le royaume de Pou Hai auquel la horde de He Chf)uei se soumit. Quelques années après le royaume Pou Hai ayant été détruit par les K'i Tan (926), les peuples de la horde He Chouei se partagèrent en deux branches, et furent habiter les uns au nord et les autres au midi; alors ils changèrent de nom; ceux du nord comme ceux du midi prirent celui de Xu Tchex ou Niu Tchen; mais parce que ceux du midi se donnèrent aux Tartares K'i Tan et que les autres refusèrent de le faire, les K'i Tan, pour les distinguer, appelèrent ceux qui s'étaient rangés sous leur obéissance, les Nu Tchen civi- lisés, donnant aux autres le nom de Nu Tchen barbares ou sauvages. Ce furent ces derniers qui vinrent se soumettre à l'empereur et lui offrir des chevaux de leur pays; l'empe- reur les reçut favorablement, et leur accorda l'île de Cha Men qui est vers la pointe maritime de Teng Tcheou à l'extrémité orientale du Chan Toimg; il les exempta de toutes corvées, et ne leur donna que des barques à faire pour le transport des chevaux qu'ils payeraient en tribut à l'empire 1. »

A la onzième lune, des envoyés de Cha Tcheou vinrent également faire leur soumission (961).

Déjà Jaya Indravarman I", successeur d'iNDRAVAR- MAX ni, roi du Tchampa, s'était empressé, dès la lin de l'année 960, d'envoyer à T'ai Tsou, son ambassadeur P'ou Ho-San. « H ne cessa, sa vie durant, d'entretenir avec ce souverain les meilleurs rapports et de lui présenter de somptueux présents : en 962, ce sont vingt-deux défenses d'éléphants et mille livres d'encens; en 966, des éléphants apprivois's, des rhinocéros, des tissus de laine blanche et de soie unie et des plantes parfumées offertes par la reine

I. Mailla, VIII, pp. 16-17. Voir infra, pp. 66 et 131.

62 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

Po LYAN Pou Mao. En 967, 970 et 971, ce sont de nouveaux envois auxquels prennent part le second roi Li Neou et un fils de la reine ^ » Son successeur Parameçvaravarman pr suit son exemple en 972, 973, 974, 976, 977, 979.

L'année suivante (962), « l'empereur fit agrandir Pien Tcheou, la môme que K'ai Foung fou, et qu'on appelait alors la Cour d'Orient, parce que l'empereur y tenait ordi- nairement la sienne 2. »

Tcheou Hing-foung qui s'était rendu à peu près indé- pendant dans le Hou Nan, avaient régné avant lui depuis 953, à Lang Tcheou, Lieou Yen puis Kouei, mou- rut à la 12® lune de 962, laissant ses États à son fils Tcheou Pao-kiuen contre lequel se révolta un de ses vassaux, Tchang Wen-piao, gouverneur de Heng Tcheou (Hou Kouang). Tcheou Pao-kiuen expédia immédiatement un agent pour demander du secours à l'empereur; cet envoyé arriva à la Cour dans le même temps que Lou Houai- tcheng qui revenait du King Nan (King Tcheou Fou du Hou Pe) dont les princes avaient fondé le royaume de Nan P'ing, l'avait dépêché en mission T'ai Tsou, soi- disant pour entretenir l'amitié du souverain Kao Ki- tch'oung, en réalité pour s'assurer si son annexion à l'empire offrirait des difficultés. Lou Houai-tcheng avait pu constater que le King Nan, pays fertile, n'était défendu que par une faible armée et que rien ne serait plus facile que d'en faire la conquête. Le royaume de Nan P'ing, l'un des roj/aumes éphémères créés au moment de l'anarchie qui succéda à la chute des T'ang, avait été fondé en 907 par Kao Ki-tchang, puis par Kao Ki-hing (925-940); il eut pour successeur son fils Kao Ts'oung-houei qui exerça le pouvoir pendant près de vingt ans ; remplacé par Kao Pao-young, son fils, mort en 968, puis par Kao Pao-hiu, également fils de Ts'oung Houei, et enfin par Kao Ki- tch'oung, fils de Pao-young qui ne devait régner qu'un an et fut le dernier roi de Nan P'ing, les Soung, comme on le va voir, ayant fait la conquête de ses États. ^

1. G. Maspero, pp. 157-8.

2. Mailla, VIII, p. 17.

3. Voir Supra, p. 25. ,

LES SOUNG 63

L'empereur avait désigné Mou joung Yen-tchao et Li Tch'ou-yun pour conduire le secours qu'il avait con- senti à accorder à Tcheou Pao-kiuen, mais ces généraux avaient l'ordre de passer par le King Nan; chemin faisant ils apprirent que Yang Se-fan qui commandait les troupes de Trb.eou Pao-kiuen avait défait à Ping tsin t'ing le rebelle fait prisonnier et décapité. Cependant Li Tchou-vun occupait par ruse Kiang Ling, la capitale de Kao Ki- tch'oung; celui-ci, suivant le conseil de Sun Kouang- HiEN, « fît dresser un état détaillé des trois tcheou et des dix-sept hieii dont était composé son petit domaine, et le joignant à un placct, il fit porter le tout par Wang Tchao- TSi, un de ses ])remiers officiers, à l'empereur qui agréa ses offres et envoya Wang Jex-chan prendre possession en son nom du pays de King Nan dont il conserva à Kao Ki- tch'oung le gouvernement. Ce prince donna des mandari- nats à tous ses parents, et récompensa Sun Kouang-hien, en le nommant gouverneur de Houang Tcheou » (du Hou Kouang) 1.

Suivant les ordres qu'il avait reçus. Mou joung Yen-tchao poursuivit sa route vers le Hou Nan, défit et tua Tchang TsouNG-FOU, général de Tcheou Pao-kiuen, qui cherchait à lui barrer la route, et conduisait lui-même à la Cour Tcheou Pao-kiuen; celui-ci fut fort bien accueilli par l'empereur qui lui accorda sa grâce et lui donna une place d'officier dans ses gardes du corps. Mou joung Yen-tchao s'était « saisi de tout le Hou Nan, qui consistait en 14 tcheou et 66 hien habités par 907,388 familles payant tribut, sans compter les familles des soldats, ainsi que celles des officiers de guerre et de lettres, des lettrés et des prêtres des idoles » -.

Au milieu de ces récits de batailles, l'esprit se repose volontiers devant une découverte scientifique : « A la qua- trième lune, Wang Tchu-no, assesseur du Président des Mathématiques, représenta que suivant le calcul de l'astro- nomie de Wang Po, appelée Kin-t' ien-ly , on commençait à errer sur le mouvement des astres, et que cette astrono-

r. Mailla, VIII, p. 22. 2. Mailla, VIII, pp. 22-3.

62 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

Po LYAN Pou Mao. En 967, 970 et 971, ce sont de nouveaux envois auxquels prennent part le second roi Li Neou et un fils de la reine ^. » Son successeur Parameçvaravarman I^r suit son exemple en 972, 973, 974, 976, 977, 979.

L'année suivante (962), « l'empereur fit agrandir Pien Tcheou, la même que K'ai Foung fou, et qu'on appelait alors la Cour d'Orient, parce que l'empereur y tenait ordi- nairement la sienne -. »

Tcheou Hing-foung qui s'était rendu à peu près indé- pendant dans le Hou Nan, avaient régné avant lui depuis 953, à Lang Tcheou, Lieou Yen puis Kouei, mou- rut à la 12^ lune de 962, laissant ses États à son fils Tcheou Pao-kiuen contre lequel se révolta un de ses vassaux, TcHANG Wen-piao, gouvemeur de Heng Tcheou (Hou Kouang). Tcheou Pao-kiuen expédia immédiatement un agent pour demander du secours à l'empereur; cet envoyé arriva à la Cour dans le même temps que Lou Houai- TCHENG qui revenait du King Nan (King Tcheou Fou du Hou Pe) dont les princes avaient fondé le royaume de Nan P'ing, l'avait dépêché en mission T'ai Tsou, soi- disant pour entretenir l'amitié du souverain Kao Ki- tch'oung, en réalité pour s'assurer si son annexion à l'empire offrirait des difficultés. Lou Houai-tcheng avait pu constater que le King Nan, pays fertile, n'était défendu que par une faible armée et que rien ne serait plus facile que d'en faire la conquête. Le royaume de Nan P'ing. l'un des roj^aumes éphémères créés au moment de l'anarchie qui succéda à la chute des T'ang, avait été fondé en 907 par Kao Ki-tchang, puis par Kao Ki-hing (925-940) ; il eut pour successeur son fils Kao Ts'oung-houei qui exerça le pouvoir pendant près de vingt ans; remplacé par Kao Pao-young, son fils, mort en 968, puis par Kao Pao-hiu, également fils de Ts'oung Houei, et enfin par Kao Ki- tch'oung, fils de Pao-3'oung qui ne devait régner qu'un an et fut le dernier roi de Nan P'ing, les Soung, comme on le va voir, ayant fait la conquête de ses États. ^

1. G. Maspero, pp. 157-8.

2. Mailla, VIII, p. 17.

3. Vcir Supra, p. 25. ^

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L'ciiipereiir avait désigné Mou jouxg Yen-tchao et Li Tch'ou-yun pour conduire le seccnirs qu'il avait con- senti à accorder à Tchcou Pao-kiuen, mais ces généraux avaient l'ordre de passer par le King Nan; chemin faisant ils apprirent que Yang Se-i-an qui commandait les troupes de Tcheou Pao-kiuen avait défait à Ping tsin t'ing le rebelle fait prisonnier et décapité. Cependant Li Tchou-y-un occupait par ruse Kiang Ling, la capitale de Kao Ki- tcli'oung; celui-ci, suivant le conseil de Sun Kouang- HiEN, « fit dresser un état détaillé des trois tcheou et des dix-sept hien dont était composé s(m petit domaine, et le joignant à un placet, il fit porter le tout par Wang Tchao- Tsi, un de ses premiers officiers, à l'empereur qui agréa ses offres et envoya Wang Jen-chan prendre possession en son nom du pays de King Nan dont il conserva à Kao Ki- tch'oung le gouvernement. Ce prince donna des mandari- nats à tous ses parents, et récompensa Sun Kouang-hien, en le nommant gouverneur de Houang Tcheou » (du Hou Kouang) 1.

Suivant les ordres qu'il avait reçus, Mou joung Yen-tchao poursuivit sa route vers le Hou Nan, défit et tua Tchang Tsoung-fou, général de Tcheou Pao-kiuen, qui cherchait à lui barrer la route, et conduisait lui-même à la Cour Tcheou Pao-kiuen; celui-ci fut fort bien accueilli par l'empereur qui lui accorda sa grâce et lui donna une place d'ofiicier dans ses gardes du corps. Mou joung Yen-tchao s'était « saisi de tout le Hou Nan, qui consistait en 14 tcheou et 66 hien habités par 907,388 familles payant tribut, sans compter les familles des soldats, ainsi que celles des ofiiciers de guerre et de lettres, des lettrés et des prêtres des idoles » ".

Au milieu de ces récits de batailles, l'esprit se repose volontiers devant une découverte scientifique : « A la qua- trième lune, Wang Tchu-no, assesseur du Président des Mathématiques, représenta que suivant le calcul de l'astro- nomie de Wang Po, appelée Kin-t'ien-ly, on commençait à errer sur le mouvement des astres, et que cette astrono-

r. Mailla, VIII, p. 22. 2. Mailla, VIII, pp. 22-3.

66 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

accueillis et Moung Tchang reçut le titre de prince de Ts'in Koue-Koung du troisième ordre ; il mourut peu de temps après son désastre et l'empereur lui rendit le titre posthume de prince de Chou; sa mère se laissa périr d'inanition.

Une branche de la horde des Mo Ho ^, les Tartares des Ta Che qui, sous le règne de Chouen Tsoung des T'ang, s'étaient séparés des autres tribus et s'étaient établis sur le Yin Chan, envoyèrent en 966, à T'ai Tsou une ambas- sade pour se placer sous la protection de l'empire. Deux ans plus tard, à la y^ lune de 968, mourut sans postérité le le prince de Pe Han, Lieou Tch'eng-kiun ; son fils adoptif LiEOU Ki-NGHEN le remplaça malgré les intrigues du minis- tre Kou Wou-WEi qui le fit assassiner après deux mois de règne et fit reconnaître comme son successeur son frère Lieou Ki-youen, également fils adoptif de Lieou Kiun qui devait être le dernier prince de Pe Han et qui régna onze ans. L'empereur ordonna à son général Li Ki-hiun d'entrer chez les Pe Han, qui lui opposèrent Lieou Ki-ye et Ma Foung ; ceux-ci furent battus par le général impérial Ho Ki qui franchit le Fen Chouei et poussa jusqu'à la capitale T'ai Youen dont il incendia une porte (968). Le prince de Pe Han réclama l'aide des Leao qui lui envoyèrent un secours commandé par le général Ta Liei. Li Ki-hiun ayant battu en retraite, les Pe Han pillèrent les environs de Tsin Tcheou et de Kiang Tcheou appartenant au domaine impérial (969). Sur ces entrefaites, mourait assassiné le roi des Leao, Ye-liu King, prince cruel et débauché, qui fut remplacé par son frère Ye-liu H'ien; le nouveau chef des Leao laissa le gouvernement entre les mains de Siao Cheou-hing, son premier ministre dont il avait épousé la fille Yen Yen. T'ai Tsou envoie de nouveau Li Ki-kiun avec des renforts contre T'ai Youen; il place son propre frère, Tchao K'ouang-yi, à la tête d'une seconde armée, tandis que lui-même avec un troisième corps quitte Pien Tcheou et s'avance jusqu'à T'ai Youen dont il établit le blocus. Kou Wou-wei conseille inutilement à Lieou Ki- youen de se soumettre. Les Leao venus au secours des Pe

I. Voir sMp^-a p. Ci. ^

LES SOUNG 67

Han sont défaits, mais ils lèvent une nouvelle armée devant laquelle l'empereur est obligé d'abandonner le siège de T'ai Youen. Lieou Ki-youen fait mettre à mort Kou Wou- vvei.

Le royaume de Nan Han avait été créé en 905 par Lieou YiNG qui s'empara de Canton dont il fit sa capitale, régna sept ans et fut remplacé par son frère Lieou Yen, qui occupa sa place trente et un ans se proclama en 915, empereur de Ta Yue, et prit en 918, le nien hao de Kao Tsou; Lieou Yen eut pour successeurs ses fils Lieou Fen (942) et Lieou Tch'eng (943) ; le fils de ce dernier fut Lieou Tch'ang qui régna quatorze ans jusqu'en 971 ; il mourut en 980. Le domaine de Lieou Ying comprenait 47 villes; ce chef porta successivement les titres de roi de Nan P'ing, de Nan Haï et enfin de Nan Han.

A la neuvième lune de 970, Lieou Tch'ang, prince de Nan Han, ayant fait des incursions sur le territoire de l'empire, T'ai Tsou ordonna à Wang Ki-hiun, gouverneur de Tchao Tcheou, de demander au prince de Nan T'ang, Li Yu, d'in- tervenir. La principauté de Nan T'ang (Nan King) avait été créée en 937 par Li Pien, remplacé après un règne de six ans par son fils Li King, qui eut lui-même pour succes- seur au bout de dix-neuf ans son fils Li Yu. Lieou Tch'ang reçut fort mal la lettre de ce dernier et fit emprisonner son envoyé. Immédiatement, l'empereur expédiait le général P'an Mei contre les Nan Han. Ceux-ci comptaient sur les éléphants qu'ils dressaient pour la guerre et plaçaient ordi- nairement à l'avant-garde. « Lorsque les deux partis furent en présence, P'an Mei choisit les soldats les plus vigoureux, ayant des arcs à l'épreuve, pour les opposer aux éléphants ; l'action s'étant engagée, ces soldats instruits par leur général, s'attachèrent à tirer aux pieds de ces animaux : les blessures qu'ils leur firent les incommodèrent beaucoup, ils se cabrèrent, renversèrent par terre ceux qui étaient sur leur dos, et rebroussant chemin, ils mirent une si grande confusion dans les escadrons ennemis qu'il fut aisé à P'an Mei de les défaire. 1 » La ville de Chao Tcheou (Kouang

I. Mailla, MIT, p. 47.

68 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

Toung) ayant été prise, Lieou Tch'ang, abandonné des siens, se rendit au vainqueur qui l'envoya à Pien Tcheou ; l'empereur pardonna le passé à Lieou Tch'ang qu'il nomma prince de troisième ordre mais il fit exécuter les eunuques KouNG TcHEXG-CHOU et Li To, mauvais conseillers du prince de Nan Han.

« Cette conquête importante du royaume des Nan Han augmenta le domaine impérial de 60 tcheou ou départe- ments généraux, et de 240 hien ou villes du troisième ordre, dans lesquelles on comptait 170,263 familles paj^ant tribut. L'empereur, pour récompenser P'an Mei du service qu'il venait de rendre à l'empire, lui en donna le gouvernement ^ » (971). Lors du désastre des Nan Han (971), la dynastie des DiNH, créée en 968, régnait au Tong King; les Chinois ayant pénétré dans ce pays, le maréchal LE Hoan mis sur le trône à la place du souverain enfant Phê De, repoussa les envahisseurs et fonda la dynastie des antérieurs (980).

Le prince de Nan T'ang, à la chute du prince de Nan Han, fut plongé dans la plus mortelle inquiétude; comprenant le sort qui lui était réservé, puisque T'ai Tsou semblait vouloir reconstituer l'unité de l'empire aux dépens des roitelets qui s'étaient rendus indépendants, désireux de parer le coup si la chose était possible, il dépêcha de Kin Ling (Nan King), sa capitale, son frère Li Tsoung-chan, pour obtenir l'autorisation de changer le nom de son royaume de T'ang en celui de Kiang Nan ; ce qui lui fut accordé (971). Ce n'était d'ailleurs qu'un répit. L'empereur n'avait nulle- ment abandonné ses projets de conquête; en 974, il retint à la Cour, Li Tsoung-chan chargé de porter le tribut, puis le gouverneur de Tch'ang Tcheou, Lou Tchao-fou, envoyé pour réclamer Li Tsoung-chan ; enfin T'ai Tsou ordonne au prince lui-même de venir à la Cour; Li Yu s'étant gardé d'obéir, le motif d'une intervention était tout trouvé ! Ts'ao Pin et P'an Mei sont mis à la tête des troupes avec l'ordre d'épargner les habitants et de bien traiter Li Yu et sa famille. Grâce à un pont de bateaux construit par Fan

I. Mailla, VIII, p. 50.

LES SOUNG 69

Jo-CHOUEi, un mécontent de Tche Tcheou, P'an Mei avec l'infanterie impériale franchit le Kiang, défait l'armée du Kiang Nan et assiège Kin Ling (974). Sur l'ordre de l'empereur, Ts'ien Chou, prince de Wou Yuc, attaque également le Kiang Nan et assiège Tch'ang Tcheou dont il s'empare; il agissait contraint, car sa campagne était con- traire; à ses intérêts, le Kiang Nan lui servant de barrière naturelle. Des renforts amenés au Kiang Xan par TcHOU LiNG-piN sont défaits à Houan Keou par Ts'ao Pin; le prince de Kiang Nan, obligé de se rendre, est envoyé à Pien Tcheou avec ses ministres et ses Grands au nombre de quarante-cinq. Li Yu fut nommé prince du troisième ordre et grand général des gardes de l'empire. Nan King reprit le nom de Clieng Tcheou. La conquête du Kiang Xan réu- nissait à l'empire 19 tcheou et 180 hien. (ne lune de 975.) ^

Les Leao effrayés s'empressèrent d'envoyer à Pien Tcheou deux agents pour conclure la paix avec l'empire et ils en prévinrent leurs alliés, les Pe Han, qui en furent fort irrités.

A la suite de cette guerre victorieuse, Ts'ien Chou, prince de Wou Yue, ayant adressé ses félicitations à T'ai Tsou, l'empereui l'invita à venir à la Cour. Non san- grandes appréhensions, Ts'ien Chou se rendit à Pien Tcheou accompagné de sa femme Sun* Che et de son fils aîné Ts'ien Wei-siun; il eut l'agréable surprise d'être reçu avec les plus grands honneurs et après deux mois de séjour à la Cour, il reçut l'autorisation de retourner dans ses États (976).

L'empereur se retourna ensuite contre les Pe Han qui réclamèrent l'aide des Leao qui leur envoyèrent le ministre Ye-liu Cha avec des troupes, mais les hostilités furent suspendues et les troupes impériales rappelées par la mala- die de T'ai Tsou qui mourut à la lo^ lune de 976 dans la cinquantième année de son âge, laissant l'empire à son frère Tchao K'ouang-yi, prince de Tsin.

On jugera de l'expansion considérable que T'ai Tsou

I. Mailla, VIII, p. 61.

70 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

avait donnée à l'empire lorsqu'on comparera l'étendue des États à l'avènement des Soung et celle qu'ils avaient à l'avè- nement de T'ai Tsoung; de m tcheou et 368 hien et de 967,353 familles payant tribut, nous passons à 297 tcheou et 1086 hien et 3,090,504 familles ^

I. Mailla, VIII, p. 70.

CHAPITRE VI

Les Soung (suite)

A la mort de T'ai Tsou, l'unité de la Chine n'était pas T'ai Tsoun§ encore réalisée ; sans compter Wou Yue, n'étaient pas encore réduits, les alliés Han et Leao, Kiao Kouang (partie de Kouang Toung et de Fou Kien), Kien Nan (Fou Kien). Le nouvel empereur, peu désireux de commencer une guerre immédiatement après son avène- ment, se contenta d'assurer la défense des frontières de l'empire en en confiant la garde à ses meilleurs officiers. Sur la frontière Leao, il installa Ma Jen-yu à Ying Tcheou (Ho Kien fou), Han Ling-kouen à Tch'ang Tcheou (Tcheng Tingfou), Ho Wei-tchoung à Yi Tcheou (Pao Ting), Ho Ki-YUN à T'ai Tcheou (T'ai Ngan Tcheou, dans le district de Tsi Nan, Chan Toung). Sur la frontière de Han, il étabHt Wou Cheou-ki à Tsin Tcheou (P'ing Yang fou), Li KiEN-POU à Che Tcheou (P' ou Hien dans le district de P'ing Yang), Li Ki-hiux à Tchao Yi (Tchao Tch'eng Hien, dis- trict de P'ing Yang), Tchao Tsax à Yen Tcheou (Yen Ngan fou, Chen Si), Yao Nui-pin à King Tcheou (dépen- dance de King Yang fou, Chen Si), Toung Ts'oun-houei à Houan Tcheou (également dépendance de King Yang), Wang Yen-ching à Youen Tcheou (P'ing Leang fou, Chen Si) ; d'excellentes troupes furent fournies à ces officiers i.

D'ailleurs le roi des Leao se fit représenter aux funérailles de T'ai Tsou à Young Tch'ang Lin à la 4^ lune de 977 par son ministre Ye-liu Tchang; T'ai Tsoung lui rendit sa politesse en lui envoyant Sin Tchoung-fou. L'année sui- vante, TcHEN HouNG-TsiN qui s'était taillé un petit état indépendant avec Tchang Tcheou et Siouen Tcheou dans le

I. Mailla, VIII, pp. 69-70.

72 HISTPIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

Fou Kien, en face de Formose,fit sa soumission à la Chine; l'empereur lui donna le rang de seigneur de premier ordre et accorda des emplois considérables à ses enfants i. Cette soumission donna à réfléchir au roi de Wou Yue (Tche Kiang),Ts'iEN Chou, qui était présent à la Cour lorsqu'elle eut lieu; il crut se tirer d'affaire en proposant à l'empereur de lui rendre, tout en gardant ses états, les titres de prince et de grand général de l'empire qui lui avaient été conférés par T'ai Tsou. T'aiTsoung refusa cette offre, et sur le con- seil de TsouEi Jen-ki, sentant la position précaire dans laquelle il se trouvait, à la merci d'une volonté impériale qui pouvait s'exercer d'un moment à l'autre, Ts'ien Chou crut avec raison qu'il serait plus habile de parer le coup qui le menaçait inévitablement en faisant librement l'abandon de ses possessions qui comprenaient « treize tcheou et 86 hien renfermant 550,680 familles payant les tributs ordi- naires, qui servaient à l'entretien de 115,036 soldats, alors sur pied et de 1,044 barques de guerre. ^ » L'empereur récompensa Ts'ien Chou en le faisant prince de Houaï Hai du premier ordre, puis de Teng; ses frères et ses enfants reçurent des gouvernements et ses fonctionnaires furent maintenus dans leurs postes (978, 3^ lune). L'ex-roi de Wou Yue mourut à la S*' lune de 988, âgé de soixante ans. Il y avait eu quatre rois de Wou Yue qui régnèrent quatre- vingt-un ans : Ts'ien Lieou, nommé roi de Yue en 902 et roi de Wou. en 904 ; en 907 il fut fait roi de Wou et de Yue et à ce titre il ajouta en 923 le mot kouo et se proclama Wou Yue Kouo Wang, roi souverain de Wou et de Yue, mort le 6 mai 932, âgé de 81 ans; son fils Ts'ien Youen- KOUAN (932-941) ; les deux fils de ce dernier : Ts'ien Tso, mort en 947 et Ts'ien Chou qui fit sa soumission aux Soung 3 ; nous ne comptons pas Ts'ien Tsoung.

T'ai Tsoung prit (978) une mesure qui produisit le meil- leur effet dans la population chinoise : le 44® descendant de Confucius, K'ouNG Yi, gouverneur de Sin Tseu Hien, qui

1. Mailla, /. c, p. 71.

2. Mailla, /. c, p. 72.

3. Chavannes, T'oiing Pao, 1916, p. 131.

LES SOUNG 73

se trouvait à la Cour, fut créé prince du troisième ordre avec le titre de Wen Siouen K(jung, et on rendit à la famille du grand philosophe le privilège d'être exemptée des corvées et des impôts qui lui avait été jadis accordé et qu'on ne lui avait retiré que sous Che Tsoung des Tcheou posté- rieurs (954) 1.

Au commencement de 979, l'empereur, sur les conseils de Ts'ao Pin décida de faire la guerre au prince de Han, LiEOU Ki-YOUEN. T'ai Tsoung c nomma P'an Mei, géné- ralissime, et lui donna pour officiers généraux TsouEi Yen-tsin, Li Han-kioung, Lieou Yu, Ts'ao Han, Mi SiN et T'ien Tchoung-sin, qui se rendirent par divers chemin's aux environs de T'ai Youen dont on voulait faire le siège, et, afin d'arrêter les secours que cette ville pouvait recevoir des Tartares, l'empereur envoya Kouo Tsin, avec un gros corps de troupes, à Che Ling kouan, au nord-est de T'ai Youen, par ces secours devaient passer^ . »

Ye-liu H'ien, roi des Leao, ne pouvait voir d'un œil indifférent les préparatifs de guerre contre son allié le prince de Han, et il s'enquit des motifs des hostilités enga- gées par la Chine. T'ai Tsoung, qui ne désirait pas user de ménagements à l'égard des Leao, lui répondit assez bruta- lement qu'il punissait les Han coupables de n'avoir pas obéi à ses ordres, que Ye-liu H'ien n'avait rien à voir dans la querelle, que s'il intervenait, les Chinois entreraient en lutte avec lui; fort peu satisfait de cette réponse, le prince Leao dépêcha immédiatement contre les Chinois une armée commandée par Ye-liu Cha avec Ti LiÉi comme second; celui-ci fut défait et tué par Kouo Tsin, mais le vainqueur fut obligé de se retirer devant Ye-liu Siei-tch'en venu au secours de Ye-liu Cha.

Le siège ayant été mis devant T'ai Youen, T'ai Tsoung se rendit devant la place et exhorta le prince de Han à se rendre pour arrêter l'effusion du sang et conserver leurs biens et leurs honneurs à sa famille : Lieou Ki-youen refusa l'offre de l'empereur, mais pressé de toutes parts et menacé

1. ;\Iailla, /. c, p. 73.

2. Mailla, /. c, p. 74.

74 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

de la famine, il fut obligé de céder (5^ lune, 979). L'empe- reur se montra généreux : Lieou nommé duc de P'oung Tch'eng survécut jusqu'en 991 à l'annexion de sa princi- pauté qui ajoutait dix tcheou et 41 hien à la Chine devenue ainsi limitrophe des Leao.

La même année, à la sixième lune, T'ai Tsoung se tour- nait contre les Leao, sans différer plus longtemps ; il campe près de Yi Tcheou (district de Pao Ting) ; Lieou Yin, le gouverneur Leao, lui ouvre les portes; son exemple est suivi par les gouverneurs de Tcho Tcheou, de Chan Tcheou (Chouen Yi hien) et deKi Tcheou (ChouenT'ien) et le siège est mis devant Yeou Tcheou (Yen King). Ye-liu Cha est battu par l'empereur à Tchang P'ing Tcheou près de la rivière Kao Leang, mais grâce à des secours amenés par les généraux Ye-liu Hieou-ko et Ye-liu Sieï tchen, les Chinois sont mis en déroute et T'ai Tsoung, obligé de fuir, abandonne ses bagages. Les Leao rentrèrent en possession des villes qui leur avaient été prises et à leur tour ils attaquèrent Tcheng Ting, mais se firent battre et Ye-liu Hieou-ko fut obligé de se retirer.

L'empereur avait fait prisonnier à T'ai Youen, l'un des meilleurs généraux de Han, le brave Lieou Ki-ye, qui voulait prolonger la défense de la ville après la reddition de Lieou Ki-youen; T'ai Tsoung, frappé d'admiration pour son courage, le combla de présents, changea son nom de Lieou Ki-ye en celui de Yang Ye et le nomma gouverneur de T'ai Tcheou, près de la frontière des Leao dont il arrêta les incursions. '

En 980, Ye-liu H'ien mit le siège devant Wa Kiao Kouan, près de Houng Hien (de Pao Ting fou) ; mais malgré la défaite des Chinois qui l'attaquèrent et leur poursuite jusqu'à Mou Tcheou par Ye-liu Hieou-Ko, le roi des Leao avait été contraint de lever le siège et de fuir, lorsqu'une nouvelle victoire de son général obligea l'empereur à re- mettre sa campagne à une époque ultérieure et à chercher des alliés ; il crut pouvoir compter sur le royaume de Pou Hai, fondé par une tribu des He Chouei Mo Ho, les Sou Mou,

I. Mailla, /. c, p. 81.

LES SOUNG 75

car en 926, Ye-liu A-pao-ki, le chef des Leao, s'était emparé de leur ville de Pou YuTch'cng qu'il appela depuis Toung Tan kouo, ou Toung Tan Fou, c'est-à-dire le royaume ou le district des K'i Tan f^ricntaux; il y avait laissé, en qua- lité de gouverneur, son lils aîné, Yjï-liu Tou-yo, avec le titre de Jen Houang wang ; mais le roi de Pou Hai, redou- tant son puissant voisin, déclina les offres des Chinois ^ T'ai Tsoung se retourna vers Wou Hiouen-ming, roi de Ting-Ngan, qui, ayant à souffrir des incursions des Leao sur ses terres, accueillit avec plaisir les avances de l'empe- reur; il profita du passage d'un envoyé Niu Tchen pour lui confier un placet destiné au souverain chinois qui lui fit tenir sa réponse par la même voie (981).

D'autre part, Li Ki-p'oung, gouverneur de Ting Nan, vint prêter hommage à l'empereur et lui offrit étant brouillé avec toute sa famille les quatre tcheou de Hia Tcheou, Souei Tcheou, Yin Tcheou et Yeou Tcheou que lui avait donnés Li Se-koung depuis la chute des T'ang; naturellement T'ai Tsoung accepta cette offre, autorisa Li Ki-p'oung à résider à Pien Tcheou et lui confia un emploi. « L'empire alors se trouva unifié comme du temps des Han et des T'ang, à la réserve de Yen ou Pe King, de Yun ou T'ai Toung fou du Chan Si et des seize tcheou de leur dépendance, que le prince de Tsin, en montant sur le trône, avait cédés aux tartares Leao -. »

Le roi des Leao, Ye-Hu H'ien, se rendant à Yun Tcheou, tomba malade à la montagne Tsiao Chan et mourut âgé de 35 ans, à la lune (982) ; son fils aîné Ye-liu Loung- siu, prince de Leang, âgé de douze ans, lui succéda; la mère du nouveau chef, Si^^o Che, s'empara du gouverne- ment et changea le nom de Leao que portait son peuple pour celui de K'i Tan qu'il avait jadis porté ^.

Li Ki-p'oung en faisant hommage à l'empereur de ses quatre tcheou avait laissé à Hia Tcheou (Ning Hia), Li Ki-Ts'iEN qui, désobéissant à l'ordre impérial de se rendre

1. Mailla, /. c, p. 83 «.

2. Mailla, l. c, p. 85.

3. Mailla. /. c, p. 85.

76 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

à la Cour, sous prétexte d'assister aux funérailles de sa nourrice, gagna avec quelques amis le pays de Ti Kin tche, à 300 li au nord-est de Ning Hia, et se présentant avec le portrait de son premier ancêtre, jadis maître de la région, il réussit à mettre dans ses intérêts les Tartares habitant le pays. Mais les généraux Yin Hien et Ts'ao Kouang-che:?— commandant les troupes impériales, envahirent soudaine- ment le pays de Ti Kin-tche, tuèrent plus de cinq cents Tartares, brûlèrent près de 400 tentes, firent prisonnières la mère et la femme de Li Ki-ts'ien qui se sauva avec son frère Li KI-tchoung. Tout en menant une vie errante, Li Ki-ts'ien réussissait à se créer des partisans parmi les mécontents, s'emparait par ruse de Yin Tcheou et profitant de l'inaction de Tien Jen-lang, gouverneur de Tsin Tcheou, s'empara de San Tsou; Tien Jen-lang paya son incurie de l'exil à Chang Tcheou ; quant à Li Ki-ts'ien, allié aux K'iang de Lin Tcheou, il fut battu par les troupes impériales qui annexèrent Yin Tcheou, Lin Tcheou et Hia Tcheou (985). Chassé de la Chine, réduit aux abois, Li Ki- ts'ien se réfugia chez les K'i Tan dont le roi, était-ce ironie? le fit gouverneur de Ting Ngan dont il avait été dépossédé et le nomma généralissime des troupes de Hia Tcheou justement annexé par les Impériaux (985) 1. L'em- pereur poursuivant ses projets contre les K'i Tan chercha à leur susciter de nouveaux ennemis en lançant contre eux les Coréens mécontents des incursions des Tartares sur leur territoire ; dans ce but il leur envoya Han Kouo-houa qui les décida par les promesses et les menaces à prêter leur concours aux projets de T'ai Tsoung. Les circonstances semblaient favorables : la mère du roi des K'i Tan qui gou- vernait pendant l'enfance de son fils avait froissé beaucoup de fonctionnaires par son favoritisme. L'empereur rassem- bla quatre corps d'armée : le premier commandé par Ts'ao Pin devait marcher par Yen Tcheou ; le second sous Mi SiN et Tou Yen-kouei opérait par Hioung Tcheou; le troi- sième était dirigé par T'ihn Tchoung-tsin vers Feï Hou (Kouang Tchang hien, T'aï Toung, Chan Si) ; enfin le qua-

I. Mailla, p. 95.

LES SOUNG JJ

trième devait avec P'an Mi:i et Yang Yk passer par Yen Men.

\\ Ki-loung, envoyé par Ts'ao Pin, bat les K'i Tan, s'em- pare de Kou Xgan, de Sin Tch'eng et deTcho Tcheou, fait prisonnier et met à mort le ministre K'i-tan Ho Ye; le^ Tartares de leur côté marchent contre Mi Sin qui appelle à son secours Ts'ao Pin; celui-ci les défait au nord-est de Sin Tch'eng. De son côté T'ien Tchoung-tsin bat les Ki T'an, s'empare de Fei Hou, et après la reddition de Ling kieou, pousse jusqu'à Wei Tcheou (Chan Si) dont les portes lui sont ouvertes par Li Tsoun-tchang qui en a massacré le gouverneur tartare. Enfin P'an Mei pénètre en territoire K'i Tan par Si King, et après avoir battu un corps eAnemi le poursuit jusqu'à Houan Tcheou (Ma Yi Hien) dont le gouverneur se rend, et réduit successivement sans peine Sou Tcheou, Ying Tcheou, Yun Tcheou.

Le général tartare Ye-liu Hieou-ko, trop faible pour attaquer de front les Impériaux, les inquiète, les fatigue par ses attaques nocturnes, intercepte leurs vivres et finalement oblige Ts'ao Pin à quitter Tcho Tcheou pour aller se ravitailler à Hioung Tcheou. L'empereur ordonna à Ts'ao Pin de joindre Mi Sin tandis que P'an Mei et T'ien Tchoung-tsin venus de l'est feraient le siège de Yeou Tcheou. Ts'ao Pin et Mi Sin honteux de leurs insuccès et désireux d'égaler P'an Mei et T'ien Tchoung-tsin, marchèrent de nouveau vers Tcho Tcheou, mais, harcelés par Ye-hu Hieou-ko, ils arrivèrent épuisés dans cette ville d'où ils furent obligés de se retirer vers le midi par le roi des K'i Tan, Ye-liu Loung-siu. Ye-liu Hieou-ko pour- suivant énergiquement la campagne, marche au-devant de l'armée impériale, la bat près de Ki keou kouan et la repousse jusqu'à la rivière de Ma ho, au nord de Pa Tcheou dépendant de Pe King. Ts'ao Pin et Mi Sin fuient avec les débris de cette armée du côté du sud à Y''i Tcheou, s'arrêtent sur les bords du Cha Ho, mais leur ter- rible adversaire les rejoint et les jette dans le fleuve; Ye-liu Hieou-ko aurait voulu poursuivre ses conquêtes jusqu'au Houang Ho, mais la reine des K'i Tan s'oppose

y8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

à ses projets, le rappelle et le crée prince de Soung, du premier ordre ^ (986.)

« L'empereur lit revenir Ts'ao Pin, Mi Sin, Tsoueï Yen- tsin et les autres généraux, et envoya ordre à T'ien Tchoung- tsin d'aller prendre le commandement de l'arm-ée et de la faire camper à Ting Tcheou ; il fit retourner P'an Mei à T'ai Tcheou, et lui ordonna de transporter les peuples de Yen Tcheou, de Sou Tcheou, de Ying Tcheou et de Houan Tcheou, ainsi que les Tartares T'ou Yu Houen, les uns dans le Ho Toung, et les autres à l'ouest de la Cour. Ce prince était désolé de ses pertes, et indécis s'il devait encore pen- ser à reprendre aux K'i Tan ce qu'ils avaient en-deçà de la Grande Muraille - ».

Pendant ce temps les K'i Tan envoyaient le général Ye- liu Sieï-tchen avec une armée de cent mille hommes pour reprendre les villes capturées par P'an Mei et T'ien Tchoung- tsin. P'an Mei est écrasé à Fei Fou et le général k'i tan s'empare de Houan Tcheou. Yang Ye, connu par sa bra- voure, propose aux Impériaux de reculer provisoirement, mais il se heurte à l'opposition de Wang Chen qui lui re- proche sa pusillanimité. Yang Ye, piqué, marche sur Sou Tcheou, mais, défait par Ye-liu Sieï-tchen, il est obligé de battre en retraite; P'an Mei et Wang Chen qu'il avait laissés à la passe de Tchen kia k'eou avaient quitté leur poste pour marcher à l'ennemi; Yang Ye, réduit à ses seules forces, défend la passe avec acharnement, mais il est débordé, grièvement blessé, et meurt trois jours après (986). Ye-liu Sieï-tchen s'empare de Yun Tcheou, Ying Tcheou et Sou Tcheou, abandonnés par leurs défenseurs. L'empereur irrité punit P'an Mei, Ts'ao Pin, Mi Sin et Tsouei Yen-tsin, mais il nomme T'ien Tch'oung-tsin général de la cavalerie et de l'infanterie et Li Ki-loung est désigné pour son lieutenant; en outre Tchang Tsi-hien est nommé gouverneur de T'ai Tcheou à la place de Yang Ye, avec P'an Mei comme second.

Cependant les K'i Tan se décident à poursuivre leurs

1. Mailla, VIII, pp. 101-2.

2. Mailla, /. c, p. 102.

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conquêtes verf^ le sud : le gouverneur de Ying Tcheou, LiEOU TiNG-jANG essaya d'arrêter Ye-liuHieou-ko par une diversion dans le pays de Yen qui réussit, mais son armée était trop faible; elle fut presque entièrement détruite par les K'i Tan et Licou Ting-jang (Vhappa avec peine au désastre. Ye-liu Hieou-ko devint maitre par ruse de Ho Ling-tou, gouverneur de Hioung Tcheou et s'empara de Chen Tcheou (Ngan P'ing hien.de Tcheng Ting),de Hing Tcheou (Chouen Te fou, Tche-Li) et de Te Tcheou (district de Tsi Nan, Chan Toung).

L'amertume de l'empereur fut grande de s'être laissé entraîner dans cette fâcheuse entreprise; par un manifeste dans lequel il exprimait ses regrets, il déclara « qu'il par- donnait aux officiers le passé, et affranchissait le Ho Pe de tout tribut et de toutes corvées pendant trois ans; il ajoutait que Ho Houai-pou et son fils Ho Ling-tou avaient commencé cette guerre, et que l'un et l'autre y avaient péri. 1 )) (986.)

Toutefois Tchang Tse-hien remporta un petit avan- tage, sur les K'i Tan, grâce à un stratagème, près de T'ai Tcheou. Néanmoins Ye-liu Loung-siu, roi des K'iTan, con- tinua les hostihtés et s'empara de Tcho Tcheou ; la lutte épuisait l'empire : les K'i Tan étaient maîtres depuis Fei Hou à l'est jusqu'à la mer; les ministres de T'ai Tsoung lui conseillaient de faire la paix (988). L'année suivante, les Tartares ayant franchi la frontière, on envoya Li Ki- loung contre eux; surpris sur les bords du Siu Ho (Tche Li) par YiN Ki-LOUEN, Ye-liu Hieou-ko blessé est mis en fuite. « Cette bataille, ou plutôt cette déroute, fit tant d'impres- sion sur les K'i Tan, que depuis cette époque ils n'osèrent plus venir en si grand nombre insulter les limites de l'em- pire, et qu'ils disaient proverbialement qu'il fallait éviter les grands princes à face noire, parce que Yin Ki-louen était d'une couleur fort basanée ^. » (989.)

Le rebelle Li Ki-ts'ien, après sa défaite, s'était retiré chez les K'i Tan, avait épousé une de leurs princesses et

1. Mailla, /. c, pp. 109-110.

2. Mailla, /. c, p. 115.

80 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

avait reçu le titre de gouverneur général de Ting Ngan et fut même, en 990, créé par Ye-liu JLoung-siu, prince de Hia, fief appartenant à l'empire. Li Ki-ts'ien, désireux de s'assu- rer la possession effective de la principauté qui lui avait étédonnée,fit entendre à Tchao Pao-tchoung, nom donné par les Soung à Li Ki-p'oung quand il fit sa soumission, « qui en était gouverneur, qu'il se repentait du passé, et cherchait quelque médiateur auprès de l'empereur pour obtenir sa grâce et retourner dans sa patrie : Tchao Pao- tchoung crut ce repentir sincère et en écrivit à l'empereur, qui, sur cette recommandation, pardonna à Li Ki-ts'ien et le nomma gouverneur de Yin Tcheou; c'était un piège que ce dernier tendait à Tchang Pao-tchoung : il espérait qu'il viendrait au-devant de lui et qu'il disposerait de ce gouverneur à son gré lorsqu'il le tiendrait en son pouvoir; mais Tchang Pao-tchoung, instruit de la perfidie dont il avait usé, six ans auparavant, envers Ho Ling-tou, un de ses collègues, se garda de le venir trouver, et Li Ki-ts'ien continua de demeurer chez les K'i Tan. 1 » (991,) N'ayant pas réussi par traîtrise, Li Ki-ts'ien essaya de s'emparer de Hia Tcheou par force, mais, battu et blessé, il demande à T'ai Tsoung de rentrer en grâce, ce qui lui est accordé malgré son triste passé que l'avenir ne devait pas démentir ; il est même à nouveau nommé gouverneur de Yin Tcheou, ce qui ne l'empêche pas de retourner chez les K'i Tan qui à leur tour lui décernent le titre de prince de Si Ping "-. Toujours infatigable, nous le verrons plus tard (996), enle- ver un convoi de grains à destination de Ling Tcheou ; on envoya contre lui Li Ki-loung qui ne remporta aucun succès; sa dynastie (Hia) devait durer jusqu'à la conquête mongole en 1227.

« A cette même époque, il vint un ofiîcier de la part des Niu Tchen, prier l'empereur de se joindre à eux contre les K'i Tan dont ils recevaient de continuelles insultes; l'empe- reur, qui n'était point d'avis de recommencer une guerre qui avait coûté à la Chine tant de sang et de dépenses,

1. Mailla, /. c, pp. 115-16.

2. Mailla, /. c, p. 1 16.

LES SOUNG 8l

rejeta cette proposition : dès lors, les Xiu Tchen se sou- mirent entièrement aux K'i Tan, et cessèrent de porter leurs tributs à la Chine. ^ » (991.)

« A la onzième lune, les Tartares K'i Tan envoyèrent leur général Siao Heng-ti attaquer le royaume de Corée; le prince de Corée [TchengTsoungTchang bien Wang] qui n'était pas en état de lui résister, eut recours aux prières, et députa un de ses officiers, appelé TcHi, pour aller offrir aux K'i Tan de se rendre leur tributaire, et les prier d'épar- gner ses peuples; le roi tartare accepta sa soumission, et pour ne paraître ni moins généreux ni moins humain envers le peuple, il céda au prince de Corée plusieurs centaines de li de pays, à l'est du fleuve Ya Lou, appartenant aux Niu Tchen, qui venaient de se soumettre à son empire ^ » (992). A partir de cette époque, la Corée suivit les nien hao des K'i Tan.

Une révolte causée par les exactions des mandarins éclata au Se Tch'ouan (993); un homme du peuple, Wang SiAO-PO, se met à la tête des rebelles, tue le chef des troupes impériales Tchang Ki mais est lui-même blessé à mort; son beau-frère Li Choux le remplace, s'empare de Chou Tcheou, K'ioung Tcheou, Han Tcheou etP'oung Tcheou, se rend maître de la capitale Tch'eng Tou et se proclame prince de Chou sous le titre de Ta Chou Wang. J^'empereur, fatigué de la guerre avec les K'i Tan, aurait bien composé avec les rebelles, mais il en fut dissuadé par Tchao Tchang- YEN et l'eunuque Wang Ki-nghen fut chargé d'écraser la révolte. Après plusieurs combats dont l'un sous les murs de Tch'eng Tou dans lequel les rebelles perdirent 30,000 hommes, la ville fut prise; Li Choun fait prisonnier fut conduit à Foung Siang il fut coupé en morceaux au milieu de la place pubHque; le nom de Tch'eng Tou fut changé en celui de Yi Tcheou (de l'époque des Han), pour punir cette ville du peu de résistance qu'elle avait offerte aux rebelles (994). La rébelhon que Wang Ki-nghen croyait avoir étoufïée n'en continua pas moins vive jusqu'à

1. Mailla, /. c, p. 117.

2. Mailla, /. c, pp. 11 7-1 18.

82 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

ce que son chef Tchang Yu eût été capturé et mis à mort

(995)-

En 997, l'empereur fit une nouvelle division de l'empire en quinze provinces ou lou : King Toung, King Si, (capi- tales de l'est et de l'ouest, dans le Ho Nan), Ho Pe, Ho Toung, Chen Si, Houai Nan, Kiang Nan, King Hou méridio- nal, King Hou septentrional, les deux Tche, Fou Kien, Tchouen Chen, Kouang Nan oriental et Kouang Nan occidental i.

Après avoir perdu ses trois neveux, fils de T'aï Tsou, TcHAO Tei tchao, Tchao Tei-fang et Tchao T'ing-mei, T'ai Tsoung avait eu le chagrin que son fils aîné, Tchao Youen-tso, prince de Tchou, était devenu fou, à la suite ' de la disgrâce de son oncle Tchao Kouang-mei qui cau- sait, sans raison, de l'ombrage à son frère l'empereur (985). Dix ans plus tard. T'ai Tfeoung faisait choix de son troi- sième fils, Tchao Youen-kan, prince de Siang, qu'il crée prince de Cheou, pour gouverner la ville de K'ai Foung, dans la pensée d'en faire son héritier. En 997, T'ai Tsoung tombait gravement malade et mourait, âgé de 59 ans, à la 3** lune de la 22^ année de son règne; malgré les intrigues de l'eunuque Wang Ki-nghen et le désir de l'impératrice douairière qui auraient voulu assurer le trône au fils aîné du souverain défunt, grâce à l'énergie du premier ministre Liu.Touan, le prince héritier fut reconnu pour empereur.

T'ai Tsoung encouragea la littérature ; il fit composer un ouvrage en mille kiuen intitulé T'ai P'ing Yu Lan ou la Manière de procurer et de maintenir la paix dans l'empire dont il lisait chaque jour trois volumes. « Dès que ce prince avait quelques moments de loisir, il les employait à inter- roger Liu Wen-tchoung sur l'expHcation des King; Wang Tchou sur la manière de bien former les caractères, Kouo TouAN sur la connaissance des caractères difficiles et d'un usage plus rare. ^ » En outre, il recueilHt un grand nombre d'ouvrages qui étaient tombés dans l'oubli.

« En 984, arrivée à la capitale du bonze japonais, TiAO

1. Mailla, /. c, p. 129.

2. Mailla, /. c, pp. 87-88.

LES SOUNG 83

JAN, avec plusieurs disciples. Il offrit des bronzes japonais, une histoire du Japon, et le Livre de la Piété Filiale com- menté par le célèbre Tcheng K'ang-tch'eng, ouvrage perdu en Chine, conservé au Japon. L'empereur voulut entretenir lui-même le bonze. Celui-ci ayant raconté que, depuis l'origine, les rois et officiers du J apon se succédaient de père en fils, l'empereur soupira et dit : Ces Bar- bares des Iles ont conservé la forme du gouvernement de l'antiquité. Tiao jan ayant demandé la permission de faire un pèlerinage à la célèbre pagode du mont Wou T'ai chan, l'empereur le fit défrayer durant tout son voyage. Il lui donna aussi une édition imprimée de la Tripitaka chinoise, que le bonze emporta au Japon. On eut, par Tiao jan, des renseignements sur les Aïnos velus par tout le corps, jusqu'au visage inclusivement. On sut aussi par lui, que des envoyés japonais, presque tous bonzes, avaient été envoyés en Chine en 806, 839, vers 850, vers 886, vers 921, vers 952; faits que les historiens chinois avaient omis de noter, à cause des troubles de l'empire. 1 »

T'ai Tsoung « était doué d'un esprit excellent, juste et solide; dans les grandes affaires, il saisissait d'abord le parti auquel on devait s'arrêter : un de ses principaux soins fut d'encourager la culture des terres, qu'il regardait comme le moyen le plus sûr pour procurer aux peuples l'abondance et les maintenir en paix. Par rapport au gou- vernement de l'État, il regardait les récompenses et les châtiments comme deux puissants mobiles, dont un prince devait être pleinement instruit : il voulait être convaincu avant que de rien déterminer sur des objets dont dépen- dait l'honneur ou l'infamie des familles. Il recevait avec plaisir les remontrances qu'on lui adressait, et lorsqu'il avait commis quelque faute et qu'on la lui faisait con- naître, il ne faisait aucune difficulté de l'avouer publique- ment; toutes ces belles qualités, qui brillaient dans T'ai Tsoung, le firent aimer et respecter de tout l'empire ; il se

I. L. WiEGER, Textes historiques, III, pp. 1829-1830.

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maintint sur le trône, dans une paix qui ne fut jamais troublée par la jalousie ou l'ambition. 1 »

Annain A la dynastie fondée en 939 en Annam par Nc.o quyen avait succédé Dinh Bo- lanh qui régna sous le nom de Dinh Tien-hoang (968), fut assassiné et remplacé temporairement par son fils Phê de, âgé de six ans, sup- planté par le général LE Hoan, fondateur sous le nom de LE Dai-hanh, de la dynastie des LE antérieurs (980) ; il entre en lutte avec le Tchampa dont un usurpateur anna- mite, LiEou Ki-TSOUNQ (Lu'u Ky-tong) venait de s'empa- rer au détriment d'iNDRAVARMAN IV ; mais les Tchames proclament à Vijaya (988) Indravarman V qui adresse une ambassade à T'aï Tsoung. L'empereur lui envoie : « deux chevaux blancs, une grande quantité de socs de charrue, de brûle-parfums et tout un équipement mili- taire : cinq étendards, cinq épées à fourreau d'argent, cinq lances du même métal, cinq arcs et des flèches. Une pareille munificence le comble de joie et il riposte incontinent par un somptueux tribut composé de dix cornes de rhinocéros, 300 défenses d'éléphants, 10 Hvres d'écaillés de tortue, 2 de camphre, deux mille de parfums divers, 160 livres de bois de santal, 200 livres de poivre, cinq nattes et 24,300 paires de faisans blancs. ^ » Indravarman qui s'était réins- tallé dans l'ancienne capitale tchame Indrapura, y fut assiégé par Le Hoàn qui saccagea la ville. Vijaya devint alors la capitale du Tchampa (1000) et le resta jusqu'à la chute du royaume. ^

Tsoung TcHEN TsouNG cut la satisfaction, à la 12^ lune de 997, neuf mois après son avènement de recevoir la soumission de Li Ki-ts'ien qui fut d'ailleurs récompensé par le gouver- nement de Leang Tcheou qu'il demandait avec Hia Tcheou, Souei Tcheou, Yin Tcheou, Yeou Tcheou et Tsing Tcheou. On devait encore entendre parler de lui. L'année suivante (998) les Chinois perdaient à la onzième lune un redoutable adversaire en la personne du général K'i Tan Ye-liu Hieou-

1. Mailla, /. c, pp. 1 30-131.

2. C Maspero, p. 168.

3. Voir page 90.

LES SOUNG 85

ko, depuis dix-sept ans gouverneur de Yen; maliieurcuse- ment le brave général Ts'ao Pin mourait peu de temps après (999, 6e lune). Les hostilités n'i)rennent entre Chinois et K'i Tan : la ville de Souei Tch'eng (Ngan Fou hien, district de Pao Ting, Tche Li) défendue par Yang Yen-tchao est assiégée par le roi Ye-lin Loung-siu {2^ lune, 999) qui est repoussé mais qui, dans le cours de sa retraite, s'empare des villes du Tche Li, Ki Tcheou, Tch'ao Tcheou, HingTcheou (Chouen Te fou) et Ming Tcheou.

Grâce à la lâcheté de Fou Tsien, gouverneur général de Tchen Tcheou, Ting Tcheou et Kao Yan Kouan, com- mandant à 80,000 homrries de troupes, qui s'enferme dans Ying Tcheou et refuse de marcher contre l'ennemi, malgré la bravoure de Fan Ting-tchao et la résistance désespérée du gouverneur K'ang Pao-yi, tué après avoir immolé un nombre considérable d'ennemis, les K'i Tan battent les Chinois, traversent le Tsi Ho et vont piller la ville de Tseu Tsi. L'empereur prend le commandement des trou- pes, destitue le lâche Fou Tsien qu'il envoie en exil à Fan Tclieou; les K'i Tan se retirent vers la Tartarie, mais attaqués près de Mou Tcheou par Fan Ting-tchao ils perdent 10,000 hommes et leur butin. L'empereur ayant assisté à la pacification de la frontière rentre dans sa capitale.

Des soldats mécontents se révoltent dans la province de Se Tch'ouan (1000), tuent le général Fou Tchao-cheou et placent à leur tête le commandant de Yi Tcheou, Wang KiUN, qui prend le titre de prince de Chou, s'empare de Han Tcheou, mais échoue devant Mien Tcheou; d'ailleurs, peu après, Han Tcheou est repris par Tchang Se-kiun. Mais les généraux impériaux dont l'un des- leurs, Li Houei, est tué, se font battre à Yi Tcheou par Wang Kiun. Tou- tefois les Chinois reprennent l'offensive avec des renforts et malgré la défense énergique de W^ang Kiun, le général Lei Yeou-tchoung s'empare de Yi Tcheou; Wang Kiun s'enfuit à Fou Chouen, mais, poursuivi avec la cavalerie impériale par Yang Houai-tchoung, il est cerné dans cette ville et réduit à se pendre ; sa tête coupée est envoyée

86 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

à l'empereur qui récompense les vainqueurs Lei Yeou- tchoung et Yang Houai-tchoung.

Les Houei Ho, inquiets de Li Ki-ts'ien, cherchèrent à pousser l'empereur à lui faire la guerre, offrant de joindre leurs troupes aux forces chinoises (iooi);leur ambassade ne pouvait plus mal tomber : l'empereur, d'humeur essentiel- lement pacifique, s'occupait de la mise en réforme des trop nombreux fonctionnaires à charge à l'État ; on en supprima en effet plus de 195,800 tant de guerre que de lettres. 1

Li Ki-ts'ien, désigné également sous le nom de Tchao Pao-ki, témoignait de sa reconnaissance à l'égard des Chi- nois qui l'avaient si généreusement pardonné de ses trahi- sons, en continuant ses expéditions incessantes de pillage dans les provinces septentrionales de l'empire. L'empereur envoya Tchang Tsi-hien faire une enquête sur ses agisse- ments ; Tchang prétendit que Ling Wou étant trop à l'écart, ne pouvait être défendu et devait, par conséquent être abandonné; un autre fonctionnaire. Ho Leang, qui se trouvait sur les Heux, déclara au contraire, que la ville était protégée par les montagnes qui l'environnaient et devrait être garnie de troupes, qu'en aucun cas Ling Wou ne devait être abandonné aux Tartares. Tchen Tsoung, perplexe, envoya à Ling Wou, Wang Tchad avec pleins pouvoirs et, ce qui valait mieux, 60,000 cava- liers et fantassins. Cependant Li Ki-ts'ien mettait les T'ou Fan dans ses intérêts et venait attaquer Ling Tcheou dont le gouverneur Pei Tsi se faisait tuer vaillamment sur la brèche. Maître de cette ville, le vainqueur en change le nom en celui de Si P'ing fou, la ville de la Paix d'Occident (looi). D'autre part, le chef des Tartares de Lou kou, Pan Lo-tche fit l'offre, qui fut acceptée, de réunir ses troupes à l'armée impériale pour lutter contre Li Ki-ts'ien; on lui donna le titre de gouverneur-général de Sou Fang. Pan Lo-tche ayant réussi à faire croire à Li Ki-ts'ien, aveuglé par son orgueil-, qu'il reconnaissait sa domination, marcha contre lui à la tête de 60,000 hommes; Li Ki-ts'ien, attaqué à l'im- proviste, fut mortellement blessé ; il n'avait que quarante-

I. Mailla, /. c, p. 141.

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deux ans; il laissait ses possessions à son fils Tchao Te- MiNG, âgé de vingt-trois ans, auquel le roi des K'i Tan s'empressa d'accorder le titre de Si P'ing Wang. Tchao Te- Ming, suivant les conseils que lui avait jadis donnés son père, offrit sa soumission à l'empereur, avec l'arrière-pensée de ne pas s'exécuter. Ts'ao Wei, fils de Ts'ao Pin, qui con- naissait l'esprit de ruse de Tchao Te-Ming proposa à l'empereur de l'enlever, mais Tchen Tsoung espérant de gagner le jeune prince par ses bontés, rejeta cette proposi- tion (1003). L'année suivante (1004), deux officiers de Li Ki-ts'ien, Pan mi ki je et Pou ki lo tan, pour venger sa mort, assassinèrent Pan Lo-tche dont le frère Se Tou-tou fut appelé à le remplacer par les Lou kou; il fut confirmé par l'empereur dans le gouvernement de Sou Fang (1004). A la neuvième lune intercalaire de 1004, Ye-liu Loung- siu, accompagné de sa mère Siao Che, s'approcha des fron- tières chinoises à la tête d'une armée considérable; deux de ses généraux s'emparent de Pe P'ing Tchai et Pao Tcheou et, avec le gros de leur armée, s'avancent vers Ting Tcheou, mais en route ils se heurtent à Wang Tchao, commandant les troupes impériales dans la région, qui les arrête. Le mois suivant, un fonctionnaire chinois retraité Wang Ki- tch'oung démontra aux K'i Tan qu'ils tireraient plus de profits d'une paix sérieuse avec l'empire que de leurs dépré- dations continuelles le long des frontières. Les K'i Tan se laissèrent convaincre et l'empereur chargea Wang Ki- tch'oung, munis des pouvoirs nécessaires, de conduire les négociations qui échouèrent par suite des exigences de Siao Che réclamant des territoires appartenant à l'empire depuis un temps immémorial ^ Les K'i Tan ne restèrent pas longtemps dans l'inaction. Dès la onzième lune (1004) ils s'emparaient de Te Tsing (Tsing Foung hien, dans le dis- trict de Tai Ming fou) et de Ki Tcheou, un des anciens noms de Tai Ming, dans le Tche Li, allèrent camper au nord de Tan Youen ou T'ai Tcheou, aujourd'hui K'ai Tcheou, au sud de Tai Ming, menaçant les environs et assiégèrent Tchen Tcheou défendu par Li Ki-loung qui attira dans une

I. Mailla, /. c, p. 147.

88 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

embuscade et tua Siao Ta-lan, un des principaux chefs K'i Tan. Des conseillers pusillanimes, Wang K'in-ju et TcHEN Yao-feou, avaient conseillé, l'un la retraite de l'empereur à Kin Ling, l'autre à Tch'engTou; au contraire, le ministre K'eou Tchouen persuada au souverain de se rendre en personne aux frontières -septentrionales, le com- mandement de K'aï Foung étant confié à Tchao Youen- PiN, prince de Young; ce dernier étant tombé malade fut remplacé par Wang Tan. Sans que les K'i Tan pussent s'y opposer, l'empereur passa le Houang Ho et entra à Tchen Tcheou. Les K'i Tan repoussés dans leurs attaques, cherchèrent à conclure la paix par l'entremise de Ts'ao Li- YOUNG retenu prisonnier parmi eux, mais ils réclamèrent tout le territoire que leur avait cédé le fondateur des Tsin postérieurs et que leur avait repris Che Tsoung des Tcheou. Après des négociations conduites par la reine Siao Che, il fut arrêté, la Chine refusant de restituer le pays con- voité, que les Soung fourniraient 100,000 taels d'argent et 200,000 pièces de soie. La paix étant réglée, les K'i Tan reprirent, la route du nord et l'empereur rentra à K'ai Foung il accorda un pardon général (1004). D'ailleurs à la onzième lune de 1005, une ambassade des K'i Tan, renouvelée chaque année, se rendit à la Cour pour entre- tenir les bonnes relations entre les deux pavs.

L'empereur ne tarda pas à être la victime des intrigues de Wang K'in-ju; celui-ci, jaloux de la faveur dont jouis- sait K'eou Tchouen à la suite des services qu'il avait rendus dans la guerre contre les K'i Tan et voulant aussi se venger de l'affront qui lui avait été fait lorsqu'il avait eu la lâcheté de proposer à Tchen Tsoung de fuir à Kin Ling, réussit à persuader à son maître que le ministre lui avait fait jouer un rôle honteux en lui faisant signer un traité au pied des remparts de Tchen 'tcheou; k suivant le Tch'ouen Ts'ieou, disait W^ang K'in-ju, il est honteux de jurer une paix ou une alliance au pied des murs d'une ville «^ (2^ lune, 1006). Huit mois plus tard, Tchao Te-Ming, suivant les instructions de son père Li Ki-ts'ien,fit remettre sa sou-

I. Mailla, /. c, p. 159.

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mission à l'empereur qui eut la naïveté de le faire gouver- neur de Ting Ngan et de lui accorder le titre de prince de Si P'ing jadis donné à son père parles K'i Tan; peu de temps après, ceux-ci qui désiraient le garder dans leurs intérêts lui décernaient également le titre de prince de Hia (1006). L'année suivante, à la troisième lune, le roi des K'i Tan lit bâtir pour y tenir sa Cour, une ville dans le Leao Si, qu'il nomma Tchoung King ou la Cour du Milieu ^ Le misérable Wang K'in-ju, pour consoler l'empereur du traité prétendu honteux signé à Tchen Tclieou, réussit par ses machinations et fourberies à plonger ce prince dans les plus basses intrigues des Tao Che, lui fit faire le pèleri- nage du T'ai Chan et celui de KiuFeou, patrie de Confucius, auquel il donnait le titre de Hiouen cheng wen sioiien Wang, « prince admirable de l'excellente et sage éloquence »; dans la salle des cérémonies « il plaça les titres des soixante et douze disciples de ce philosophe, à la tête desquels était celui de Yen Houei, son disciple bien-aimé, qu'il fit prince du troisième ordre, sous le titre de Yen Kouei Koung; ensuite venaient Min Sun, Tseng Chin, deux autres de ses disciples, et les anciens lettrés depuis Tso Kieou-ming, qu'il fait aussi prince du troisième ordre, mais inférieurs cependant à Yen Houei, sous le titre de Kien Koung. Après quoi, il s'en revint à K'ai Foung » (1008). ^

A la onzième lune de 1009 mourait la mère de Ye liu Loung-siu, roi des K'i Tan, Siao Che, femme remarquable par son courage et ses talents, mais poussant parfois la violence jusqu'à la cruauté. Peu de temps avant sa mort, elle avait envoyé un de ses parents, le général Siao Tou-yu pour détruire ce qui restait des Houei Ho ; il avait capturé Kan Tcheou du Chen Si et obhgé le roi Ye la li à se sou- mettre; quelque temps après, à la cinquième lune, Siao Tou-yu s'emparait encore de Sou Tcheou dont il transféra tous les habitants à Ton wei k'eou, ville abandonnée que les malheureux déportés durent reconstruire ^.

1. Mailla, /. c, p. 160.

2. Mailla, /. c, p. 165.

3. Mailla, /. c, p. 166.

90 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

Nous notons des ambassades du Tchampa en loio et accompagnant des lions en loii, puis en 1015 envoyées par Harivarman II dont le successeur, en 10 18, présenta le tribut à l'empereur ^. A la fin du x^ et dans le courant du xi^ siècle, la capitale du Tchampa était Foche ou Vijaya dans le Binh Dinh.

Le roi de Corée, abandonné par la Chine, sans cesse menacé par les K'i Tan, offrit sa soumission à ceux-ci par l'intermédiaire d'un de ses officiers, Tsai Tchoung-chun (loii). Les K'i Tan qui ne tenaient pas à cette soumission, mirent comme condition à leur acceptation que le roi de Corée viendrait en personne leur rendre hommage; le roi de Corée redoutant un piège prétexta une maladie et ne vint pas (1012). Jadis les K'i Tan avaient fait don de la région voisine du Ya lou kiang aux Coréens qui y éle- vèrent les villes de Hing Tcheou, Tieï Tcheou, Toung Tcheou, Loung Tcheou, Koueï Tcheou et Ko Tcheou; le roi des K'i Tan, irrité du refus du souverain coréen de venir à sa cour, lui réclama tout ce territoire dont un Niu Tchen lui indiqua le moyen de se rendre maître; « il leur apprit qu'à sept journées de la ville de Kai King, en allant du côté de l'est, les Coréens avaient une place de guerre qui valait Kai King pour la grandeur, et que c'était du voisi- nage de cette place qu'ils tiraient ces bijoux qu'ils donnaient en tribut, et qu'on ne trouvait point ailleurs. Ce Niu Tchen ajouta qu'au sud de Cheng Tcheou et de Lo Tcheou, ils avaient encore deux places de guerre étaient leurs magasins ; en sorte que si les K'i Tan allaient par le nord du pays des Niu Tchen en passant le fleuve Ya Looi Kiang, et le côtoyant jusqu'à Ko Tcheou, ils gagneraient le grand chemin, et ne trouveraient alors aucune difficulté à se rendre maîtres de tout le pays » - (1012). A la première lune de 1014, les Coréens n'aj^ant pas restitué aux K'i Tan les six villes du Ya Lou, le roi tartare envoya Siao Ti-liei pour s'en emparer, mais le roi de Corée uni au roi des Niu Tchen attira dans une embuscade les K'i Tan qui furent

1. G. Maspero, p. 175.'

2. Mailla, /. c, p. 168.

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taillés en pièces. Nullement rassuré pour l'avenir, le roi de Corée, désireux de se rapprocher de la Chine, cherchait à expliquer le non-paiement du tribut à l'arrêt de son passage par les K'i Tan et, dans ce but, il envoya Yin TcHENG-pou àTeng Tclicou d'où celui-ci se rendit à la Cour, mais l'empereur de plus en plus absorbé par ses pratiques taoïstes refusa d'écouter ses propositions (1014).

On comptait, au commencement de 1015, 9,955,729 fa- milles, qui faisaient le nombre de 21,096,965 personnes 1.

L'attention de la Chine allait être attirée dans une autre direction : Sou Se-lo, chef des T'ou Fan, descendant du dernier Tsan P'ou, ayant sa résidence à Tsang ko tch'eng le ho chang Li Li-tsouen lui servait de premier ministre, envoya un agent pour proposer à l'empereur de faire la con- quête de Hia Tcheou. Li Li-tsouen, homme fourbe et cruel avait, par ses cruautés, soulevé tout le monde contre lui; pour rétablir son prestige compromis, il osa attaquer Ts'ao Wei, le général chinois commandant à King Youen, qui lui infligea une si cruelle défaite, à San tou kou, que Li Li-tsouen jugea plus sage de tourner ses armes contre Si Leang Fou; il n'y fut d'ailleurs pas plus heureux et il ne réussit qu'à augmenter contre lui le mécontentement géné- ral. Sou Se-lo, qui voyait grandir l'impopularité de son ministre, quitta Tsoung Ko Tch'eng il laissa Li Li-tsouen pour se retirer à Miao Tch'ouen. Li Li-tsouen, profitant du départ de son chef, voulant essayer de renouer des relations avec les Chinois, adressa directement plusieurs placets à l'empereur pour obtenir d'être nommé Tsan P'ou des T'ou Fan ; on eut la faiblesse de lui donner le titre de « gouver- neur honoraire», ce qui était déjà une trop grande concession, car il était méprisé et détesté tandis que Sou Se-lo, estimé de son peuple, avait tout le poids de la défense du pays menacé par Tchao Te-ming et le voisinage de Hia Tcheou à l'est. La proposition de Sou Se-lo d'attaquer cette ville ne fit que d'exciter les soupçons de l'empereur qui détacha Tcheou Wen-tche à King Youen et Ts'ao Wei à Tsin Tcheou avec des troupes de renfort. Bien lui en prit, car Sou Se-lo atta-

I. Mailla, /. c, p. 171.

92 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

qua ce dernier; il fut puni de son audace, car il subit une cruelle défaite et fut oblige de s'enfuir à Tsi Tchoung i. (1016).

En 10 15, un décret de Tchen Tsoung décide que le même Etre suprême qui gouverne le monde est désigné soit par les noms de T'ien ou Chang Ti, soit par celui de Vu Houaug ^.

En 1017, Haji Sumutrabhumi, « le roi de la terre de Sumutra » (Sumatra), envoya à l'empereur un ambassadeur porteur d'une lettre écrite en caractères d'or, et un tribut de perles, d'ivoire, de livres sanskrits et d'esclaves de K'ouen Louen; elle fut reçue en audience et ses membres eurent l'autorisation de visiter quelques-uns des palais impériaux; quand ils partirent un édit fut adressé à leur roi avec des présents^. L'île de Sumatra aurait donc été connue des Chinois sous le nom de Sumuta = Sumutra, dans les premières années du xi^ siècle, près de trois cents ans avant le voyage de Marco Polo ; et sous le nom de Sumutra, par les marins arabes, antérieurement au premier voyage des Portugais en Indonésie ^.

Malheureusement l'empereur était plongé de plus en plus dans les folies des Tao Che ; son ministre Wang Tan, sage conseiller, mourut (1017) ; la disgrâce de Wang K'in-ju, son mauvais génie, dont Tchen Tsoung avait enfin découvert la fourberie, n'empêcha pas ce misérable prince de se cou- vrir de ridicule en réunissant 13,086 bonzes dans son palais (1019). Cependant il avait désigné comme prince héritier son fils Tchao Cheou-yi (8^ lune, 1018) et remplacé Wang K'in-ju, exilé au Ho Nan, par K'eou Tchouen, gouverneur du pays de Young Hing (1019) qui, l'empereur étant tombé malade et l'impératrice a3'ant été chargée des affaires, fut nommé gouverneur du prince héritier et prince du troisiènie ordre du titre de Lai kou ; Li TiÉ, Grand Maître de la maison du prince héritier, fut nommé ministre d'État à la place de

1. Mailla, /. c, p. 173.

2. L. WiEGER, Folk-lore, p. 7.

3. Groeneveldt, Notes on the Malay Archipelago.

4. G. Ferrand, J. As., Mars-Avril 1917, pp. 332 et 335.

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K'eou Tchouen. Les intrigues de Ting Wei, nommé gou- verneur de Ho Nan fou, firent exiler K'eou Tchouen de la Cour et éloigner Li Tié au gouvernement de Yun Tcheou (1020). Sur ces entrefaites, Tclien Tsoung mourut dans la 55e année de son âge et la 25^ de son règne, à la lune de 1022, ayant ordonné de rappeler K'eou Tchouen et Li Tié pour gouverner avec l'impératrice jusqu'à ce que le prince héritier fut en état d'exercer lui-même le pouvoir. Les menées de Ting Wei, ennemi des deux ministres, pour retenir le pouvoir, furent découvertes ; il fut exilé à Ngai Tcheou dans une position subalterne et son complice, l'eunuque Lei Yun-koung fut exécuté. A la lo^ lune eurent lieu les funérailles de Tchen Tsoung et avec lui furent ensevehs les livres soi-disant célestes qui avaient causé la déchéance de ce triste monarque.

CHAPITRE VII

Les Soung (suite).

Jen Tsoung y ORSQUE. ce prince, qui avait d'heureuses disposi- I tions, monta sur le trône, il n'avait que treize ans, aussi l'impératrice exerça-t-elle le pouvoir et en usa pour réduire les charges qui écrasaient la population et pour supprimer la gabelle et les droits sur le thé; d'autre part on sévit avec rigueur contre les Tao Che qui s'étaient multipliés dans les provinces, particulièrement dans celles du Kiang Si et du Kiang Nan, et avaient, au grand détri- ment de leurs victimes, substitué des pratiques de magie aux remèdes naturels. Ils perdirent d'ailleurs deux ans plus tard (1025) le trop fameux imposteur Wang K'in-ju qui avait jadis causé tant de mal par ses fourberies. A la 8^ lune de 1024, le jeune souverain donna une preuve de l'intérêt qu'il prenait aux études en visitant le Collège impérial (Koiio Tseu Kien) et en présentant ses hommages à Confucius 1.

Mais les difficultés extérieui-es renaissaient bientôt. Les K'i Tan redoutant Tchao Te-ming et ne voulant cependant pas le provoquer, tentèrent de l'isoler en faisant la con- quête du pays des Houei Ho et mirent le siège devant Kan Tcheou, mais ils furent battus et obligés de se retirer devant les Tang Hiang dont le chef, craignant d'être leur proie après les Houei Ho, était allé les attaquer (1026). A son tour Tchao Te-ming voulut eiflever Kan Tcheou aux Houei Ho pour l'annexer à ses États et il chargea son fils Tchao Youen-hao de cette expédition, dans laquelle celui-ci réussit pleinement (1028).

Trois ans plus tard (1031) mourait Ye-liu Loung-siu,

I. Mailla, VIII, p. 188.

LES SOUNG 95

chef des K'i Tan, auquel succéda son fils Ye-liu Tsoung- TCHiN dont la mère, Siao Nao-kin, concubine du roi défunt, profitant de la minorité, s'empara du pouvoir, et, jalouse de la véritable impératrice Siao Che qui étant sans enfant, avait élevé comme le sien le futur souverain, elle l'exila à Chang King et plus tard lui donna l'ordre de se tuer.

Cependant Tchao Te-ming voyait sa puissance s'accroître de jour en jour et les Chinois voulant se l'attacher lui con- férèrent le titre de prince de Hia et à son fils Tchao Youen- hao, celui de Si P'ing Wang; Tchao Te-ming mourut peu après et les K'i Tan s'empressèrent d'jenvoyer le diplôme de prince de Hia à ce dernier qui leur était d'ailleurs plus favorable qu'aux Soung (1032).

L'impératrice étant morte l'année suivante (1033), le jeune empereur prit immédiatement possession du pouvoir et fit appel au concours de Li TiÉ, jadis Grand Maître de sa maison alors qu'il était prince héritier et en fit un ministre d'État; contre l'avis des censeurs, l'empereur répudia l'impératrice Kouo Che qui avait souffleté l'une des deux concubines favorites, Chang Che. A la neuvième lune de l'année suivante (1034) Kouo Che fut remplacée par Ts'ao Che, petite-fille du brave Ts'ao Pin. En 1035, l'empereur n'ayant pas d'enfant adopta, à la deuxième lune, Tchao Tsoung-che, âgé de quatre ans, fils de Tchao Yun-jang, gouverneur de Kiang Ning, petit-fils de Tchao Youex- PIN, prince de Chang, descendant en droite ligne de l'empe- reur T'ai Tsoung 1.

Chez les K'i Tan, l'ambitieuse Siao Nao-kin, s'apercevant que son fils était désireux d'exercer le pouvoir, tenta de le déposer et de lui substituer son cadet fort jeune Tchoung Youen; celui-ci qui avait beaucoup d'affection pour son frère, le prévint du complot qui se tramait contre lui et Ye- liu Tsoung-chin fit enfermer Siao Nao-kin sous bonne garde dans un palais. Le jeune prince fut récompensé de son ami- tié par le titre de Houang Tai Ti, l'auguste frère cadet (1034).

A l'automne, septième lune de 1034, ^^ ei Toung, avec

I. Mailla, VIII, p. 199.

96 JIISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

beaucoup d'imprudence, chercha à consolider les frontières occidentales de l'empire, en s'emparant de quelques places fortes des Hia ; il avait mésestime son adversaire : Tchao Youen-hao, prince de Hia, riposta immédiatement en pénétrant avec ses troupes à King Tcheou (Chen Si) et battit les troupes impériales qui essayaient de l'arrêter.

Abandonnant ses desseins contre les Chinois, le prince de Hia, Tchao Youen-hao, en 1035, envoya son général Sou NOUR contre Sou Se-lo qui le défit et le fit prisonnier; perdant l'espoir de se créer un vaste empire, Tchao Youen- hao se mit lui-même à la tête de ses troupes et essaya vai- nement de forcer Miao mieou tch'eng, mais les habitants de cette ville, séduits par ses belles promesses lui en ouvrirent la porte; aussitôt maître de la place, il fit prisonnière une grande partie de la population, ce qui amena la reddition de Tsing Tang, Tsoung ko et Tai sing ling. Ayant réussi à battre Ngan Tse-lo, officier de Sou Se-lo, qui voulait lui barrer le passage, il fut à son tour défait par ce dernier

(1035)-

« Tchao Youen-hao remit bientôt (1036) de nouvelles troupes sur pied; il était alors maître absolu des pays de Hia Tcheou, de Yin Tcheou, de Soueï Tcheou, de Yeou Tcheou, de Tsing Tcheou, de Ling Tcheou, de Yen Tcheou, de Houeï Tcheou, de Ching Tcheou, de Kari Tcheou, et de Leang Tcheou dans la province de Chen Si; outre cela, il se saisit encore des pays de Koua Tcheou et de Cha Tcheou, et érigea en tcheou les villes de guerre qui étaient dans le pays de Long; il faisait sa résidence ordinaire à Hing Tcheou (Ning Hia), que le Houang Ho d'un côté, et la montagne Ho lan chan de l'autre, comme deux barrières naturelles, mettaient en sûreté; ces différents pays pou- vaient avoir au moins 10,000 li de tour. ^ »

L'ambitieux Tchao Youen-hao avait toujours un grand nombre de troupes prêtes à opérer contre ses adversaires : 150,000 hommes; sur ce nombre, au nord du Houang Ho, 7,000 qu'il pouvait immédiatement opposer aux K'i Tan; au sud du Ho, 50,000 hommes étaient dirigés contre les gou-

I. Mailla, VIII, p. 200.

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verneurs chinois des départements de Houan Tchcou, King Tcheou, Tchen Joung et Youen- Tcheou; 50,000 lunnmes du côté de Tso Siang et de Yeou Tcheou, pouvaient opérer contre Fou Yen et Lin Fou et 30,000 hommes du côté de Yeou Siang et de Kan Tcheou contre les T'ou Fan et les Houei Ho; enfin 13,000 hommes étaient préposés à la garde des villes de Ho Lan, Ling Tcheou, Hing Tcheou et Hing King fou; outre ces 150,000 hommes, il y en avait 5000 d'élite pour la garde du prince de Hia et 3000 cuirassiers pour le suivre dans ses expéditions ^

Pour réparer l'échec qu'il avait reçu des T'ou Fan, cette année 1036, Tchao Youen-hao leur enleva les villes de Koua Tcheou, de Cha Tcheou et de Sou Tcheou, et se trouvant assez puissant, à la lo^ lune de 1038, il prend le titre d'empe- reur après avoir fait offrir un sacrifice au Wou T'ai chan, et demande à Jen Tsoung de le reconnaître comme tel. L'empereur, irrité, ôta au prince de Hia le nom de Tchao, appartenant à la famille impériale, qui avait été donné à Li Ki-ts'ien à l'époque il feignait de se soumettre et défendit à ses sujets d'avoir aucun rapport avec les siens.

(( Sou Se-lo faisait sa demeure ordinaire dans la ville de Tchen Tcheou; il avait à l'ouest la ville de Lin kou tch'eng, par laquelle il communiquait avec les royaumes de Ts'ing Hai et de Kao Tchang. qui entretenaient dans ses états un commerce considérable, source de ses richesses et de sa puissance. L'empereur le ménageait, et lui donnait des titres pour le mettre dans ses intérêts, afin de l'engager contre le prince de Hia, et empêcher celui-ci de s'élever. ^ »

Le roi des Hia furieux renvoya à l'empereur tous les diplômes reçus par ses ancêtres, commença la guerre, s'empara de Pao Ngan et de Kin ming tchaï et vint assiéger Yen Tcheou dont le gouverneur. Fan Young, avertit du danger Lieou Ping et Che Youen-tsoun, campés non loin à Tou men, qui accoururent au secours de la place. Malheu- reusement Lieou Ping, ayant été blessé d'une flèche, l'un de ses chefs Houang Te-ho prit la fuite avec un tiers de

1. Mailla, VIII, p. 201.

2. Mailla, VIII, p. 203.

98 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

l'armée impériale; Lieou Ping, dont la blessure était peu grave, eut l'imprudence de diviser le reste de ses troupes en sept petits corps qui furent vigoureusement assaillis et mis en fuite : Lieou Ping, son fils et d'autres chefs furent faits prisonniers, mais Fan Young ne se rendit pas et dans la crainte que la neige ne rendît les chemins impraticables, le roi des Hia leva le siège de Yen Tcheou pour ne pas être bloqué (1040).

Un soldat de fortune, Fan Tchoung-yen, qui avait combattu les K'i Tan, ayant été mis à la tête des armées (1040), s'avança vers Yen Tcheou; H an K'i, qui comman- dait dans la région avant Fan Tchoung-yen, ayant appris l'arrivée de ce dernier ainsi que la marche du roi des Hia vers San Tchouen, fit une attaque de nuit des magasins ennemis à Pe pao tch'eng qu'il réussit à incendier. L'empe- reur, prévenu de Yen Tcheou par Fan Tchoung-yen de la puissance des Hia envoya sur place Tchao Tsoung-kiao pour étudier la situation de concert avec lui et Han K'i (1041). Tchao Tsoung-kiao se rendit d'abord près de Han K'i qui se déclara en état de finir la guerre en une seule campagne; Fan Tchoung-yen, à cause de la saison, croyait préférable de gagner les rebelles par la douceur. L'empereur inclinait vers les idées de Han K'i, mais Fan Tchoung-yen fit observer que l'ennemi étant fortement retranché dans les montagnes, il serait sage d'envoyer un agent impérial pour se rendre compte de l'opportunité d'une guerre. D'autre part, le roi des Hia, par l'intermédiaire de Kao Yen-te, officier chinois prisonnier, prévenait Fan Tchoung- yen qu'il était désireux de faire la paix avec la Chine. Fan Tchoung-yen conseilla au chef Hia d'abandonner le titre d'empereur qu'il avait usurpé et de se contenter du rang qu'avait occupé son père Tchao Te-ming.

De son côté Han K'i, convaincu que le roi des Hia ne cherchait qu'à gagner du temps en négociant avec Fan Tchoung-yen, organisa hâtivement contre les Hia une expédition au cours de laquelle ses généraux Jen Fou, Sang Yi et Lieou Fou, attirés dans une embuscade, furent tués (1041) ; les Hia se tournèrent alors contre les généraux

LES SOUNG 99

TcHOU KouAN et Wou Ying qui furent également défaits : 10,300 hommes périrent dans ces deux actions. Han K'i fut dégradé et exilé à Tsin Tclicou comme simple gouverneur et remplacé par un homme de plaisir Hia Soung; Fan Tchoung-ycn ne fut guère moins mal traité : il fut envoyé comme commandant à Yo Tcheou pour avoir brûlé une lettre insolente du roi des Hia devant le délégué de ce prince. La conduite de Hia Soung ne permit pas de le garder en fonction et on le nomma gouverneur de Ho Tchoung, avec résidence à Chen Tcheou. Personne n'était capable désormais de commander au Chen Si ; force fut donc de faire à nouveau appel aux services de Han K'i et de FanTchoung- yen : « on divisa cette province en quatre départements : Tsin Tcheou, était Han K'i; Wei Tcheou, qu'on donna à Wang Youen ; King Tcheou, on envoya Fan Tchoung- yen et enfin Yen Tcheou, qu'on mit sous la conduite de P'ouNG Tsi...La suite fit voir que c'était le meilleur parti qu'on pouvait prendre; chacun de ces généraux voulut se distinguer; Han K'i, surtout, par sa vigilance retint si bien les Tartares Hia chez eux, qu'ils furent forcés de suspendre pour quelque temps leurs courses; et, de son côté, Fang Tchoung-yen, par ses bons traitements, sut si bien gagner les K'iang qui s'étaient presque tous donnés au roi des Hia, que ces peuples se mirent sous la protection des Chinois. ^ » Cependant les K'i Tan (1042), voyant l'empereur occupé avec les Hia songeaient à reprendre les dix villes que, suivant eux, Che Tsoung leur avait injustement arrachées. Sur l'avis du Président de son Conseil privé, Siao Houei, et contre l'opinion de Siao Hiao-mou, un autre de ses ministres, le roi des K'i Tan chargea Siao Te-mour et Lieou Lou-fou de se rendre à K'ai Foung-fou, de réclamer les villes ou, si satisfaction ne leur était pas donnée, de déclarer la guerre. Fou PiÉ fut chargé de les recevoir et de négocier avec eux; on déclara aux envoyés K'i Tan qu'il était impossible de leur restituer les villes, mais que, désireux de leur être agréable, on leur accorderait, s'ils le désiraient, la main d'une princesse chinoise pour le fils aîné de leur roi. Fou

I. Mailla, VIII, p. 215.

100 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

Pié, que le premier ministre Liu Yi-kien voulait perdre, fut chargé de conduire les négociations difficiles à la cour K'i tan; contrairement aux espérances de son ennemi, Fou Pié réussit pleinement près de Ye-liu Tsoung-tchin qui lui demanda de revenir avec un traité de paix. Liu Yi-kien fit rédiger le traité dans des termes différents de ceux qui avaient été convenus; fort heureusement Fou Pié s'aper- çut à temps de la trahison, fit modifier le traité qui fut signé par les K'i Tan à la 9^ lune de 1042; dans une ambassade spéciale à K'ai Foung, ceux-ci obtinrent qu'on leur envoyât les présents convenus avec certains termes de respect ou de considération. D'autre part, Jen Tsoung faisait la paix avec Tchao Youen-hao, roi de Hia (1043), puis, malgré le conseil de Fou Pié qui se méfiait, avec raison, de ce chef, il "rappela de leur commandement Han K'i et Fan Tchoung- yen, nomma celui-ci ministre, et plaça le premier dans le Conseil secret en le nommant au gouvernement du Chen Si. Le choix de Fan Tchoung-yen fut excellent ; le premier soin du nouveau ministre fut d'essayer de relever et de pro- téger les lettres. Sur le conseil de son ami Ngheou Yang- sieou, il obtint que l'empereur, à la suite d'un rapport du conseiller privé Loung Ki, « ordonna d'établir dans chaque tcheou ou ville du second ordre, et dans chaque hien, un collège pour l'instruction de la jeunesse, et les principaux magistrats des provinces furent chargés de choisir parmi les mandarins inférieurs les plus habiles dans les sciences pour y enseigner, et que s'ils n'en trou- vaient point un assez grand nombre, ils cherchassent jusque dans les villages et les hameaux les habiles gens qui pou- vaient s'y être retirés et qui passaient pour les plus ver- tueux. Il régla qu'après trois cents jours d'étude on ferait un examen en automne, et qu'on admettrait dans ces collèges ceux qu'on aurait jugés capables : que ceux qui y auraient déjà été admis précédemment, seraient de nou- veau examinés au bout de cent jours, et qu'on s'en tien- drait là. Ceux qui subiraient un examen dans les tcheou devaient avoir des répondants ; les personnes en deuil, celles qui seraient accusées de quelque crime ou dont la conduite

LES SOUNG lOI

n'aurait pas été régulière, ou qui cacheraient leurs vrais noms, ne devaient pas y être admises.

» L'ordre de l'empereur portait encore que les examens rouleraient d'abord sur l'éloquence, que chacun des aspi- rants composerait une pièce et un discours sur un sujet proposé, et qu'ensuite ils donneraient un morceau en vers ; que les examinateurs, après avoir lu toutes ces pièces et fait un choix des candidats qui méritaient d'être admis, en écriraient la liste sur une planche qui serait exposée en public.

» Les administrateurs du Collège impérial de la Cour, appelé KoHO tseu kien, pensèrent à l'occasion de ces nou- veaux règlements, à le remettre sur le pied qu'il était du temps des grandes dynasties des Han et des T'ang, et ils offrirent à l'empereur un placet... L'empereur ayant égard aux représentations des administrateurs, unit au Koiio tseu kien un tribunal qui en était proche, ce qui donna de quoi loger deux cents étudiants de plus, et de faire une grande salle destinée à expliquer les King. Lorsqu'elle fut finie, Jen Tsoung s'y transporta pour animer les étudiants par sa présence, mais avant il entra dans celle qui était consacrée à la mémoire de Confucius. Suivant l'ancien usage, il ne devait à ce philosophe que la petite révérence appelée Tso yi (consiste à coller ses deux mains sur sa poi- trine et à baisser un peu la tête), et que les amis observent entre eux, mais il voulut l'honorer comme son maître, en battant la terre de son front, afin de faire connaître l'estime qu'on devait faire de sa doctrine, i »

Le récit fastidieux de luttes continuelles entre peuples qui ne semblent guidés que par l'ambition de leurs chefs, désireux d'agrandir leurs territoires, n'offrirait qu'un médiocre intérêt pour l'histoire de l'humanité en général, si de temps à autre quelques faits ne venaient tout à coup jeter une lueur sur la continuité d'une tradition civilisa- trice, tradition qu'a inaugurée la morale de Confucius qui, malgré son apparente disparition à certaines époques, ressuscite à certaines autres avec une vigueur nouvelle. Et

I. Mailla, VIII, pp. 22S-230.

102 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHlNE

malgré des guerres perpétuelles, somme toute stériles, une des plus brillantes époques de la littérature et de l'art de la Chine, se développe sous cette dynastie desSoung, dont les souverains semblent absorbés uniquement par le fracas de luttes offensives et défensives presque ininterrompues.

Cependant les Hia, impuissants contre les K'i Tan et contre l'empereur, agirent contre lesTangHiang, soumis aux premiers ; les Tang Hiang effrayés passèrent sous le j oug des Hia qui, redoutant la vengeance des K'i Tan, se hâtèrent de conclure une paix solide avec la Chine. Ye-liu Tsoung tchin réunit une armée formidable de 167,000 cavaliers qu'il divisa en trois ""corps qui passèrent le Houang Ho, mais attirés par les Hia, loin de leur base, les K'i Tan furent écrasés et leur roi s'enfuit avec peine. Les K'i Tan promirent de vivre tranquilles à l'avenir (1044).

Après cette grande victoire des Hia, l'empereur Jen Tsoung s'empressa de faire porter à leur roi par un de ses officiers, nommé Tchang Tseu-che, ses dépêches et des pré- sents : « ils consistaient, outre les lettres-patentes qui l'éta- blissaient roi de Hia, en des habits magnifiques capables d'honorer cette dignité, et une superbe ceinture d'or; en un très beau cheval dont la selle et tout le reste du harnais étaient garnis en argent ; en vingt mille taels d'argent, "vingt mille pièces de soie commune, et trente mille livres de thé; en un sceau d'argent sur lequel étaient gravés ces quatre caractères : Hia Kouo tchu yin, c'est-à-dire. Sceau du sou- verain du royaume de Hia. L'empereur lui permettait encore de se créer des officiers comme il jugerait à propos, et promettait de défra3''er les députés qu'il enverrait à la Cour tout le temps qu'ils resteraient sur les terres de l'em- pire. Il régla aussi que ces mêmes députés, lorsqu'ils seraient admis en sa présence, s'asseoiraient sur les côtés de la salle ; quant au roi de Hia, il ne devait plus se servir à l'avenir du caractère employé par les empereurs lorsqu'ils donnent leurs ordres ; il devait se reconnaître publiquement sujet et dépendant de la Chine et recevoir ses envoyés avec respect. Le roi de Hia traita Tchang Tseu-che d'une

I. Mailla, "VIII, p. 235.

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manière assez froide, et, lorsqu'il l'eut renvoyé, il reprit le titre d'empereur comme auparavant.

Le roi des K'i Tan, craignant les Hia, transféra sa capi- tale à Yun Tcheou, qu'il nomma T'ai Foung fou. « Les K'i Tan étaient alors parvenus à un très haut degré de puissance ; ils avaient cinq villes ils allaient quelquefois tenir leur cour, six tcheou ou grands départements, 156 villes de guerre, 209 hien ou villes du troisième ordre ; ils comptaient 5002 hordes tartares qui leur obéissaient, et 60 royaumes dépendants et tributaires; leur empire, qui avait plus de 10,000 h de tour, s'étendait à l'est jusqu'à la mer, à l'ouest jusqu'à la montagne Kin chan près du Cha Mo ou Désert de sable, au nord jusqu'à la rivière Lou kiu ho, et au sud jusqu'à Pe Keou. ^ »

En 1046, un certain Wang Tseu, originaire de Tcho Tcheou, se révolta, s'empara de Pei Tcheou et se proclama « prince qui pacifie l'orient », Toung P'ing Wang (1047), mais l'empereur envoya contre lui MiXG Hao, puis Wen Yen-pou qui s'emparèrent de Pei Tcheou et capturèrent le rebelle qui, conduit à K'ai Foung, fut mis en pièces (1048).

Le premier roi des Hia, Tchao Youen-hao, âgé seulement de 46 ans, fut assassiné en 1048, à la première lune, par son fils, le prince héritier, Ming Lixg-ko, dont il avait épousé la fiancée Moui Che; le meurtrier réfugié près de Wou Pouxg fut mis immédiatement à mort par celui-ci. Malgré une certaine opposition politique, la Chine envoya à Li TsiANG-PO, fils de Tchao Youen-hao, des lettres pa- tentes semblables à celles qui avaient jadis été envoyées à ce dernier.

La mort du roi des Hia parut au général K'i tan, Siao HouEi, une occasion favorable pour venger l'échec que sa nation avait subi en surprenant dans leurs cérémonies de deuil l'ennemi victorieux, mais celui-ci se tenait sur ses gardes et, prévenu de l'arrivée des K'i Tan, les attaqua à l'improviste et en fit un grand carnage (1049) ; la paix

1. Mailla, VIII, p. 235.

2. Ibid.

104 HISTOIRE GENERALE DE LA CHINE

ne fut rétablie que l'année suivante après, que les deux peuples se furent livrés à uv. pillage réciproque de leurs ter- ritoires. A la lune de 1055 mourut le roi des K'i Tan Ye-liu TsouNG-TCHiN (HiNG TsouNO), âgé de 40 ans, rem- placé par son fils Ye-liu Houng-ki (Tao Tsoung).

Cette même année, à la suite de grandes inondations du fleuve Jaune, « Li Tchoung-tchang, mandarin de Tai Ming, proposa d'ouvrir un canal depuis la rivière Chang Hou ho, par Lou-ta-kiu, jusqu'à l'ancien canal de Heng Loung, dans lequel on ferait entrer une partie des eaux du Houang Ho, qui, étant alors divisées, ne feraient plus tant de ravages. L'empereur approuva ce dessein; trente mille ouvriers, forts et robustes, furent employés à ces travaux. Ngheou Yang-sieou dit qu'on ne réussirait pas, et voulut en détourner l'empereur, mais inutilement. La suite fit voir cependant que Ngheou Yang-sieou n'avait pas tort. Ce canal ne servit presque de rien, et coûta^des sommes immenses; Li Tchoung-tchang fut envo^^é en exil à Ying Tcheou pour en avoir ouvert l'avis. ^ ^>

L'empereur n'ayant pas de fils et n'ayant pas encore assuré la succession au trône, Han K'i qu'il venait de faire entrer dans le ministère (1058), lui suggéra de désigner un héritier; Jen Tsoung attendit encore trois ans pour choisir Tckao Tsoung-che, fils de l'un de ses frères et l'adopta. Deux ans plus tard, l'empereur tombait malade à la 3^ lune (1063) et mourait âgé de 54 ans dans la 41^ année de son règne.

« Jen Tsoung, prince excellent, doux et affable, aimait ses sujets d'une amitié tendre et sincère ; il était simple dans ses vêtements et se contentait de peu... Ce prince ne con- damnait qu'avec peine les criminels à perdre la vie; il ne s'en rapportait jamais à la dernière sentence de ses tribu- naux, et il faisait de nouveau examiner leur procès : il n'y avait point d'année qu'il ne sauvât par ce moyen plus de mille personnes 2... »

Tchao Tsoung-che qui porte le nom de règne de Ying

1. Mailla, VIII, p. 245.

2. Mailla, VIII, pp. 248-9.

LES SOUNG 105

TsouNG tomba malade en montant sur le trône et confia la '^''"? Tsoun; régence à sa mère qui se révéla remarquable administra- trice; malheureusement les eunuques, à leur tête Jen Cheou-tchoung, fidèles à leurs traditions, essayèrent de brouiller la mère et le fils pour s'emparer du pouvoir et ils y auraient réussi si les ministres Han K'iet Nglieou Yang- sieou n'avaient déjoué leurs intrigues et su maintenir la bonne harmonie dans la famille impériale.

L'empereur rétabli assuma le pouvoir en 1064 ; Jen Cheou- tchoung traduit devant un tribunal présidé par Han K'i et Nglieou Yang-sieou fut révoqué de toutes ses charges et envoyé en exil à Ki Tcheou ; ses complices furent également bannis. Cette même année le domaine impérial s'accrut de la ville de Ho Tcheou dans les conditions suivantes :

Nous avons vu qu'en 1038, sous Jen Tsoung, Sou Se-lo avait reçu la soumission de la horde de Pan lo tche et de plusieurs dizaines de milHers de Houei Ho ; par la ville Lin kou tch'eng, à l'ouest de Chen Tcheou, lieu de sa résidence ordinaire, il communiquait avec les royaumes de Ts'ing Hai et de Kao Tçhang; il s'était marié deux fois, la pre- mière avec une fille de Li Li-tsouen qu'il chassa pour épouser Kiao Che ; de la fille de Li Li-tsouen, il eut deux fils Hia TcHEN et Mo TcHEN-sou qui furent emprisonnés ainsi que leur mère à Kouo Tcheou. Avec l'aide d'un parent, Li Pa-ts'iouen, ils réussirent à se sauver tous les trois à Tsoung Ko tch'eng ils étaient à l'abri de Sou Se-lo et dont Mo Tchen-sou devint le maître et il mourut en 1043, lais- sant un fils, Hia sia ki ting qui lui succéda, mais, comme il était d'une faible constitution, sa mère se soumit à nou- veau à Sou Se-lo. Hia Tchen, mort à Kan Kou, laissa deux fils, le cadet Hiao Wou-tche demeura à Yin Tchouen, l'aîné Mou Tcheng résida à Ho Tcheou redoutant son frère Tou Tchen que Sou Se-lo avait eu de Kiao Che; à la 12^ lune de 1064, il fit sa soumission à l'empire et remit la ville de Ho Tcheou qu'il occupait. Tou Tchen demeurait avec sa mère Kiao Che à Li Tsing tch'eng et réussit à se rendre maître de tout le pays des T'ou fan au nord du Houang Ho ; il succéda à son père Sou Se-lo qui mourut à la ii« lune de 1065.

I06 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

En 1066, les K'i Tan reprirent leur ancien nom de Leao. A la 46 lune, l'empereur ordonna à Se-ma Kouang de rédi- ger des Annales. Mais YingTsoung, d'une faible constitution, tomba malade à la onzième lune de 1066 ; son état s'aggrava rapidement et, âgé de 36 ans, il mourut à la première lune de 1067, dans la quatrième année de son règne. Il avait désigné Tchao Yu, prince de Ying, pour son successeur.

Ying Tsoung était « un bon prince, aussi attentif au gouvernement et aussi laborieux que pouvait le lui per- mettre une santé toujours chancelante; dans toutes les affaires, il se réglait d'après les maximes des anciens, et ne déterminait rien sans avoir pris l'avis des Grands. Ying Tsoung peut servir en cela d'exemple aux princes chargés de la conduite des peuples. ^ »

1. Mailla, VIII, p. 255.

I

CHAPITRE Mil

Les Soung (suite).

LE règne de ce souverain médiocre fut marqué par Chen Tsoung. l'administration du ministre novateur Wang Ngax- CHE, à Lin Tch'ouan, au Kiang Si, en 1021. Alors qu'il n'était que le prince Tchao Yu, de Ying, Chen Tsoung axait entendu parler de Han Wei et Wang Ngan-che; il fit appel au concours de Han Wei qui déclina les offres qui lui étaient faites mais désigna Wang Ngan-che comme devant le remplacer avantageusement. Wang Ngan-che pressenti à son tour refusa les offres impé- riales. L'empereur froissé consulta les seigneurs de sa Cour : les avis furent partagés; tandis que l'un, Tseng Koung- LEANG croyait à la sincérité de Wang et vantait ses rares qualités qui le rendaient digne du rang de ministre, un autre, Wou Kouei, déclarait que Wang, dissimulé et têtu, créerait des difficultés si on le faisait entrer dans le minis- tère ; renonçant à faire venir Wang à la Cour, Chen Tsoung le nomma gouverneur de Kiang Ning, poste-qu'il accepta au grand étonnement de tous ceux qui le croyaient sérieu- sement malade.

Tseng Koung-leang attribuant les propos désobhgeants de Wou Kouei aux renseignements de Han K'i, desservit ce dernier en toutes occasions; quoique fort aimé de l'empe- reur, Han K'i, redoutant une disgrâce causée par ses enne- mis, demanda sa mise à la retraite; à grand regret, l'empe- reur céda à ses désirs et le nomma gouverneur de Siang Tcheou; il le consulta même au sujet de Wang Ngan-che ; Han K'i répondit que celui-ci pouvait rendre des services aux Han Lin, mais conseilla de ne pas lui confier les affaires de l'État (1067).

A la 10^ lune de 1067, Wei Ming-chan qui faisait sa

I08 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE

résidence à Souei Tcheou (Souei Te Tcheou, district de Yen Ngan fou du Chen Si), dépendant des Hia, fit sa sou- mission à l'empereur ainsi que son frère Wei Yi-chan, gouverneur de Tsing Kien. Tchoung Wou qui avait reçu leur soumission fit construire une ville pour défendre ces nouvelles positions, et les Hia l'ayant attaqué il les repoussa. Le roi des Hia, Li Leang-tsou, qui avait adopté les mœurs chinoises, surprit à la onzième lune les troupes de Pao Ngan, commandées par Yang Ting qu'il tua. Mais ce prince mourut le mois suivant et fut remplacé par son fils Li Ping- tch'ang. Celui-ci rejetant sur Tchoung Wou l'odieux de la mort du malheureux Yang Ting, demanda l'investiture à l'empereur qui la lui accorda.

Malgré les rapports défavorables, Chen Tsoung appela à la Cour Wang Ngan-che en 1068. Un jour que l'empe- reur, devant lui, attribuait la grandeur de T'ang T'ai Tsoung à son ministre Wei Tcheng et le bonheur de Han Tchao Liei-wang à Tchou-kouo Leang, Wang Ngan-che répondit que ce n'était pas ces personnages que l'on